‹ Les apologistes espagnols au XIXe siècleChapitre 79 sur 86 · SES · texte numérisé non relu

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exige notre amour parce qu'il y à tous les droits, nous ayant tout donné. L'amour est primordial, essentiel à notre nature comme la pensée : on ne le définit pas : « il ne devient pas ». Etrange, brutale, animale, genèse de l’amour d’après la théorie de l’évolution; où donc l’absurdité va-t-elle se nicher? L'’amour n’est pas de la chimie; il ne sort pas des affinités des molécules au fond d’une cornue. Dieu est animé d’un double amour : amour essentiel en lui-même, dont il est l’objet et le sujet, amour accidentel, qu’il reçoit du dehors, et qui est la réponse des créatures à leur créateur, On élève deux obstacles contre ce commandement: Dieu est trop grand, il est invisible ; l'amour demande l'égalité et la vue de son objet ou la rencontre de deux amours. Dieu qui nous ordonne de l’aimer nous prépare à l’aimer, en versant dans notre cœur le dégoût des choses créées, et en permettant que l’amour divin se mêle toujours à nos amours humains. Si, pour nous décider à l'aimer il faut encore davantage, Dieu en nous envoyant son Fils a établi l'égalité et réalisé la rencontre et la vision de Celui que nous devons aimer.

Après de pareilles avances, Dieu pouvait exiger d’être aimé par-dessus toutes choses, parce qu'il est au-dessus de toute chose. Il est allé plus loin, et il a demandé d’être aimé lui seul, sans partage avec les choses créées. Aimer Dieu pardessus toute chose est obligatoire ; aimer Dieu seul, c’est l'obligation de l'éternité pour tous ; icibas c’est le conseil donné aux âmes héroïques, et ces âmes se sont rencontrées. « Je vous parle d’un amour encore exilé. Ici-bas, parmi les ombres, alors que Dieu n'est pas visible en lui-même et que mille reflets de sa beauté sollicitent nos regards et les trompent en les attirant, c’est maintenant

qu’un cœur d'homme, un cœur de femme, un cœur d'enfant.

se contenteraient du souverain-Bien? ils s’en contenteraient sans le voir, sans en jouir, et ils lui sacrifieraient tout le reste ? tout, entendez-le, c’est-à-dire le mal d’abord, maïs aussi le bien qui n’est pas lui? Quel rêve, Messieurs! J’allais dire quelle chimère! Regardez pourtant : c'est sous vos yeux ravis une permanente réalité. Voici l'armée des vierges, la légion des apôtres, la phalange des martyrs. Tous les siècles chrétiens,

toutes les contrées de la terre ont fourni leur contingent à

cette élite, La vierge n'aura de regards que pour le céleste époux ; l’apôtre ne se passionnera que pour sa gloire; le martyr

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lui prodiguera joyeusement le sang de ses veines. Et la raison de ces folies sublimes, de ces renoncements étranges, de ces immolations surhumaines, l'inspiration qui les rend possibles, la force qui les soutient et les défend contre l’inconstance d’une volonté fragile, c’est le feu du ciel, c'est l'amour. »

Quand le cœur a rencontré Dieu, il lui demeure uni par un quadruple lien : amour de désir, amour de reconnaissance, amour de bienveillance, amour de complaisance; tous ces mouvements, toutes ces notes que rend le cœur humain composent le sentiment unique, suprême, qui est l'amour. Aussi l’amour ne passe pas, j'entends l'amour divin. « Oui, tout passera, excepté le divin amour; tout, non seulement le mal, mais le bien même qui n’est pas l'amour. Le plaisir passera avec ses hontes, la gloire avec sa vanité, la richesse avec ses mensonges, le vice avec ses triomphes éphémères, la douleur avec ses angoisses d’un jour; les vertus passeront, la foi avec son obscurité, l'espérance avec sa lointaine attente, la patience avec ies maux qu'elle faisait supporter, l'humilité avec Îles séductions qu’elle déjouait, le zèle avec ses entreprises, la fidélité avec ses combats. Le mal disparaîtra comme l'ombre fuit à l'approche du jour. Le bien laborieux et contesté pâlira comme les astres de la nuit s’éteignent sous les feux du soleil. La charité ne passera jamais ».

Le carême de 1893 fut consacré à l'exposition du culte extérieur que l’homme doit à Dieu. L’orateur traite successivement du culte en général — du sacrifice — de la prière — du respect du nom de Dieu — du dimanche de Dieu — du dimanche de l’homme. Selon sa méthode invariable, il fait marcher de front la thèse et l’antithèse, la doctrine et l'erreur contemporaine. Les raisons du culte établies par la métaphysique et par l’histoire, il fait justice de « l’idéal », le Dieu psychologique que chacun invente chaque matin, des trois périodes humaines de Comte, du roman de l’état sauvage primitif de Rousseau, et appuie ses conclusions sur le domaine de Dieu et sur l'être de Dieu, en proclamant sa souveraineté absolue. « O source de l'être, de qui toute vie procède, le faible ruisseau de mon être, en s’épanchant de vos profondeurs, a reçu un élan qui le ramène à vous. Je voudrais murmurer votre

louange ét proclamiër votré souvérdifiété Sacrée. Mais qué petit

og cor

mon bégaiement infifme pour chanter vos grandeurs? Prê-

tez-moi, Ô tion Dieu, les accents de votre Prophète. Avec tout ce peuple, jé redirai son Cantique. »

Le devoir du culte ëst universel; il s'étend à l'individu, à la famille, à la Société, à l'humanité. « Artière, Satan, car il est écrit : Tu adorëraäs le Séigneur ton Dieu et tu ne serviras qüé lui seul... Et vous, angés tutélaires de la Fränce, Geneviève, saint Louis, Jeanne d'Arc, äpprochezvous; venez guérir nos Maux; venez nous rapprendre le secret des grands relèvements! A cette nation que vous avez aimée, sauvée glorifiée, venez redire le mot d'ordre qui fait les races pures et fières : « Tu adoreras le Seigneür ton Diet, et FM fle Se viras que lui seul. ».

