‹ Les apologistes espagnols au XIXe siècleChapitre 6 sur 86 · Vol. I, page 1-8. PAU VE RER el · texte numérisé non relu

Vol. I, page 1-8. PAU VE RER el

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lui servira de pierre de touche pour juger tous les phénomènes dont se compose l’histoire de l’humanité. Cette loi universelle, cette formule suprême, c'est « l’unité dans la variété

et la variété dans l'unité ». C’est bien à ces deux termes que

se réduit le dogme catholique. Cette doctrine dont Donoso Cortès a fait la base de sa philosophie, il l’expose en plusieurs endroits de ses œuvres; 1l y revient souvent comme à une idée mère à laquelle se rattachent tous les développements de sa pensée. Dans son chapitre sur la création, après avoir Cé+ lébré, dans un langage magnifique, l’œuvre des six jours, 1 ajoute : « Sans aller plus loin, on peut tirer de ce qui vien d’être exposé dans ce chapitre une vive lumière pour éclaire: quelques-unes des lois fondamentales du monde moral et quelques-uns de ses plus grands mystères. Le vrai Dieu, le

Dieu des Hébreux et des chrétiens, se montre ici comme l’u-

nité, comme l'existence absolue. Dans cette unité éternelle,

trois personnes distinctes sont éternellement cette unité même,

le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Voilà done la distinction dans

l'unité sans que l'unité soit atteinte. Et, comme en toutes cho-

ses, sa retrouvent les marques de la Trinité créatrice, nous voyons en toutes choses l'unité, imparfaite image de l'unité souveraine, et la diversité, image imparfaite de la distinction des personnes divines, et partout et toujours, la diversité sortant de l’unité, si l’on peut parler de la sorte, pour revenir ensuite se perdre dans cette unité d’où elle est sortie. Or, l'unité tirant perpétuellement la diversité de son sein fécond, et la diversité s'absorbant perpétuellement dans la puissante unité d’où elle tire son origine, nous montre clairement qu'elle est la loi éternelle et inflexible de l’ordre. Dieu a tiré le monde du néant par un acte de sa volonté toute-puissante. Les choses créées par cette volonté unique étant innombrables, le phénomène de la diversité sortant de l’unité se produit dans l’acte suprême de la création du monde. De plus, toutes les créatures étant gouvernées, comme elles le sont, par la. volonté très haute et toute-puissante qui les crée, nous avons aussi le phénomène de la diversité ramenée à l'unité; et par ce double phénomène, la loi universelle de l'ordre se trouve établie et constituée... Tout le monde comprend aisément, sans aucun doute, combien cette observation est transcendante; je ne veux aujourd’hui que l'indiquer, me réservant de l’ap-

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profondir, lorsque la tramé de cette histoire aura pris un plus

grand développement ».

Les occasions furent fréquentes pour Donoso Cortès de réaliser son dessein, puisqu'il invoque toujours la même loi, soit pour expliquer les grandes constructions de l’histoire, soit pour donner la raison des ruines dont elle est encombrée.

La doctrine fondamentale de Donoso Cortès n’est pas une invention de son génie : c’est le dogme catholique de là Trinité, accompagné de la théologie des Pères de l’Eglise et des

docteurs scolastiques, qui le commentent et en cherchent le

reflet dans les choses. Cette doctrine est largement exposée dans la Somme de saint Thomas, dans les Traités de saint Augustin, cités dans la note des traducteurs. Elle s’est transmise dans les écoles catholiques; et plus d’un publiciste l’a insérée dans ses œuvres. Chacun connaît les théories de de Bonald, l’auteur de La législation primitive, qui appuie sa philosophie sur la trilogie politique : le prince, le ministre et le sujet; sur la trilogie domestique : le père, la mère et l’enfant dans la famille. — Les psychologues anciens et modernes avaient signalé la trace de la Trinité divine dans l’âme humaine avec ses trois facultés, qui sont : l'intelligence, la volonté et l’amour. | | Cependant, il y a ici quelque chose qui appartrent à Donoso Cortès et constitue son originalité parmi les philosophes modernes qui font profession de catholicisme. Sans parler ici de l’évolution qui, des basses régions de l’éclectisme, l’a élevé à la transcendance de la foi, il- faut considérer avec quelle puissance synthétique il a ramené toutes lés questions à la loi unique de l’unité et de la diversité. C'est son « monisme » à Jui, bien différent du monisme préconisé chez les Philistins de la libre-pensée, monisme dont Dieu est exclu, chaos désolé et stérile d’où la vie ne saurait s’échapper. Tout sort de sa loi

