‹ Les apologistes espagnols au XIXe siècleChapitre 67 sur 86 · LE P. MONSABRÉ · texte numérisé non relu

LE P. MONSABRÉ

Dans la série des conférenciers apologistes qui se sont suc- . cédé sur la chaire de Notre-Dame, Lacordaire est l’orateur, De Ravignan l'apôtre, le P. Félix le critique, le P. Monsabré le + théologien : Maurice d'Hulst en sera le professeur. Fe Dans chaque homme il y a plusieurs hommes : chaque genre :

se compose de plusieurs genres: pour trouver la caractéristi

que, il faut s'arrêter à la note dominante ou fondamentale.

D'après cette règle, le P. Monsabré doit être appelé le théo- à logien apologiste de Notre-Dame, plus théologien qu'apolo-

giste. Il l’a été plus qu'aucun de ses prédécesseurs, qui tous le furent dans une certaine mesure puisqu'ils prêchaient la doctrine catholique. Or, il y a deux théologies dans une, qui tantôt se séparent, tantôt s'unissent, selon le génie des orateurs et des écrivains : la théologie positive et la théologie

transcendante: la première, dite d'exposition, formule la doc- 7 ine; la seconde cherche l'harmonie de la raison et de la doctrine. La première ne dépasse pas ordinairement le Late

. divin de la révélation et l'enseignement de l'Eglise conte. ii __ nus dans le symbole; elle vit de précision et de clarté, sans autre rayonnement que la lumière intrinsèque, qui se dégage

de la vérité, semblable à celle que projette un astre en montant sur l'horizon. La seconde cherche les raisons du fait divin dans l'idéal; elle a des ailes qui la portent sur les sommets, d’où elle contemple les prototypes des choses jusque dans le sein de Dieu, en sondant les rapports qui existent entre ce qui peut être et ce qui est, pour en faire jaillir, sinon une preuve, au moins l'harmonie entre les enseignements de la foi et les lois qui régissent la raison humaine. Ceci est la ré- Ne gion des aigles. Ainsi, il y a une théologie aristotélicienne, enserrée dans un syllogisme, et une théologie platonicienne

qui. se déni Hans L the cubes. 1e: P. nee à a mêlé ces deux théologies dans ses conférences à doses très ‘inégales. Il y à chez lui les ascensions de la pensée; mais il est surtout l’homme de la doctrine positive, qu'il pos- sède en thomiste passé maître, et qu’il expose avec la lim-

. pidité du génie français : il sy tient le plus souvent, au grand profit de son auditoire, qui était instruit, même quand il n’était pas remué. Si l’on considère que l'ignorance en ma: tière de religion est une des plaies de notre époque, qui con- traste tristement avec le développement prodigieux des sciences exactes et des sciences naturelles, on ne peut qu'admirer la Providence qui, pour ramener à la vérité chrétienne une génération abrutie dans les calculs et les chiffres, ou perdue dans des utopies grosses de périls, envoya à l’auditoire de Notre-Dame un théologien qui lui enseignait le catéchisme tien elle avait oublié. À ce point de vue, l'apostolat du P. Mon- . sabré : marque parmi tous ceux qui sont passés sur la première : chaire de France.

Page Si Que le P. Monsabré soit thomiste, c’est dans l'ordre : on serait surpris du contraire. Mais qu'il aït porté saint Thomas à Notre-Dame, à la fin du XIXe siècle, si les voûtes de la vieille basilique se souvenaient encore du docteur de l’Université de Paris, l’auditoire n était guère préparé, ce semble, à recueillir ses leçons d’un autre âge. Mais la vérité n’a pas d'âge : on re toujours la rajeunir. Notre orateur eut cette audace. Il

y a deux Sommes de saint Thomas : la Somme contra gentes . la Somme théologique ; la première est plutôt philosophique ou apologétique, ayant pour but de défendre la doctrine ca- tholique contre les attaques du dehors, en prouvant qu’elle n'est pas contraire à la raison, et qu’elle ne contient aucune

considérée en elle-même, dans ses parties, dans son ensemble, et dans ses relations harmoniques avec d’autres sciences. ie L” œuvre théologique du P. Monsabré est le décalque, sur une

