‹ Les apologistes espagnols au XIXe siècleChapitre 57 sur 86 · NO DS ET SD) AMEN LRO PE TE · texte numérisé non relu

NO DS ET SD) AMEN LRO PE TE

là qu’il fallait frapper ; c'est sur ce point que notre Apologiste concentre ses efforts. « Nous disons à cette philosophie incomplète, fragile, mal armée pour défendre les vérités qu’elle garde, nous lui disons que ce qui la tient en dehors du christianisme, ce n’est pas la raison, mais le manque de raison, un préjugé qu'elle ne veut pas discuter, une idole, au sens de Bacon. Quel préjugé et quelle idole? Cette thèse,

qu'il n’y a pas d'ordre surnaturel. Nous la conjurons de

laisser aux sophistes ce préjugé qui l’enchaîne, cette idole, ce fétiche qui tient sa raison clouée à terre, et qui, si elle n’y prend garde, la conduira par la négation du surnaturel à la négation de la liberté divine, de la création, de la Providence, et par cette seconde négation à une troisième, à la négation de Dieu... Nous espérons qu’une lutte engagée à fond contre la sophistique, avec toute leur raison et toute

leur liberbé, les conduira au christianisme, d’abord comme.

à la vérité complète, et au repos de l'esprit dans la lumière; puis comme à la seule garantie efficace des principes mêmes de l’ordre naturel !». Ces négations, qui succèdent à des négations, n'ont rien de chimérique : elles sont enchainées par un lien logique, infrangible : en effet, nier un seul attribut de Dieu, c'est nier Dieu lui-même ; car on le rend incomplet. Parmi ces attributs, la liberté n’est pas le moindre: la sagesse, la puissance en dépendent, Or, la négation du surnaturel c'est la négation de cette liberté en Dieu quidevient l’esclave, des lois de la nature, puisqu'il ne peut rien y ajouter ni rien en retrancher. De là à nier la création, et à soutenir qu'il a trouvé le monde tout fait, il n’y a qu'un pas.

Une autre considération, toujours répétée et toujours victo-

rieuse, qu’on trouve dans les petits catéchismes, et que tous les apologistes ont exploitée avec soin contre le rationalisme, consiste à dire que la philosophie rationalite a à résoudre les mêmes questions que la théologie : en d’autres termes, qu’il y a un surnaturel philosophique — en prenant ce mot dans un sens relatif — comme il y a un surnaturel théologique. « Les notions qu’on attaque comme appartenant à la foi font

{ Jhidem.

partie intégrante de la philosophie, j'entends de la philosophie qui ne reste pas en route par une terreur puérile des inévitables obscurités qu’elle rencontre. » Quels sont donc les éléments du surnaturel? Dans l’ordre intellectuel, c’est le mystère; dans l’ordre des phénomènes, c’est le miracle: dans l’ordre religieux, c’est la prière. Cette énumération n’est pas complète ; le surnaturel n’eût pas été analysé à fond : tel quel, il suffit à la thèse de notre Apologiste.« L'idée du mystère, dit-il, est dans la philosophie; ou plutôt la philosophie, la métaphysique sont dans le mystère: la création du monde par un Dieu qui se suffit est un mystère; la coexistence de l'éternel, qui ne dure pas, et du successif qui dure, est un mystère ; la coexistence de la liberté humaine et de la prescience divine est un mystère ; et tous ces mystères sont contenus dans le mystère unique, total, nécessaire, qui enveloppe les rapports du fini et de l'infini. L'idée du miracle est dans la philosophie; car la possibilité du miracle résulte, comme conséquence nécessaire, de la liberté divine et de la Providence … L'idée de la prière est dans la philosophie; car la prière est la manifestation naturelle et nécessaire du besoin et du sentiment religieux, fait universel, qu’on peut chercher à expliquer, mais qu’on n’a pas le droit de nier ou de condamner t ».

Ici notre Apologiste ne fait qu’'affirmer le miracle et la prière comme deux faits, l’un divin, l’autre humain. Il touche encore au miracle à propos de la création *. Il traite ex professo du miracle et de la prière dans les derniers chapitres de son ouvrage, toujours en s’adressant aux rationalistes. Après avoir exposé la doctrine sur ces deux points, avec ampleur, avec clarté, avec solidité, il recherche les causes des répu= gnances que les rationalistes éprouvent contre ces dogmes, et il les combat avec succès * ; c'est le cœur même de la question.