Le sacrifice est la forme li plus solennelle dù culte; comme le culte, c’est uti fait hümain, universel dans le terhps et l’espate: Le naturalisme déshonore $es origines sans les expliquer: utopie de l’état sauvägé prirnitif : ce n’est pas par évolution que le sacrifice s’en dégagea: il est primitif. « Eh vérité, c’est une étrange manie qui possède, qui obsède la pensée corlem-: poraine : la manie de déshonorer toutes les origines. Il faüt que tout soit parti du pire pour arriver du meilleur... Tout cela prête, je le veux bien, à de poétiques dévéloppements sur la finalité immanente, sur l'éternel progrès; tout celaflatte l’orguel: humain, parce que cela lui permet de s’admirer, provisoirement du moins, comme le point culminant de l’univers, et de remplacer l’adoration d’un maître Souverain par l’adoration dé Soiméme. Mais tout celà est faux ».

La raison et la foi démontrent l’origine et la sublime signification du sacrifice êt de ses caractères. Le Christ en croix en fut l'expression suprême.

L’autel sans victime, c'était Dieu oublié ;

L’autél ruisselant du sang des bêtes, c était Dieu mal servi:

L’ autel rougi du sang des hommes, c était Dieu outragé,

Mais aujourd’ hui le voile tombe et la vérité apparaît,

O Christ, Ô Hostie, que votre réligion est belle! »

Une belle loi de l’ordre moral s’en dégage : le dévouement, säns lequel la vie Humaine est impossible, car dans la société il ne resterait que la corruption et la férocité.

La prière est une forme du culte, un sacrifice mystique, le sacrifice du Cœur et des lèvres. La prière, c’est la demande

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que l'homme adresse à Dieu. Les sophistes se jettent entre

Dieu et l'homme : le Dieu-nature est sourd comme la fatalité : le Dieu personnel est immuable; la prière ne saurait changer ses décrets. D'ailleurs, il sait tout : à quoi bon l’importuner? L’humanité répond aux sophistes en priant : c’est la loi de

l'histoire. Jésus apporta dans le monde le pater noster, la sublime prière en sept demandes, qu'il récita le premier, et que -nos lèvres répètent depuis deux mille ans. La prière monte au ciel et remue la terre quand elle s'élève comme l’encens des âmes animées de la foi. Prions. « Et si la France enfin — mon Dieu, vous me pardonnerez de nommer à part cette nation que vous avez tant aimée — si la France se laissait visiter par cet esprit de grâce et de prière que promettait le Prophète à Jérusalem coupable | Si elle tombait à à genoux devant le Christ; si, confessant son mal, elle répétait, avec le

lépreux de l'Evangile : « Seigneur, si vous le voulez, vous ee

pouvez me guérir! » ah! croyez-vous que Jésus resterait sourd à son appel? Croyez-vous qu'il ne reconnaîtrait pas la VOIX de sa fille préférée, qu'il oublierait sa fidélité antique, ses gestes glorieux, ses vertus, sa charité, ses douleurs ? »

Un des objets du culte, c’est le nom de Dieu même : respect au nom de Dieu. Ce respect, l’antiquité ne le lui refusa pas : l'Eglise catholique y ajoute encore trois grands péchés,

qui blessent la sainte loi du respect dû au nom de Dieu;

le blasphème, le parjure, le vœu violé: Sous ses formes variées, le blasphème est trop fréquent chez nous. « O France,

prends-y garde. Tu fus autrefois le royaume de saint Louis, qui perçait d’un fer rouge la langue du blasphémateur; mais tu es on devenue depuis longtemps lapatrie du blasphème, Des génies

néfastes te l'ont enseigné ». — Le serment estencore un acte de religion: c'est Dieu pris à témoin de la vérité; hommage rendu à sa sainteté et à sa véracité. On a laïcisé le serment : « rêve malsain, prétention intolérable, qui se fait jour depuis quelques années, en France et ailleurs, avec une audace croïissante ». On enlève ainsi au serment sa sainteté, sa valeur probante,; athéisme abominable, qui mène droit à lautothéis-

me monstrueux. — Le vœu est une promesse faite à Dieu,

libre, spontanée, qui dépasse le devoir, qui a pour matière

une action, un bien, un don qui va jusqu’au don de soimême. Le vœu atteint toute sa hauteur, toute sa beauté, il épuise l’héroïsme des âmes dans l’état religieux. Quel bel arbre planté dans l'Eglise catholique! voyez sa racine, ses feuilles, ses fruits, ses fleurs. Crime et folie des révolutions qui le déracinent, qui le dépouillent et en dispersent les débris. « Regardez ce convoi de charrettes qui va de la Conciergerie à la place du Trône; ce sont les Carmélites de Compiègne coupables de n’avoir pas voulu quitter leur couvent. »

Le culte a son jour, un jour réservé, plus solennel, que Dieu s’est choisi, auquel il a apposé sa signature : c’est le Dimanche. L'’orateur, sur ce sujet si souvent traité, et sur lequel on revient sans cesse par le malheur des temps, adopte la division de tout le monde : le dimanche de Dieu et le dimanche de l’homme : tous les intérêts y sont résumés.