échelle réduite, de celles de saint Thomas. Il composa sa

Somme ad gentes, qui contient les préambules de la foi et forma la préparation à l'exposition des dogmes, dans les con- férences des Carmes. Sa Somme fhéologique a été rédigée

erreur; la seconde est l'exposition de cette même doctrine l'

ge par page Mn à les Coaetes del Note: De ; | Célle.ci est conçue selon le plan de la Somme théologique de saint Thomas : Dieu, son être, ses perfections, sa vie, ses œuvres, ‘son gouvernement ; le Dieu fait homme, son existence, sa personne, ses perfections, sa vie, seS œuvres, l'Eglise, les sacrements, etc. : c’est ce plan qui se déroule le long de F | quinze années, sans défaillance, dans la prédication de PE: ee lustre dominicain. Il est digne de remarquer qu a commence ne par où Lacordaire finit. ms. ÉTNRES Mais ce n'est pas précisément par les sujets qu'il tue a qu il est théologien : ici il n’innove guère. Quels sujets porter à Notre- Dame, de 1870 à 1890, qui n'aient pas été déjà abor- * dés par d’autres? Sous ce rapport, les apologistes se suivent et se ressemblent, sans autre différence que celle des aspects que chacun choisit dans. une même question, et celle du talent qu'il y déploie. Le P. Monsabré a cela de particulier qu'il ne choisit pas; il est le servant de la doctrine; sans commettre la faute d ‘oublier à quel auditoire il s'adresse et “ quels sont ses besoins, il ne fait pas de frais énormes pour l'adapter à ses fantaisies; car il pense, avec juste raison, que la vérité convient à tous les temps, surtout aux temps atteints de langueur comme le nôtre, quand les esprits attendent du lendemain la vérité qui ne vient jamais, et se détournent avec dégoût de celle de la veille qui leur est importune. : C'est pourquoi il épuisa la doctrine en suivant l’ordre logique : He acheva son traité. Pour en fournir ici quelques exemples : | avant lui, on avait démontré la divinité de Jésus-Christ selon un procédé où l'idéal et l'esthétique se mêlaient aux preuves positives pour une large part. Pour lui, arrivé à ce point du | développement de son plan, il expose le dogme de l’Incarna- + tion du Veïbe, en embrassant tous ses aspects avec les appro fondissements qu'ont coutume d'y apporter les hommes d'éco. le. Dans l’économie de ce sublime mystère, la Vierge apparaît | ‘4 à côté de l’'Homme-Dieu dont elle est la mère. Il n’hésita à pas À à consacrer une conférence à Marie Immaculée, chef-d’œu- vre de la Rédemption, avec les accents de la piété la plus tendre, sans s’excuser de prêcher un sermon de dévotion à une assemblée peu accoutumée jusque-là à entendre traiter ù ss ce sujet réservé pour ceux qui ont le bonheur de croire. Un ; autre jour, après avoir exposé la doctrine des sacrements, il prend chaque sacrement en particulier; la marche logique

le conduit à parler de la communion comme il aurait pu le

faire à la grille du Carmel, encadrant le sujet entre les considérations de l’ordre le plus élevé, mais mystiques quand même, en face d'hommes qui peut-être ne communiaient qu'à « l’idée » ou à « la nature » selon la phraséologie adoptée dans certains milieux. On l’écouta tout de même, car il se faisait pardonner une doctrine « si avancée » par la beauté de son exposition. Il ne recule pas devant des sujets encore plus rapprochés de la parenèse pastorale; s’il aborde le sacrement de pénitence, il distinguera : l'examen de conscience,

la confession, la contrition et la satisfaction, exposant l’un!

après l’autre tous ces points, à peu près selon la méthode usitée dans les grands catéchismes, dans un langage plus coloré et plus chaud. IT fallait le constater, autant pour peindre la

manière de l’orateur, que pour marquer l’évolution de l’apo-

logétique sur la chaire de Notre-Dame.