C'est pourquoi, notre Apologiste avait le droit de conclure

ainsi : « Il suit de là que les objections que les rationalistes

1 Introduction, page 57, 58.

2 Vol. IT, chap. 1.

3 Chap. xIII.

opposent à ces idées dans l’ordre surnaturel sont au fond précisément celles que les doctrines négatives opposent au spiritualisme rationaliste lui-même... Que ces objections soient réfutables et que la notion de Dieu libre et créateur doive en sortir victorieuse, je n’en doute nullement... Mais qu'après les avoir repoussées en métaphysique, on puisse s’en armer contre la conception chrétienne des rapports de Dieu et du monde, voilà ce qui ne saurait se concevoir 1»: La contradiction est flagrante.

Mais il ne se contente pas d’une victoire logique remportée sur ceux qu’il réfute ; 1l ne détruit pas pour détruire : il veut reconstruire. L'idée maîtresse de son ouvrage, c’est la réconciliation de la religion et de la philosophie : cette idée est au commencement, au milieu et à la fin; elle circule comme la sève dans un arbre, elle anime, elle caractérise l’ensemble; noble entreprise qui honore le savant et le chrétien. « Les phénomènes inquiétants qui depuis lors se sont. produits, avec une intensité croissante, nous montrent plus désirable et plus urgent que jamais le rétablissement de l'alliance entre la raison philosophique et la raison chrétienne. Nous restons convaincus que cette féconde et honorable alliance est la seule solution acceptable de la crise ; et nous croyons qu'elle serait pour notre siècle le point de départ d’un magnifique progrès dans toutes les voies de la science. Mais si nous voulons qu'elle soit possible, il faut que la sophistique, c’est-à-dire la doctrine de la négation, la science qui emploie la raison à se détruire elle-même, soit arrêtée, refoulée ét vaincue ?

Le terrain sur lequel doit se faire le rendez-vous de la philosophie rationaliste et de la foi, c’est la raison, non pas la raison amoindrie, rebelle à la lumière naturelle, mais telle que Dieu l'a créée, avec toutes ses facultés et les conditions favorables à son exercice. « Pour agir sur les esprits, il faut les joindre, et pour les joindre, il faut encore un terrain où on soit sûr de les rencontrer ; il faut, si l’on veut finir par s’entendre sur tout, commencer par s'entendre sur quelque chose, sur une vérité ou sur une autorité qui soit acceptée des deux côtés, et puisse servir de point de départ à la discussion... La raison est la seule autorité, disait saint Tho-

1 Introduction, p. 57, 58, 59.

2 Introduction, p.

mas, à laquelle tous les esprits soient forcés de se soumettre,

la seule par conséquent, ajoutait-il encore, que nous puis-

sions invoquer contre les mahométans et contre les payens.…

et contre les rationalistes ‘ ».

* * *X Deux conditions sont nécessaires à ce rapprochement, qui préparera l'entente : la première, c'est que la philosophie n'ait pas peur de la foi; la seconde, que la foi n’ait pas peur de la raison. Le préjugé de la philosophie rationaliste n’est que trop certain : pour elle, l’incompatibilité de la science avec la foi est passée à l’état d’axiome ; c’est contre ce parti-pris que vont se briser les efforts de l’apologétique depuis un siècle. Le néant des résultats ne doit pas engendrer le découragement. Ici commence pour la philosophie chrétienne un grand devoir devant lequel il ne faut pas reculer.

Le préliminaire nécessaire de cette entreprise sera de créer

un sentiment favorable envers les tenants de la vieilie foi, pour qu’on cesse de les regarder comme les ennemis systématiques de la raison humaine, de ses progrès et de ses découvertes, À cetre fin, ils se mettront à la hauteur de leur temps, en cultivant avec ardeur toutes les branches de la science, et

y faire autorité. « Tout d’abord, il importe à la bonne

renommée de notre foi que nous soyons très philosophes en

même temps que nous sommes très croyants. On ose bien

nous dire, à nous qui avons la vérité et la lumière, que nous

sommes les ennemis de la science, et que chaque progrès de

la raison moderne rend plus irréconciliable le divorce qui la sépare de la foi *». Comme ces accents sont chrétiens!

comme ils viennent de l’âme, et non pas de la tête unique-

ment! ce n’est pas d’un simple rapporteur, d’un analyste

impartial, mais d’un convaincu qui aime ce qu’il croit. Comme

ce fils de /’Alma parens de l'Etat se solidarise avec l'Eglise,

cette vraie mère des esprits, et partage les épreuves qu'elle

traverse ! quelle sainte jalousie de sa bonne renommée |

Maintenant, pour démontrer que la foi n’est pas l'ennemi de

1 Ibidem.

2 Ibidem, p. 39.

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