C'est la justice et la reconnaissance qui sont la raison du culte que l’homme rend à Dieu le dimanche; justice, car tout ce qu'il possède lui vient de Dieu, source de vie : hommage de vassalité envers le suzerain du ciel et de la terre. L'homme suspend son travail pour honorer le travail de Dieu, en inclinant son front dans une adoration pieuse. Reconnaissance, réponse du cœur de l’homme au cœur de Dieu d’où procèdent tous les dons qu'il en a reçus. Le christianisme est le plus grand de tous ces dons; il est le principe de la civilisation; le dimanche en assure les fruits : la violation du dimanche mène à la barbarie. Dieu n’a pas besoin des hommages de l’homme; mais l’homme ne peut pas se passer des dons de Dieu.

Le dimanche, c’est le jour de la grande prière, la prière sociale, la messe, continuation du sacrifice de la croix dans le temple. « Basilique admirable, qui nous rassembles aujourd'hui comme tu as rassemblé, depuis six siècles, tant de foules priantes, livrenous tes secrets, dis-nous qui t'a conçue! Ce n'est pas la science orgueilleuse qui a tracé le dessin hardi et majestueux de tes formes. Ce n’est pas la puissance de l'or qui à fait sortir de terre les masses imposantes que tu dresses vers le ciel. La foi seule a inspiré tes artistes, la charité a entraîné les foules; les uns ont donné leur génie, les autres ont prêté leurs bras; et l’œuvre sublime s’est élevée comme

d'ellemême, taisant les noms de ceux qui l'avaient faite, mais proclamant la gloire et chantant l’amour de l’Agneau immolé. »

Mais l’homme trouve son bénéfice dans le dimanche, pour son COTpS, pour son âme, pour la vie de famille qu’il ne goûte que ce jour-là. Mais l’imbpiété, la liberté mal comprise, la grande industrie ont amené la décadence de la sainte institution. L'égoisme, des habitudes funestes, le respect humain sont les obstacles à sa restauration. Cette restauration nécessaire ne peut s’accombplir que par la restauration de la foi.

Le sujet des conférences de 1894, c’est la famille. Sur la famille en général, l’orateur en étudie l’origine et la loi : sur l'origine de la famille, il rencontre une fois de plus l’évolutionisme, qui en fait le prolongement des espèces animales : la grossière théorie se mêle à toutes les manifestations de la vie, qu’elle déshonore et qu’elle dégrade. La doctrine catholique l’arrête, en lui opposant l'origine divine de la famille, qui lui donne la Trinité pour prototype. Aux ascensions aveugles et fatales d’une force inconsciente et sans nom, elle oppose les ascensions progressives de la création, qui partent d’un principe vivant et intelligent, qui est Dieu, et se superposent jusqu’à l’homme, couronnement de cet ensemble harmonieux, qui est l’univers actuel.

La loi de la famille issue de l’évolutionisme, c’est l'instinct et toutes les immoralités qui en découlent. La loi de la famille sortie des mains de Dieu, c’est la stabilité, l'autorité et l'amour; sur ces bases saintes, la famille demeure le pivot de la société : qui y touche ébranle toute l’économie des choses. Pourtant, que d’assauts on livre à cette institution tutélairel! Combien mollement elle est défenduel «À ce monde, qui hésite, déconcerté entre tant de doctrines contraires, montrons ce grand exemple: un groupe compact de familles fidèles à la loi de stabilité, à la-loi d'autorité, à la loi d'amour. Qu'on soit forcé de dire en la voyant : si toutes les familles étaient faites sur ce modèle, la société serait sauvée! Alors, alors, seulement, le sophisme sera vaincu, et vous aurez conjuré le péril de la barbarie remontante par la puissance et la sainteté de vos exemples. »

Le mariage est la racine de la famille. Respect du lien conjusal. « Je n’aborde pas sans trembler un tel sujet » dit l'orateur. Il avait ses raisons; car ïl connaissait son temps et l'auditoire qui l'écoutait au pied de sa chaire. C’est encore l'évolutionisme, l'hérésie grossière et honteuse qui l’arrête en chemin. Parce que la famille continue les espèces animales, le mariage a la même origine: il procède de l'union animale, pour s'élever à la forme majestueuse qu'elle affecte aujourd’hui. En face de cette conception imbpie, le dogme catholique maintient avec fermeté une doctrine tout opposée. Voici l’histoire du mariage : il naît dans les ombrages de l’eden, sous la bénédiction de Dieu même, qui lui donne dès lors ses deux grands caractères : l'unité et lindissolubilité. En traversant les siècles, l'instituton s’altère. Moïse cède devant Les révoltes d’une race charnelle. Jésus-Christ la relève en La ramenant à sa pureté et à sa beauté primitives, modelée sur un prototype sublime, l’umion du Verbe avec son Eglise : le contrat est élevé à la dignité de sacrement. En passant, l'orateur flétrit le mariage civil, dont il donne la vraie mesure, que les laïciseurs ont outrepassée. ul