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. Le P. Monsabré est encore théologien, au sens indiqué plus haut, par les sources où il puise : l’Ecriture, la tradition! les Pères de l'Eglise, les conciles, l’autorité des Papes sont invoqués couramment dans ses conférences et en forment la base : on avait suivi cette méthode avant lui, mais avec des proportions moindres. Une dernière observation : quoiqu'on puisse être théologien sans être scolastique rigide, le P. Monsabré était tout à la fois orateur, théologien et scolastique, trois caractères qui, de prime abord, semblent s’exclure. De la scolastique, il a toutes les qualités, moins la sécheresse et la terminologie surannée : il définit, il divise, il annonce ses divisions : on pourrait dire que tout est in formé. Quand Lacordaire prêchait ses conférences de Toulouse, justement classées parmi les plus belles, il fut invité par quelques auditeurs enthousiastes, jaloux de le suivre plus facilement dans les développements de sa pensée, à donner par avance, selon la méthode classique, le plan de son discours. Du haut de la chaire :il répondit avec son brio coutumier : « Un jour on demandait à Condé, la veille d’une bataille, quel était son plan. Condé répondit : En face de l'ennemi je ne découvre jamais mon plan : on le saura après la victoire. » L'orateur est comme

LU il fait face. à l'ennemi, et ne dit pas de avance com. |

mr menti le terrassera. Le P. Monsabré est d’une autre école : é

ï avec lui, on n'a pas de surprise à attendre : on sait d’ où”

Le part, on sait où il va, on connaît les chemins qu’il va suivre.

| is Sa conférence gagnera en clarté: pee sur l'auditoire en sera diminué. Il n'y vise pas.

Maintenant nous pouvons mesurer le chemin parcouru par les apologistes de Notre-Dame depuis Lacordaire. Chez ce maître sans rival de l’éloquence, les deux théologies se: méaient comme chez son disciple, mais dans des proportions renversées:; la doctrine était son point de départ; de là il : s'élevait dans la haute spéculation, demandant à la philosophie, à l’histoire, à l’art luimême, des analogies qui incli- naient les esprits vers la foi. IL vint à son heure : il présenta 7 la préparation évangélique à une génération malade, qui ne. Na pouvait pas supporter une dogmatique plus substantielle. Phi- | tosophe contemplatif, amant de l'idéal, artiste, il fut le pré curseur des théologiens. Le P. Monsabré, qui le suit à trente

ans de distance, prêche la doctrine pure sans artifice. Faut:

il voir dans ce fait la preuve de l’évolution des esprits vers la | foi? où bien l’auditoire rationaliste du P. Lacordaire à jamais

disparu, un autre auditoire, celui- ci chrétien, avait-il pris sa “ e place ? En tout cas, c'était un progrès dans l’art de la prédica- à in tion, qui devenait plus conforme aux règles de la traditions |

Voilà le P. Monsabré avec sa caractéristique considéré dans : la série des prédicateurs qui ont illustré la chaire de Notre- oi Dame dans le XIXe siècle.

Quand on étudie son talent, on tte d’abord chez lui l’apologiste. On est apologiste quand on enseigne la vérité et qu'on . combat l'erreur contraire. C’est dans ce but que furent fon. dées les conférences de Notre-Dame. Mais comme il y a deux théologies, il y a deux méthodes d’apologétique : la métho. de directe, qui consiste à à exposer largement les systèmes d’er- reur pour les réfuter ensuite, la méthode indirecte, qui expo- Nec la vérité pour en déduire la réfutation de l’erreur par voie “ de de conséquence, en vertu de ce principe de logique que la “ (a contradictoire d’une proposition vraie est nécessairement faus- se. Le P. Monsabré n'est pas précisément exclusif; il emploie les deux méthodes; mais la seconde de préférence. Il est touce jours l'homme de la doctrine; il se plaît dans l'exposition.

à Ne LA ortner pas oui qu'on Loire chez d’ autres, des F analyses détaillées des systèmes d'erreur en circulation; il les indique ? à la fin de ses expositions dogmatiques ; il les réfute + d’un mot, par une apostrophe ou par une simple allusion, et il passe. On peut citer telle conférence où il change de procédé : ce n’est jamais qu'une exception. Que tel soit son tempérament, à part la preuve qui se tire de son œuvre même, 1l Y en a une autre dans les conseils qu'il donne aux jeunes OTa: | teurs dans son Traité sur la prédication t.