et tout y rentre : un point infini. Ce qui lui appartient encore

en propre, c’est l’application qu'il en fait à tout ordre de choses, même à celles qui ne semblent pas pouvoir y trouver une solution. Quel rapport, par exemple, voit-on dé prime abord entre la loi de l’unaité et de la diversité et le parlementariseme ? Ce cas n’est pas le seul : et à travers toutes ses études religieuses, morales, politiques, économiques, sociales, qu'il s'agisse de démontrer des vérités ou de réfuter des er-

1. Esquisses Historico-philosophique. Vol. IL La Création, page 442.

reurs, nous le verrons s'appuyer invariablement sur la loi de l'unité et de la diversité. De temps en temps, l'idée paraîtra un peu tirée; l’auteur fera preuve autant d'ingéniosité que de solide logique : dans l’ensemble, son exposé, toujours fondé, portera la conviction dans les esprits non prévenus. | |

Dans le second chapitre du même Traïté, Donoso Cortès passe de l’abstrait au concret, en montrant la théologie ou l’ordre surnaturel réalisée dans le catholicisme ; il l’intitule : De la société sous l'empire de la théologie catholique. Le caractère de sa philosophie se dessine toujours plus clairement ; après avoir décrit l’action de Dieu sur l’ensemble des choses créées il la fait voir s’exerçant sur l’humânité au point de vue intellectuel, moral, politique, social et familial. « L’humanité en-

tière a suivi les cours des théologiens et des docteurs catho-

liques ; il y a dix-neuf siècles que ces cours durent, et aujourd’hui après avoir tant étudié, après avoir tant appris, elle n’est pas encore parvenue à toucher de la sonde le fond de leur science. À cette école, on apprend comment et quand doivent finir, comment et quand ont commencé les choses

et les temps; 1à se découvrent les secrets merveilleux qui :

échappèrent à toutes les recherches des philosophes du paganisme et que ne put jamais pénétrer l'intelligence de ses sages ; là se révèlent les causes finales de toutes les existences, le but auquel se coordonnent tous les mouvements de l’humanité, la nature des corps et l'essence des esprits; les voies où marchent les hommes, le terme vers lequel ils tendent, le point d’où ils sont partis, le mystère de leur voyage sur la mer de ce monde, et la carte où sont marqués les écueils qu'ils doivent éviter, les routes qu’il leur faut suivre pour arriver au port, l'énigme de leurs larmes, l'arcane de la mort, le secret de la vie ».

Donoso Cortès détaille ensuite cette belle synthèse dans une série de tableaux où la magnificence de l'expression s’unit à la plus grande précision de la doctrine. C’est Dieu qui plane sur le monde humain, comme au commencement il planait sur les formes initiales de la matière et sur ses splendides épanouissements. « C’est lui qui tire du néant tout ce qui est, lui qui maintient chaque chose en son être; lui qui gouverne le monde angélique, le monde humain et le monde infernal... L’Orient connaît sa voix, l'Occident obéit à son signe, le

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l'amour infini. » | A SEE La prise de ve de l'humanité par le catholicisme s’o-

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: Midi exécute ses commandements, le Septentrion l'adore. - Sa parole peuple la création; les astres sont le voile de sa

face; les Séraphins réfléchissent sa lumière sur leurs ailes embrasées ; les cieux lui servent de trône et à son doigt est

suspendu le globe de la terre. Lorsque les temps furent ac-

complis, le Dieu catholique montra son visage, et cela suf-

fit pour faire tomber et réduire en poussière toutes les idoles,

œuvre de la main des hommes. Il ne pouvait en être autrement: les théologies humaines n'étaient que des fragments mutilés de la théologie catholique; chacun de ces dieux qu’adoraient les nations n'était que la personnification déifiée de l’un des attributs essentiels du Dieu ep du Dieu de la Bible ».