Il insiste peu sur le dogme du mariage; il n'oublie pas qu'il prêche la morale, et c'est la morale du mariage qu'il développe : la préparation au mariage, les rites liturgiques de sa célébration, la vie commune des époux. C’est une belle étude de mœurs contemporaines; Fadultère et le divorce, peints avec des couleurs sombres, sont vigoureusement flétris. Faire rentrer Dieu dans le mariage dont on l’a banni; croire au devoir pour mieux le remplir, et compter sur sa grâce pour. porter sans fléchir Le poids de sa gloire : c’est la conclusion. « O Dieu, fondateur de la famille, Ô Christ réparateur du mariage, ne laissez pas périr votre ouvrage; donnez-nous des foyers chrétiens! Une dure expérience a déjà prouvé aux sociétés humaines qu’elles ne méprisent pas impunément votre loi. » | Le mariage a été institué à une fin, comme toutes les œuvres de Dieu : il faut respecter les fins du mariage. Ces fins sont : la perpétuité de l’espèce humaine, l'éducation des enfants, l'appui mutuel des époux dans la vie commune.

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Sur le premier point, question délicate et grave, l'orateur expose la doctrine; il invoque la loi naturelle, et la loi positive divine; on ne prouve pas ces lois évidentes par elles-mêmes : on les affirme. Comme chaque vérité a son hérésie, c’est le Malthusisme qui s’oppose à la prem.ère fin du mariage. Il est discuté ici à fond, dans tous les sens et à tous les points de vue : la morale, les règles économiques, l'intérêt politique et social des peuples, tout est passé en revue. Les prétextes sont exposés et réfutés; le remède est indiqué : il n’est pas dans les expédients que des théoriciens aux abois proposent; c’est l'Eglise, avec ses enseignements, qui en tient le secret. Les dangers qui menacent la France, atteinte plus que d’autres nations du mal que l’orateur combat, émeuvent son patriotisme: « Certes le mal existe, il est gros de périls pour l’avenir même

de la patrie. De tous côtés les patriotes s’alarment; les écono-

mistes euxmêmes perdent quelque chose de leur professionnelle sérénité. On consulte les statistiques, et l’on y suit de lustre en lustre le progrès effrayant de la dépupulation française; on le compare au progrès ascendant des nations voisines... où s'arrêtera l'appauvrissement de notre race? »

La seconde fin du mariage, c’est l'éducation des enfants : réservée pour la conférence suivante. La troisième est l’appui mutuel des époux. Ici les devoirs sont : le respect, la confiance et l'amour. Ils sont développés en des pages douces, où la psychologie a sa part, et la description des mœurs contemporaines la sienne. En terminant, l’orateur jette un regard plutôt mélancolique sur un passé plus heureux parce qu'il était chrétien. « Telle est, Messieurs, en sa forme parfaite, cette société conjugale dont Dieu lui-même a fourni le type. Arrêtonsnous, en finissant, devant cette création sublime dont nos propres défaillances voilent si souvent à nos yeux la beauté. Ils n'étaient pas rares jadis, et même en ces derniers temps nous les avons plus d’une fois contemplés d’un œil ravi ces foyers chrétiens où régnaient le respect, la confiance et l'amour. Quelle douceur dans les rapports! quelle sérénité dans la joie et dans l’épreuvel Quelle délicatesse dans le commandement de l’époux! quelle dignité dans l’obéissance de l'époux! quelle attention réciproque à deviner, à devancer les désirs l’un de l'autrel », etc.

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Les devoirs des parents sont exposés dans la conférence

suivante : l'éducation et l'établissement des enfants sont les principaux. L'éducation est l'objet d’une étude approfondie et réservée, à cause de son importance à l’heure où l’orateur de Notre-Dame parlait. Il y a longtemps que la bataille £e livre entre l'Eglise et l'Etat, entre la famille et le monopole universitaire, qui tantôt s’élargit et tantôt se resserre, menace perpétuelle pour la plus précieuse des libertés. L'éducation com:prend le cœur, l'esprit et le corps. Le laïcisme triomphant méritait une spéciale attention : c’est l'ennemi. « Séparer la religion de la morale! ah! je m'explique encore que des esprits faussés en fassent l'essai dans le domaine des spéculations philosophiques. La morale qu'ils auront isolée de la sorte ne tiendra pas, voilà tout... Mais risquer ce divorce dans l'éducation! quelle aberration! quel sacrilègel... Ah! je sais bien qu’un vent de folie souffle depuis quelque temps sur le monde. On s’est contenté d'abord d’écarter la religion de l'enseignement public. L'école, at-on dit, restera neutre; entre l'affirmation et la négation de Dieu et de son Christ, elle ne prendra plus parti. Comme si ce n’était pas déjà prendre parti contre l'affirmation que de lui substituer le silence, indice de dédain, conseiller d’indifférence, fauteur de doute! » Suivent de sages considérations sur l’exagération de la culture de l'esprit dans les masses populaires, et sur le danger d’une Science empoisonnée pour les classes supérieures. L’orateur, qui ne craint pas le détail, descend jusqu’à l'éducation physique que les parents doivent aux enfants. Il parle en père de famille quand il arrive à l'établissement des enfants, touchant la vocation, la profession, et le mariage. « Parents chrétiens, vous partagez avec le sacerdoce le plus grand ministère qui soit au monde : celui de l’enfantement des consciences, celui de la culture des âmes. Sanctifiez-vous pour le bien remplir. Et tandis que d’autres se multiplient à l’œuvre de perversion sociale, vous, dans la patience obstinée d’un labeur obscur, applaudi de Dieu seul, préparez cette génération pure et fière sur laquelle se reposent d'avance les espérances de la patrie et de l'humanité. »

