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même quand elles en sont l’objet. À N otre-Dame, le P. Monsabré resta dans la gamme dogmatique, toujours en face de
l'idée théologique et de ses adversaires ; il ne descendit guère à
ce qu'on pourrait appeler un genre inférieur, malgré son utilité. Il contient sa verve, qui s'échappe quelquefois; il émousse la pointe de son humour sous la gravité de la conférence, en présence d’une assemblée d'hommes venus pour entendre des thèses d’apologétique. Il déploiera ailleurs ses facultés dans une seconde manière.
Mais les formes oratoires peuvent n'être que de pures formes Httéraires. l'imagination s'adresse à un sens, la couleur est pour la rétine, l’apostrophe, l’exclamation ne sont quelquefois que de la rhétorique: ce sont là des ornements de l’éloquence, non pas l’éloquence. Il faut que l’âme traverse ces tropes et les vivifie, à peu près comme le souffle du müsicien rend sonore et expressif le cuivre en trompette qu'il tient entre les doigts. Le P. Monsabré à une âme éminemment apostolique: conviction profonde, ardent amour de la vérité, haine sainte de l’erreur et du mal, désir passionné de la gloire de Dieu et du salut des âmes; il n’y a qu’à faire vibrer ces touches, et le son qui en sort est l’éloquence. Seulement il peut arriver que l’émo-
tion ne se communique pas à l’auditoire, au moins avec toute
son intensité. Le P. Monsabré use fréquemment du procédé accumulatif où déductif dans des énumérations qui rappellent les rapides de certains fleuves. C’est de la verve, qui intéresse toujours : la verve peut manquer de chaleur. Serait-ce que le corps, l’instrument nécessaire de la transmission des sentiments de l’orateur à son auditoire, ne remplirait pas toujours sa fonction? Ce cas ressemblerait à celui d’un barde inspiré qui n'aurait pas une lyre pour traduire son émotion.
L'action chez le P. Monsabré complétait les qualités remarquables de sa parole. On l’a beaucoup loué sous ce rapport, ét de bons juges l’ont donné comme un maître. Nos souvenirs personnels nous font croire que son action était surtout naturelle, juste, traduisant bien sa pensée, et proportionnée à son émotion ; elle n’était pas tragique, et ne ressemblait en rien au grand coup de sabre dont Lacordaire transperçait son auditoire à la fin de ses éblouissantes périodes. Du reste, il n’était pas homme à préparer ses poses et ses gestes au miroir; la nature l’avait assez bien doué pour le dispenser d’aller pren-
dre des leçons chez Coquelin. Pour lui, l’action fut accessoire
dans la prédication, quoiqu'il ne la ñégligeât pas. Ia nn d’une fine ironie, en traitant de cette matière, certains prédicateurs, qui aujourd'hui comme hier placent dans la mimique leur suprême moyen de succès. Il reprend en sous-œuvre «l’ambitieux de modernité», qui pour lui n’est pas vraiment l'homme de Dieu. Il l'appelle tantôt « le courtisan du siècle », tantôt « l’amuseur des mondains et des femmes légères », ou encore « le bellâtre qui semble ne compter que sur les misérables avantages de son extérieur »; ici c’est « le beau parleur qui s’admire », là c’est « l'équilibriste qui jouit d’effrayer par ses propositions hardies »; c’est ensuite «le romantique chercheur d’effets », ou encore «ce bel oiseau » — glorieux et aigle s’1l y tient — qui aime à planer à perte de vue, sauf à daigner çà et là redescendre vers l'auditoire. Il ajoute : « Je vous en prie, orateurs chrétiens, ne soyez pas de ceux-là. »
Dans l’action, il estisans quartier pour « les petits manèges », la « coquetterie » à la facon d’Orante commencant à lire son sonne ; il ne tolère « ni regard séducteur », ni « demi-sourire », ni «l’appel au gosier », ni «l'arrondissement du coude ». Faites bien le signe de la croix : c’est ce qu'il y a de mieux; afin que les prédicateurs « ne soient pas de vulgaires comédiens ». C’est une eau-forte prise à Paris de visu.
On peut souvent séparer l'écrivain de l’orateur dans le même homme. C'est une opinion assez commune parmi les lettrés que les harangues de Démosthène et de Cicéron, devenues classiques, n’ont pas été prononcées telles que nous les possédons : les passions de l’Agora et du Forum rendaient à peu près impossible une pareille perfection de forme. Les Gracques. avaient des joueurs de flûte au pied de la tribune; il y avait aussi des sténographes, qui recueillaient la coulée de la parole des orateurs plus tard moulée et ciselée dans ces belles pages qui sont restées immortelles. On peut citer d’autres exemples dans les temps modernes. Chez le P. Monsabré l’orateur et l'écrivain ne se séparaient pas, malgré ce que l’action ajoute à la parole, parce qu'il portait en chaire des discours écrits avec soin. Il a soutenu dans son Traité? qu'il y a l’éloquence
%,1. Loco citato.