Il faut observer que, dans Eute la suite du Traité, c'est du Dieu catholique qu'il s'agit; et, d'emblée, la philosophie de Donoso Cortès devient théologie et se confond avec elle. Ainsi, sans nier la distinction de l’ordre purement rationnel avec l’ordre surnaturel, distinction que l'esprit peut toujours faire, en réalité, ces deux ordres d'idées roulent ensemble dans sa philosophie, qui se sépare, non seulement du rationalisme incroyant, mais du spiritualisme étroit et sec des éclectiques. Le catholicisme, expression nouvelle et suprême du Dieu créateur, organisateur et souverain maître des choses, a les mêmes proportions que Dieu même, et se mêle à tout. Donoso Cortès décrit ainsi sa pénétration successive dans l’humanité : « Le catholicisme a pris possession de l’homme tout entier, de son corps, de son cœur, de son âme. Ses théologiens dogmatiques apprennent à l’homme ce qu'il doit croire; ses théologiens moralistes, ce qu'il doit faire; et ses théologiens mystiques, S’élevant au-dessus de tous, lui enseignent à voler sur les ailes de la prière, à se servir de cette échelle,

formée -de pierres précieuses, qui fut montrée à Jacob, par

laquelle le ciel descend vers la terre et la terre monte vers le ciel, jusqu’à ce que, toute distance s’effaçant entre le ciel et la terre, Dieu et eue se trouvent unis dans les flammes de

péra selon un processus gradué et logique. C’est par la réforme de l'individu que tout commence: l’ordre moral s'établit dans sa conscience, égarée par l’erreur, déséquilibrée par la corruption, qui avaient prescrit depuis des siècles. « Le monde

moral recouvra, au jour de la rédemption, les lois qu'il avait perdues au jour de la prévarication et du péché. Le dogme catholique devint le critérium des sciences, la morale catholilique le critérium des actes, la charité catholique le critérium des affections. La conscience humaine, jusqu’alors en proie

à l’action corrosive de l'erreur et du mal, sortit de cet état misérable ; elle vit clair dans les ténèbres intérieures comme dans les ténèbres extérieures, et retrouva, à la lumière des trois critériums divins, le bonheur de la paix qu’elle avait perdue ».

Maître de la conscience individuelle par l’ordre moral qu'il y faisait régner, le catholicisme fit senitit ses influences dirigeantes sur la société politique : cet effet était inévitable. Continuant sa déduction, Donoso Côrtès va droit au fondement de la société politique qui est l’autorité, dont il indique la source en Dieu même, qui règne et gouverne parmi les êtres libres comme chez les êtres soumis aux lois

de la fatalité. Il ne se perd pas dans les systèmes ; il n’a cure des subtilités et chicanes dont les auteurs ont encombré la question; c’est la Bible à la main qu'il la tranche par voie d’affirmation doctrinale, se réservant plus tard de s’en servir pour combattre les hérésies politiques qu'il rencontrera sur son chemin. Du monde religieux, l’ordre pénétra dans le monde moral, et, du monde moral, dans le monde politique. Le Dieu catholique, créateur et conservateur de toutes choses,

a assujetti toutes choses au gouvernement de la Providence.

Tout pouvoir vient de Dieu, dit saint Paul. En divinisant l’autorité, le catholicisme a sanctifié l’obéissance ; et l'autorité divinisée, l’obéissance sanctifiée sont la condamnation de l’orgueil dans ses manifestations les plus redoutables, l'esprit de tyrannie et l'esprit de révolte. Dans une société véritablement catholique, le despotisme et les révolutions sn donc également impossibles ».

Le catholicisme pénètre encore dans la timille cette société primitive, berceau de l'humanité, que Dieu créa directement, et comme en personne, et à laquelle il dicta des lois. Ici, Donoso Cortès, qui s ‘élève toujours vers la cause exemplaire des choses, monte à une grande hauteur et va chercher la famille, non seulement en Dieu, principe souverain de toute vie, mais jusque dans le sein de la Trinité, inaccessible à la philosophie purement rationnelle, même quand elle arrive au déisme classique : « Comme la société politique, la société

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