Dans les deux dernières conférences de 1894, il est traité

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ds ds de éntanté envers do. Détents, et des devis ee des maîtres et des serviteurs. C’ est de la parénèse en leçons | patiemment développées, très pratiques et très utiles, avec applications et un peu de casuistique, sur un ton en harmonie avec la doctrine. Chemin faisant, l’orateur signale plusieurs abus du temps qui sont nouveaux dans les générations présentes, atteintes de maux divers, qui ont leur principe dans l’obscurcissement des doctrines du décalogue, et dans l'énervement des caractères enclins au laxisme sur toute la ligne. Le discours s'élève un peu ‘dans la conférence sur les 1elations des maîtres et des serviteurs. La domesticité est rapprochée de l'esclavage; et l'orateur en prend occasion, par un regard rétrospectif sur l'histoire, de venger l'Eglise des calomnies dont elle a été l’objet, elle qui a la gloire d’avoir aboli l’escla- . vage qui déshonorait l'humanité.

Er terminant l’enseignement de la morale familiale, l'orateur entonne une seconde fois un chant sur le foyer chrétien, doucement et apostoliquement modulé! « Qui dira la beauté d’un intérieur chrétien? De l'époux à l'épouse, des parents. aux enfants, des maîtres aux serviteurs c’est un perpétuel échange de déférences et de services, de confiance et de dévouement. Entre des existences que tout semblait séparer

et même opposer l’une à l’autre, l’âge et l’éducation et le savoir . : et la fortune, un lien subsiste qui les rapproche et les rend

solidaires, lien plus fort et plus doux que l'intérêt, car en enchaînant les cœurs, il affranchit les volontés; chacun fait sans contrainte tout ce qu’il doit, parce que chacun aime sa dette et son créancier, O vous qu'inquiétent, à bon droit,

les symptômes trop visibles de la décomposition sociale, pour. |

quoi chercher si loin, à travers tant d’inventions suspectes

et tant d'expériences aussi périlleuses que décevantes, le

secret de la rénovation de la vie? Dieu l’a caché au foyer, quand il y à ramené le respect, la liberté et l'amour ».

*X * Le carême de 1895 est consacré à la morale civique. L’enchaînement logique des commandements du décalogue n’est pas rompu, car la société n’est que la famille agrandie. C’est l’ordre qui est suivi dans tous les catéchismes. Ici le champ s'élargit : le dogme se mêle nécessairement

à la morale à laquelle il sert de base. Le discours s'élève avec le sujet : il y a plus de spéculation, sans exclure les applications pratiques, et la réfutation des erreurs contemporaines dans l'espèce. L'origine du pouvoir — Les droits de l'Etat. — Les devoirs de l'Etat — encore Les devoirs de 1 Etat — L'Eglise et l’Elat. La civilisation chrétienne dans six conférences : ces questions se pressent, chacune ayant fourni matière à des volumes chez les publicistes, qui ne sont pas en face d’un auditoire, car ils ne parlent pas : ils écrivent et le lecteur peut attendre. La méthode analytique, qui le plus ordinairement esi celle de l’orateur de Notre-Dame, ne rendait pas la tâche plus aisée. La partie apologétique de ces conférences y occupe la plus large place : c'était le but. Cependant la doctrine catholique est mise en face des erreurs dont elle est la réfutation et le remède; résumée plutôt que fouillée par voie d’affirmation souveraine, elle renverse l’échafaudage des sophistes, des révolutionnaires, des utopistes, et demeure une solennelle leçon pour les peuples etpour les rois. L'Egiise sort victorieuse de cette joute vigoureusement soutenue; la civilisation chrétienne est vengée, et les services qu’elle a rendus à l'humanité placés en pleine lumière.

li faut donner au carême de 1895 le nom de traité, qui lui convient mieux que tout autre; mais ce traité avec ses arêtes, hérissé de distinction d'école, nécessaires pour rester invulnérable en face de l’ennemi, est une œuvre digne de respect. Cependant le scolastique s'échappe quelquefois, et fait éclater l’armature du svllogisme qui contient sa pensée en conclusions solennelles et en apostrophes apostoliques. À la fin de la conférence sur l’origine du pouvoir, après avoir réfuté le contrat social de Rousseau, les évolutionnistes et les démocrates férus de la souveraineté du peuple, qu'ils opposent à Dieu, unique source du pouvoir sous toutes ses formes, il s’écrie, en commentant un texte de l'Ecriture : « C’est par moi que règnent les monarques; c’est en mon nom que les chefs commandent et que les puissants rendent la justice. Or les rois ont voulu régner par eux-mêmes; et le siècle qui finit a vu tomber les unes sur les autres les dynasties et les monarchies. Les chefs élus ont voulu commander au nom de l’homme, au nom du droit populaire, sans égard aux droits de Dieu, et les républiques ont versé dans le désordre. Les puissants ont voulu se faire une justice qui ne cherchât plus en Dieu

sa règle, et les peuples les ni éclaté en nie amères,

et les sectes. subversives ont érigé L anarchie Be Où Hot

trouver aujourd’ hui des trônes que n ‘ait pas minés la révolte? Où trouver des constitutions auxquelles leurs auteurs mêmes osent promettre un lendemain?, etc. » Bossuet en avait dit autant dans une seule phrase : « Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires. » RU

