MAURICE D’'HULST
C'était une personnalité de marque dans les rangs du clergé séculier de France, à la seconde moitié du XIXe siècle. Sa naissance, qui n’explique pas seule le prestige dont il jouit pendant sa vie, le mettait déjà en vue. Il était le fils de cette aristocratie qui a laissé dans notre histoire nationale de si beaux souvenirs ; dont les événements, en la dépouillant de ses anciens privilèges, n'ont pas effacé toutes les supériorités, ni arrêté toutes les influences dans une société démocratique; qui garde des réserves de foi et d'honneur, et donne encore à la patrie des soldats, des hommes d’Etat, des orateurs, des écrivains, et à l'Eglise des prêtres de valeur, quoique dans
. une proportion trop modique. Maurice d'Hulst reflétait l’éclat
d’un passé évanoui. Avec sa taille élancée, les traits allongés, une allure noble, presque fière mais sans morgue, plutôt froide, ce descendant des Grimoards, qui comptait le pape Urbain V parmi ses ancêtres, avait grand air. Mais c’est par ses mérites personnels qu'il émergea; ces mérites, il les acquit, non pas sur les champs de bataille, ni dans les salons, malgré ses relations avec le meilleur monde, ni à la Cour, quoique l’ami et le confident des Princes d'Orléans, mais dans les écoles, d’abord disciple, plus tard maître, avec la parole et la plume, non pas avec l’épée. Ce gentilhomme qui, un siècle plus tôt, aurait vécu sa vie à cheval, sous l’hermine de la magistrature ou dans les antichambres, fut de nos jours un simple prélat, qui ne s’éleva pas même jusqu’à l’épiscopat, un savant dans son cabinet, un docteur à l’Université catholique de Paris, un orateur sur la chaire de Notre- Dame, un écrivain dans toutes ces situations.
Maurice d’Hulst, qui mourut encore dans la force de l’âge
et dans le plein épanouissement de ses facultés, vécut plus qu’une vie d'homme par l’activité fébrile qu’il déploya, par les fonctions multiples qu'il remplit, par tous les travaux qu'il . entreprit, qu'il mena quelquefois à bonne fin, qu'il laissa plus souvent en chemin à l’état d'ébauches qui gardent son empreinte et trahissent le maître. Son œuvre totale, très considérable, résultat d’une fécondité peu commune et d’un effort continu, est dispersée dans ses discours publics, dans ses leçons d'école, dans vingt brochures, dans quelques volumes à peu près achevés, dans les conférences de Notre-Dame qui remplirent les six dernières années d’une existence trop tôt finie. On peut cependant dégager une unité dans cette riche variété, un peu confuse au premier regard, et tracer la ligne droite qu'a suivie ce grand ouvrier de la pensée. Ceux qui l'ont vu de près, et qui ont dressé « la table de matières » de son œuvre, s’il est permis d'employer cette expression, résument l’homme et l’œuvre d'un seul mot : Il fut apologiste.
Que pouvaitil être autre chose àl’époque où Dieu le fit naître? quel emploi pouvait-il faire de ses belles facultés ? À la vérité, le rôle d’apologiste dans l'Eglise est de tous les temps, parce que la vérité fut toujours combattue par l'erreur sur cette terre, et que l'Eglise, qui en est la dépositaire et la gardienne, s'avance à travers les antagonistes sans cesse renaissants qu’elle rencontre sur son chemin. Il y a cependant des époques dans l’histoire qu’on pourrait appeler des époques d'exposition, parce que l’état d'âme des peuples ne demande pas autre chose que les sublimes affirmations des vérités révélées, acceptées avec docilité, et les directions traditionnelles, qui ont guidé toutes les générations jusque-là fidèles. Notre XVIIe siècle, qui se déploie entre le protestantisme, vaincu sinon soumis, et le Jansénisme qui ne viendra qu'à la fin, quand les controverses sur les fondements du christianisme n'étaient pas retentissantes, et que les libres-penseurs n'étaient que « des bruits que Bossuet entendait dans le lointain », ce siècle, nous présente une de ces périodes paisibles, où l’enseignement chrétien a plus besoin de la science des docteurs que du glaive des apologistes.
Nous n'en sommes Aie là, dur Dionibe ae siècles. à La philosophie du XVIII siècle et la Révolution de 89 ont fait or de la France, et bientôt après de l’Europe et du monde, un "te 4 camp retranché où le christianisme assiégé doit.se défendre . 104 jour et nuit, sans trêve ni repos. Dans ces conditions, ce sont | des apologistes qu’il faut à l'Eglise; et Dieu qui veille sur # elle, les suscite dans son Sein à l'heure des grandes batailles. Maurice d'Hulst arrivé à l’âge d'homme, ayant reçu l’onction . du sacerdoce, qui est Ehuile des athlètes, prit son poste de : : NA combat, et ne tarda pas à à faire ses preuves de savoir et de ; . vaillance. ;
Il y a deux hommes dans Maurice d'Hulst, l’orateur et le philosophe ; il y en a un troisième, l’homme d'action, qu pousse aux entreprises du zèle jusqu'à la témérité. Mais 1 nous n’écrivons pas ici Sa biographie, que d’autres plumes : rédigeront, si ce n’est pas chose faite : ici nous n'étudions que l’orateur et le philosophe qui se confondent dans un seul, à qui est l’apologiste. Apologiste, il le fut; il ne fut même qu’apo-. de Ç logiste, si on le considère dans ses grandes lignes, en négli- se geant des travaux de biographie, qui ne sont que des détails à et comme les distractions de ses rudes journées. Dans l’Apolo- ue giste, il est difficile de séparer l’orateur du philosophe: car “
l’orateur est dans le philosophe quoique en passant; mais le philosophe est dans l’orateur plus que l’orateur. L'analyse
des œuvres de l’Apologiste demande SERRE cette distinc-!
tion. :
L'orateur apologiste que fut Maurice d'Hulst, ue prin- : : cipalement le conférencier de Notre-Dame. Sa parole recher:
chée des grands auditoires retentit sur les principales chaires . de France, pour des fêtes d'éclat où il faut déployer des qualités dans des genres divers, parmi lesquels les panégyriques toujours plus solennels et qui demandent plus d’élévation dans les pensées et de richesse dans le style. De ces discours, nous en ferons simplement mention‘. D’autres discours pu bliés auront plus d'importance pour exposer les doctrines du philosophe. Restons à Notre-Dame. |