Quoique la combattivité ne fût pas son trait distinctif, quand il est apologiste il l’est tout de bon; il en a le courage. il ne trie pas ses thèses, il marche tout droit devant lui où le mène la doctrine; et quand il rencontre la thèse impopulaire il ne recule pas. Il ne faut pas supposer que des apologistes évitent d'aborder certaines questions par calcul de vanité, pour ne pas déplaire à l'opinion régnante: des miobiles plus nobles président à un certain éclectisme; on ajourne des véri tés qu'on ne trahit pas, mais que la mentalité des assemblées ne pourrait pas porter, non potestis portare modo. Le P. Monsabré ne connut pas ces ménagements; sans être étranger aux choses de son temps, prêtant l'oreille du fond de sa cellule aux bruits du siècle, il sortait chargé de doctrine comme un chevalier bardé de fer. En plein Paris, sur la chaire de Notre-Dame devenue le rendez-vous de tous les intellectuels et le point de mire de tous les préjugés, l’année où il prêcha sur l'Eglise il affirma « le droit de coaction » qu'elle possède, et justifia l’inquisition qui est une de ses plus terribles ap-. plications. Le Syllabus contenait cette doctrine : c’est une des propositions qui effarouchèrent le monde moderne: les catholiques n’osaient pas la professer; tel évêque, commentant le document pontifical, usa de pieux artifices pour apaiser l’opmior courroucée. Quand le P. Monsabré donna sa conférence « le droit de coaction » de l'Eglise n’était pas devenu populaire : il l’affirma quand même avec une fermeté tout apostolique. En 1837, dans la septième conférence, le P. La: cordaire avait traité le même sujet. Une étude comparée entre les deux orateurs, sur ce point en particulier, offre un certain intérêt. Il est évident que le souffle d'un semi-libéralisme avait

1 Avant, pendant, après la prédication: | LEA CEE Gr EtEe

dans un milieu D erue sr ni ni les tte nu a

sa grande mémoire, il est permis de dire que sa doctrine n est À pas d’une orthodoxie irréprochable : 1l écrivit cette conférence avant le Syllabus. Le disciple est plus correct. | | Dans ce même carême de 1882, après avoir soutenu sans biaiser « le droit de coaction dans l'Eglise », il donna la conférence intitulée : « L'Eglise et les sociétés humaines », en

reuses de sa première jeunesse. Sans manquer de respect ao

‘d’autres termes : «Les rapports de l'Eglise et de l'Etat»

Sans tenir aucun compte de l’état des esprits, bravant avec une sainte audace les préjugés les plus enracinés de notre génération, qui étaient largement représentés chez ceux qui l’écoutaient, il établit scolastiquement, je veux dire catégoriquement,

ces deux propositions : l'Eglise étant d’origine immédiatement . « divine est indépendante de la société civile ; ; par sa fin surnatu

relle, elle a droit à la suprême direction des sociétés humaines.

Cette doctrine établie, avec les explications nécessaires pour

sant du droit au fait, so oumit les institutions de la société moderne au plus rude examen de conscience qu’on eût entendu jusque-là, sinon dans les livres, au moins en chaire où la ré:

RTC ET ES one

gnée, depuis les plus radicales jusqu'aux plus modérées; les lois existantes sont stigmatisées, les tendances dénoncées, les périls prophétisés, les illusions dissipées ; les erreurs et les crimes des hommes d'Etat sont mis en paragraphes, et scan dés sans pitié; le non licet les accompagne comme un.

à Hérode, et que le prédicateur de la doctrine doit opposer aux Hérodes de tous les siècles. Dans les pays divisés, quand les partis religieux sont aux prises, il faut pratiquer une sage tolérance : c’est la seule concession que l’orateur accorde, Mais la tolérance n’est pas la reconnaissance de droits égaux pour l'erreur et pour la vérité. Depuis l'Evangile, les nations sont chrétiennes en droit : elles doivent défendre la vérité, proscrire l'erreur et la tolérer seulement comme pis-aller. On devine la répulsion que cette rude théologie, dont nous som. mes deshabitués depuis un siècle, rencontra dans l'opinion générale. Le respect du saint lieu, joint à l’exquise urbanité des Parisiens, empêchèrent les protestations d’éclater : elles

en préciser le sens et écarter les équivoques, l'orateur, pas- |

serve s'impose davantage. Aucune école politique n’y est épar-

refrain lugubre, écho du non licet que Jean-Baptiste adressait nu

‘étaient au fond des cœurs. Depuis ce jour, je hommes d’ Etat 0e ont continué leurs errements, Jjurant par « les immortels prin- 4) À . cipes » de la société moderne, en cela secondés par la masse des catholiques, qui ont perdu leur orientation théologique, ” malgré les enseignements réitérés des papes, emportés dans le tourbillon des événements qui s’accomplissent. Du moins, l'orateur de Notre-Dame délivra son âme en prêchant la vérité : la figure du monde passe ; la vérité demeure éternelle ment.