Dans la conférence sur l'Eglise et l'Etat et la distinction . des deux pouvoirs, après avoir établi les droits de l'Eglise

en face des droits de l'Etat, et son intransigeance irréductible au milieu des luttes ardentes qu’elle soutient pour les défendre. l’orateur adresse aux chefs d’Efat cette fière apostrophe : « Levez-vous donc, empires et républiques, monarchies électives et héréditaires, oligarchies et démocraties;

paraissez à votre heure, comme autant de constella'ions éphé mères, au ciel de l’histoire; suivez la loi fatale de votre ascen- … sion et de votre déclin! L'Eglise est là sur votre passage,

elle vous reconnaît, elle vous bénit, elle vous propose son alliance pour faire du bien aux hommes. Quand vous aurez disparu, elle sera debout encore, etc. »

nn le programme de carême de 1896. — La fraternité humaine. — Des vices opposés à la fraternité humaine. — Du respect de la vie humaine. — Du respect de la propriété. — La réparation de l'injustice. Las charges sociales de | la propriété.

Sur la fraternité humaine en général, l’orateur se tient dans la synthèse: les lignes générales du discours ont encure une cer-

taine ampleur. Les systèmes modernes déf'lent; le naturalisme Re

à tous les decrés, le libéralisme, le socialisme sont convaincus d’impuissance pour fonder la fraternité. Le mot résonne dans les airs : la réalité manque; c’est le christianisme qui a apporté

cette vertu inconnue la veille sur la terre déchirée par les divi-

sions des races et des classes dans une même race. Ilenacréé l'obligation: il en a fourni le principe, qui est l'esprit de à sacrifice ; il en a déplové ie avec le Christ rédempteur. Sur les vices opposés à la fraternité, l’orgueil, l'envie, la haine, la colère, la vengeance, c’est la psychologie qui domine, avec l'analyse minutieuse des passions qui agitent le Cœur

exhortations, et de rapides aperçus métaphysiques pour servir de charpente aux détails que le sujet enfraînait.

Le respect de la vie humaine. Ici c'est la easuistique qui domine d’un bout à l’autre. Après avoir esquissé rapidement les principes sur lesquels repose ce devoir — une thèse facile à démontrer — l’orateur s'abîme dans le détail, multipliant les espèces et les distinctions. « Tu ne tueras pas », dit le Décalogue. La formule est eviscerée, et les différentes manières de tuer défilent en bon ordre. Le meurtre de

l'enfant est étudié selon toutes ses modalités : l’obstétrique

fournit ses exemples après d’autres pratiques réprouvées par la morale. À la suite, le droit de légitime défense, la vindicte publique, la peine de mort, la guerre le suicide, le duel, ont leur paragraphe. L'orateur disserte méthodiquement sans jamais perdre terre. La guerre l’arrête un instant; et après avoir condamné la guerre telle que la politique la déclare trop souvent, il la célèbre comme voulue de Dieu, quand les causes en sont justes, pour les vertus qu'elle développe. « Ah! Messieurs, que de grandes choses n'’existeraient pas sans la guerre! Que de vertus seraient le privilège des saints, ingénieux à en cueillir les occasions dans la vie de tous les jours, si la guerre, messagère de Dieu, ne venait de temps en temps les proposer à tous les hommes, leur en faire une nécessité sublime, et réveiller les germes d’héroïsme moral endormis dans toutes les âmes où Dieu cependant n’a pas effacé son imagel» De Maistre et Donoso Cortès avaient développé des considérations d’un plus haut vol dans des pages restées célèbres.

« Le bien d'autrui tu ne prendras », septième précepte du Décalogue. Ce sujet remplit les trois dernières conférences du carême de 1896. On vy trouve les fondements du droit de propriété et la réponse aux attaques de certaine école dont Proudhon est le représentant le plus échevelé. La morale chrétienne défend la propriété en condamnant le-vol; elle en règle l’usage et en tempère l’égoïsme quand elle détermine les devoirs qu’elle doit remplir. L'orateur parle copieusement sur son sujet, en sociologue et en économiste renseigné. Si

mn quelques tee de casuistique suivies de quelques

casuistes qui ont mauvaise réputation depuis Pascal et même

justice », l’expositeur de la morale du Décalogue devient en-

plus loin. en terminant son austère conférence, il ajoute:

La dernière conférence de 1896 a pour titre : « Les charges ". sociales de la ‘propriété ». Elle terminait bien le plan de l'orateur sur cette question qui semble épuisée. Ici l'horizon

chasser entièrement la casuistique. Les problèmes abordés

. donné la même Jecon laïque quant au fond de la doctrine. à Mais l'orateur baptise cette doctrine dans l'Ecriture Sainte) dans la tradition de l'Eglise et sur le témoignage dés théolo. giens moralistes, ce qui donne au discours la couleur locale,

et fait que l'auditeur se sent sous les voûtes d'une basilique eV et non pas en Sorbonne. À signaler une digression aur les 0

auparavant; qui n'ont calomnié personne comme l'auteur des Provinciales, mais que d’ aucuns trouvent ennuyeux. L'orateur devient leur avocat, et prend parti pour cette branche de litté rature, qui semble avoir hérité de la sécheresse de la scolastique : c'était pro domo sua, car il emploie les mêmes procédés, justifiés par les besoins de l’époque.

