‹ Les apologistes espagnols au XIXe siècleChapitre 74 sur 86 · Mélanges oratoires · texte numérisé non relu

Mélanges oratoires

Maurice d'Hulst, déjà recteur de l’Université catholique de Paris et vicaire général du diocèse, ouvrit ses conférences en 1891. Il succéda au P. Monsabré, qui avait occupé cette chaire dix-huit ans, avec un succès soutenu, où il entrait plus d'estime que d'enthousiasme tapageur. L'éminent Dominicain, avant tout théologien, avait exposé le symbole, depuis Je crois en Dieu jusqu’à la Vie éternelle; on sait les caractères de sa prédication; on connaît le monument un peu massif qu'il a laissé après lui, et qui occupe un rang honorable dans la littérature sacrée du dernier siècle. Maurice d'Hulst prit la suite de l’enseignement catholique : après le Symbole, le Décalogue; après le dogme, la morale. Chaque orateur, avant lui, s'était fait une spécialité par le choix des sujets, selon un plan plus ou moins vaste, par la manière de les traiter, en déployant les dons de son génie personnel. Maurice d'Hulst s'établit sur le terrain de la morale, peut-être pour suivre l’ordre logique de l’enseignement catholique, peutêtre par préférence pour des questions qui allaient mieux à ses aptitudes, et plus en rapport avec ses travaux préparatoires. Lacordaire avait prêché, quarante ans auparavant, sur la morale, dans les conférences de Toulouse, que Montalembert appelait « les plus belles que l’orateur eût prononcées », et qui furent le chant du cygne de celui qui en avait prononcé tant d’autres, avec une maëstria restée sans pareille. I n'y a aucun rapprochement à établir entre l’œuvre de Lacordaire et celle de Maurice d'Hulst, parce que les deux orateurs n’abordèrent pas la morale catholique, par les mêmes aspects. Le premier épuisa la matière dans six conférences, la prenant par les sommets, en platonicien inspiré qu'il était, mettant en musique, Cinq ou six questions de la Somme de saint Thomas, sans descendre aux détails par l'application de la doctrine à la vie pratique : c'était le dogme de la morale. Le Second Consacrera les six années de son apostolat au même sujet, parcourant les commandements du Décalogue l’un après l’autre, laissant les hauteurs de la spéculation pour exposer terre à terre les devoirs de la vie réelle et en peindre les vices contraires : toujours philosophe, plus souvent casuiste, quelquefois orateur.

Il semble d’abord que l’ordre des questions qu'il allait traiter était mal choisi pour l’apologétique; car la morale, vieille comme le monde, avait été exposée mille fois par les prédica. teurs, par les écrivains ecclésiastiques et laïques, depuis les Pères de l'Eglise jusqu'à Bourdaloue, et de Sénèque à Labruyère : 1l était difficile de donner du neuf. Mais c’est là un faux supposé. À l’heure où Maurice d'Hulst ouvrit ses conférences, il y avait quelque chose de changé sur la morale traditionnelle, qui était humaine avant d’être chrétienne : « L'impératif catégorique » de Kant avait fait le tour du monde; la morale séparée de Dieu n'avait désormais d’autre point d'appui que la conscience individuelle, où « la raison pratique ». Cette donnée, plus neuve par sa formule scientifique que dans son fond, était Le thème que les publicistes développaient dans les revues et sur les chaires de l’enseignement officiel. De leur côté, les politiciens, qui avaient escaladé le pouvoir en France, faisaient du laïcisme à outrance, en imposant dans les écoles la morale séparée, dite laïque ou civique, en chassant les maîtres qui professaient la morale religieuse, en arrachant des tribunaux, des hospices et autres établissements de l'Etat, tous les symboles qui la représentaient : le laïcisme triomphait sur toute la ligne. La morale proscrite avait besoin d’être défendue contre les sophistes qui la dénaturaient en la dissociant avec la religion dont elle est inséparable, parce qu’elle en est le fruit, et qu’ils lui enlevaient toute son efficacité et sa valeur sociale. L’apologétique avait devant elle un vaste champ : Maurice d’Hulst y prit position résolument.

Il consacra les conférences de 1891 à « l’établissement rationnel des fondements de la morale ». La logique imposait cette marche : commencer par le commencement, donner des bases à la morale, que le Kantisme tenait en l’air, qui n’échappait à l’athéisme et à l’amoralisme, selon un vocable aussi barbare que nouveau, que par l’inconséquence, et cachant sous des mots cabalistiques des négations effrayantes, qu’on n'ose pas professer en plein air. Notre Apologiste, en homme

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