* Le P. Monsabré, qui avait suffisamment mis en lumière son intégralité doctrinale dans ses conférences, la met en plein relief dans les notes complémentaires dont il les accompagne. Il résulte de ce rapprochement qu'il n’a fait aucune concession aux demi-erreurs que d’autres ont caressées ; ;5l n’a sacrifié à aucune idole, ni au libéralisme, ni au socialisme, ni à l’esprit critique, ni au transformisme. Dans le milieu où sa vie s’est écoulée cette attitude est très belle; mais elle ne lui a pas valu les suffrages de tout le ones Dans un côté de l'opinion catholique, et jusque dans les rangs d’un cer-tain clergé dit progressiste, on trouvait qu'il manquait de « modernisme »; le mot n'avait pas été inventé pour lui : quand on le lui appliquait il devenait une épigramme. Les journaux de l’école des jeunes lui décernèrent plus d'unar 40 tcle qui ne respirait pas précisément la bienveillance, ni une admiration sans réserve pour son genre. Quand il trace les : a: règles de l’éloquence, il prémunit les futurs orateurs contre es cette tentation. « Ne soyez pas, dit:1l, de ces orateurs à la : __ moderne auxquels il importe peu que les âmes soient vides pourvu que les églises soient pleines ». Il défend avec sévé- ) rit les excursions et divagations «sociales», politiques, éCo- . nomiques, scientifiques, artistiques, plutôt profanes que reli- | gieuses. À propos du goût de la nouveauté, il a une saillie piquante sous forme d’anecdote : « Donnez-nous du nouveau, disait un jeune abbé à un prédicateur chargé, après tant. : d’autres, du panégyrique de Jeanne d'Arc — et lui de répondre qu'il est pourtant mal aisé de la faire naître à SaintFlour, battre le Grand Turc, et mourir noyée dans la Loire ». — C’est du Monsabré tout pur. Dans un autre endroit : « Vous, mes

amis, Si vous voulez tous travailler dane É grand } jour, mettre votre prédication à la hauteur de l'esprit moderne, vous risquez fort de dire des sottises que personne ne comprendra, vous moins que personne ». Îl vient au secours des jeunes débutants et il leur donne du cœur : « Ne vous troublez pas si vous entendez dire par certaines gens que votre prédication

manque de modernité. Cela prouve tout simplement que vous

n'avez pas cessé d’être évangélique. La modernité que prônent nos critiques n’est guère, en fin de compte, qu’un ensemble de lâches et funestes concessions faites à l’opinion, aux illusions, aux préjugés, au relâchement et au mauvais goût du siècle : ». Mais le critique faisait des réserves pour certaines Chaires et quelques orateurs, qui ont pour mission de combattre les idées du jour.

Cette page de son Traité est une page vécue: en disant aux autres de ne pas s’émouvoir de ces critiques et d'aller

droit leur chemin, en prêchant les bonnes vieilles vérités,

il faisait pour son compte ce qu'il conseillait; et tandis que tel prédicateur ne descendait jamais de chaire sans avoir

déclaré dans l’exorde, dans le corps du discours, et dans la ‘

péroraison « qu'il était moderne », lui, sans placard, contiauait à pratiquer le modernisme comme il faut, en évitant avec soin le modernisme comme 1l ne faut pas. Cette correction empêcha peut-être qu’il fût à la mode auprès de ceux qui mesurent les hommes au bruit des journaux; elle lui a valu une gloire solide, celle qui ne passe pas comme la mode, parce qu’elle repose sur le bien qu’on a fait, la seule dont les apôtres. soient jaloux.

Le P. Montsabré apologiste est encore orateur; c’est, en effet, par la parole qu'il a défendu le catholicisme. On connaît les éléments constitutifs de l’éloquence : l’idée, les formes dont elle est revêtue, l’âme et l’action. Dans l’éloquence sacrée l’idée c’est la doctrine; c’est le fond commun que tous les orateurs

développent avec des talents divers. Cependant on peut mettre plus ou moins de personnalité dans l'exposition de la doctrine:

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