Dans la conférence suivante sur « la Sparte tint de l’in- :

core plus casuiste : il n’est même que casuiste: il hache la. question à morceaux: chaque paragraphe est une entité cloi- . sonnée avec sa note. C'était une rude tâche devant laquelle lé courage de l’orateur ne fléchit pas un instant. Il doute plutôt de son auditoire qui le suit dans la brousse où il s’est engagé; il l’exhorte à la patience en ces termes : « Jai craint d’avoir abusé de votre patiente attention. Je le sais : pour plaire à l'auditoire et pour se conformer aux mœurs oratoires, il . . faudrait laisser à l'école ces dissertations arides, ces classifi: cations subtiles; mais ce serait renoncer à instruire, et livter la morale âux hasards d'une doctrine incertaine ». Un peu

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«Me pardonnerezvous d'avoir porté aujourd’hui un aride catéchisme dans cette chaire, qui garde encore de si fiersetde si sublimes échos? Je l'espère de votre indulgence, èt aussi, fautil le dire? de l'intelligence que vous avez des nécessités présentes. » Ni , LE 11 M

s'élargit. La synthèse renaît dans une certaine mesure, sans

sont graves: ils divisent les écoles et la société moderne, en déchaînant des tempêtes dont la violence augmente chaque jour: ils font couler de l’encre dans les officines des publicistes et du sang dans les grèves qui désolent les ateliers. C’est la question ouvrière, qui met aux prises les riches et les pauvres, les patrons et les travailleurs. Economistes et théologiens émettent des opinions opposées; les simples opinions coudoient des solutions plus fermes. L’encyclique Rerum novarum était la pièce maîtresse à invoquer dans ce débat : elle contient la solution catholique capable de rét2b'ir la paix entre des intérêts antagonistes et des passions démuselées, autant que cette paix peut régner sur notre terre orageuse. L’orateur n’a garde d'oublier le concordat que Léon XII a jeté à travers les belligérants ; il y puise toutes ses conclusions, sans craindre le détail, en discutant pied à pied, dans une langue technique, les antilogies dont ces problèmes sont hérissés. En chemin, il fait à la société moderne toutes les concessions compatibles avec la doctrine catholique: il la flatte pour l’éclairer. méthode employée en apologétique; il va jusqu'à un commencement d'illusion, en trouvant des reflets d'évangile dans des tendances dirigées contre l’évangile. À ce point de vue, il avait des précurseurs illustres.

Mer d'Hulst avait entrepris l'exposition de la morale en prenant possession de la chaire de Notre-Dame. IL employa six années de sa vie à remplir son programme, de 1891 à 1896. Nous avons analysé son œuvre, celle des conférences, auxquelles il faudrait ajouter les instructions moins solennelles des retraites pascales, où il développa la morale sur un mGde encore plus pratique et plus personnel, qui excluait toutes cons d‘rations sc'en'if ques, h'storiques, économiques et sociales. L’orateur s’adressait aux âmes pour les convertir et les préparer à l’accomplissement du grand devoir. Toujours apôtre, il se révélaitapôtre mieux encore, et avec plus de liberté devant un auditoire qui lui demandait la parole du salut. Le carême de 1896 fut le dernier que prêcha Mgr d'Hulst. Dieu brisa la carrière de ce vaillant ouvrier devant lequel l'avenir semblait encore ouvert. Son nom est resté attaché à la grande institution des conférences de Notre-Dame, à côté des noms qui l’avaient illustrée avant lui.

Les conférences de Notre-Dame, qui sont l’œuvre princr-

alé de Maurice d'Hulst considéré comme orateur, ont leur

la

originalité, qui leur donne une physionomie à part dans la série des conférences que le XIXe siècle a entendues. Cette originalité réside un -peu dans les questions qui y sont {raitées, mais surtout dans la manière dont elles y sont présentées. Pour ne viser ici que les prédécesseurs de Maurice d'Hulst sur cette chaire, du P. de Ravignan au P. Monsabré, aucun “ n’a parlé comme lui. Un des caractères de son genre consiste à mêler tous les genres — nous voulons dire toutes les questions du l ramène et subordonne à un genre unique, qui est l’ apologétique ; : c'est ainsi que la philosophie, la science, la politique, l’économie sociale, le droit, la psychologie, l'histoire, la théologie dogmatique, morale, ascétique, se combinent dans la trame de ses conférences. Cette diversité d’éléments est justifiée par le but que l’orateur poursuivait, qui était, autant ou plus que l'exposition de la doctrine catho. lique, la réfutation des erreurs contraires. %

La chaire et l’école furent toujours distinctes : à la chaire était réservé l’enseignement des vérités du symbole et du

Décalogue, qui s’adressait au peuple chrétien en général par

voie d’affirmation, et ne dépassait guère ces limites, même quand le ton des orateurs s'élevait jusqu'à la grande éloquence. Que l’apologétique se glissât quelquefois dans le. discours lorsqu'ils rencontraient l'erreur sur le chemin, c’est certain; mais c'était en passant, et par une allusion rapide plutôt que par une réfutation en règle et comme ex professo.

C'était inévitable. Mais les controverses avaient ailleurs leur

champ clos : c'était l'école pour les questions qui divisaient les docteurs orthodoxes, et les conférences qui mettaient aux prises les ministres de religions différentes, protagonistes

de la vérité et de l’erreur Ce départ entre l'enseignement pro prement dit et la controverse est bien marqué dans les œuvres

des Pères de l'Eglise, où ordinairement l’homélie destinée aux fidèles et les traités contre les hérésies sont distincts. La même méthode fut suivie dans les siècles chrétiens: la chaire continua l'antique homélie, devenue plus tard le sermon solennel, qui se déployait avec ses divisions empruntées de la scolastique, en gardant son caractère d’exnosition pure, accompagnée des applications que le prédicateur en faisait à son auditoire. À mesur2 que les vérités saintes s’obscur-

SSI ù “ DT XP 1 > S * À Me ) 3 \e £ — ns AE | y à Ê { { \ SES ” È } D Ps. \ 5 AA ; F

cirent, que l'ignorance religieuse se fut répandue jusque dans les classes supérieures de la société, le sermon se teinta plus où moins d’apologétique., et en prit le ton : c'était üne nécessité. Les orateurs de Notre-Dame, prédécesseurs de Maurice . d'Hulst, subirent l'influence du milieu et Les exigences de leurs contemporains: mais aucun n'apporta dans cette chaire un genre aussi mêlé, et n’accorda une aussi large place à la réfutation des systèmes antichrétiens. C’est par là que Maurice d'Hulst se distingue dans la série de ces hommes éminents. ; ; # "+

Après cette considération synthétique, il n’y a qu'à parcourir tous les genres qui se rencontrent dans ses conférences. On y trouve d’abord beaucoup de philosophie, non pas seulement cette philosophie générale, qui est au fond de tout, et qui s'échappe naturellement de toute exposition doctrinale, mais une philosophie d'école; technique, avec ses formules et les ronces dont les sophistes modernes l'ont hérissée. Comme l’orateur était surtout philosophe, c'est la partie de son œuvre à Notre-Dame qui a obtenu le plus de suffrages chez les professionnels : avec de légères réserves, Car on trouve tantôt qu’il y a mis trop de philosophie, tantôt pas assez. Ce jugement n'implique pas contradiction, puisqu'il y en avait trop pour un auditoire peu préparé à entendre ces leçons d'école, et pas assez pour exposer les problèmes agités et les résoudre à fond. Mais le mérite de l’orateur, gêné par sa fonction de prédicateur d'église, demeure entier. « Comment oublier qu’il a consacré à la morale les six années de sa prédication: à Notre-Dame? n’y aurait-il pas quelque absurdité à distraire l'apologie de la morale chrétienne de son entreprise d’apologétique philosophique? Mais comme ces conférences exigeraient, à tous points de vue, une étude particulière, je veux seulement marquer ici leur place, afin de ne pas m'exposer au reproche justifié d'avoir omis l’un des traits principaux de l'œuvre dont je m'efforce de retracer l'ensemble. .

Par suite de l'étendue A son plan, du genre de la étone et de la nature de l’auditoire, l’orateur — car ici le philosophe est orateur — a dû quelquefois trop simplifier, trod condenser, c’est le seul reproche qu'on puisse lui faire. Dominé par

1 préoceupation que nous avons constamment oi dd “ Jui, il ne pousse tout à fait à fond son attaque que contre la.

: morale évolutionniste ; mais il serait souvérainement injuste de prétendre que, soit dans L éxposition, soit dans la réfutation

des autres systèmes, il n'a pas donné à tout le moins l'essen- He > . ff

(el JALEAT A % ; X x

Apologiste avant tout, l’orateur était contraint de mettre

beaucoup de philosophie dans ses conférences, parce que

l'attaque vient aujourd’hui d’une fausse philosophie. Ayant à défendre la morale, il dut faire face à cette philosophie qui,

dans ces derniers temps, semble avoir concentré tous ses efforts contre cette partie de la doctrine catholique. Or cette

philosophie sert de base à la science décidément brouillée avéc la foi, qui lui dispute, sur tous les terrains, le primat dont elle avait joui sur les esprits depuis de longs siècles. La science, à avec tous ses embranchements, se dresse en antithèse, et

entraîne après elle notre génération infatuée de sa propre

excellence, et qui prête une oreille docile à tous les enchante- à

ments des sectaires. De là, à travers les conférences que nous étudions, la série macabre des systèmes anglais, allemands, français, qui défilent et donnent à l’œuvre un cachet particulier et nouveau, qu’on n'était pas accoutumé à rencontrer dans la prédication moderne, même chez les orateurs de Notre-Dame. Le genre a sans doute eu ses détracteurs, qui ne tiennent. pas suffisamment compte des nécessités de l’apologétique, et obéissent à un séntiment égoïste. Mais le mérite de l’œuvre n’a pas été contesté par les hommes compétents, dont le jugement vaut la peine d'être reproduit. « Pour répondre aux besoins contemporains, cette apologétique exigeait la réfu: tation des invraisemblables théories qu'a fait naître le désir de renverser là vieille morale spiritualiste et chrétienñe, et qu'ont popularisées la philosophie, la science et le roman... Les doctrines contemporaines sont inventoriées avec soin, et présentées avec une précision d'analyse, une netteté de

dessin, un sérieux aussi ét une conscience que leurs inven-

teurs eux-mêmes ont quelquefois oublié d'y mettre. Partsans de l’évolution naturaliste, de la morale de l'intérêt et de

1. Mgr Baudrillart : Revue pratique d'Anologétique, 15 février 1907.

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