‹ Les apologistes espagnols au XIXe siècleChapitre 82 sur 86 · Loco citato · texte numérisé non relu

Loco citato

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tend par cette synthèse à venir, prédite par tant de prophètes, et si elle est autre chose que l'accord des sciences humaines, chacune restant dans son orbite en gardant sa spécialité. |

C’est pourquoi on constate dans son apologétique l'écart considérable entre la partie positive ou l'exposition de Îa

doctrine et la partie négative ou la réfutation de l'erreur

contraire, Ce fut toujours la méthode des écrivains catho-

liques, depuis les Pères de l'Eglise et les scolastiques jusqu’à

nos jours, de faire précéder la première et de n’arriver à la seconde que par voie de déduction : elle se développe surtout dans la Somme de saint Thomas. On la retrouve chez l’auteur des Mélanges philosophiques, mais dans une mesure très inégale, à telles enseignes que l’exposition de la doctrine semble l'accessoire et la réfutation de l'erreur le principal. On peut en rendre cette raison, qu'il supposait la doctrine démontrée, et qu'il allait au plus pressé en combattant les systèmes qui pullulaient autour de lui et dont la contagion se répandait toujours davantage dans les intel- Kgences. On sent qu'il ne rédigeait pas sa pensée à ses loisirs, dans le silence du cabinet pour la postérité; il était sur un champ de bataille, face à l’ennemi, excité par l'attaque : dans ces conditions, l’'Opus tumultuarium est justifié : ‘il est de bonne guerre.

e beau talent de Maurice d'Hulst, qui lui permettait d'aborder avec un égal succès toutes les parties de la philoso-

phie, brillait d’un éclat particulier en métaphysique. Ce ta-

lent fut toujours rare ; c’est celui des esprits supérieurs, qui se plaisent dans la synthèse, qui vivent de l’idée, où le commun des mortels s’asphyxie vite et se hâte de descendre dans le sensible et, comme on dit aujourd'hui, dans le phénoménisme, où ils trouvent l'application des cinq de nature. Ce qui fut vrai dans tous les temps est plus vrai encore

aujourd'hui pour bien des causes, parmi lesquelles il faut

ranger le progrès des sciences d’observation, mis en honneur depuis Locke et Condillac, et dont on abuse à ce point qu’on refuse de donner le nom de science à toutes les branches des connaissances humaines qui ont pour objet Dieu, l’âme, ses oirigines et la fin des choses, qu’on relègue avoc dédain dans la catégorie de l'idéal avec Renan, ou dans celle de l'éinconnaissable avec l'Anglais Hébert Spencer : c’est presque

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toute la philosophie qui est biffée d’un trait de plume. Il n'y a que la psychologie qui trouve grâce devant les nouveaux matérialistes, parce qu'ils n'y cherchent que des phénomènes qu'ils enfilent, comme les entomologistes piquent des insectes dans leurs collections, en écartant tous les noumènes qui sont pardessous dont ils n’ont cure, comme choses non existantes ou du moins inconnaissables. Plus récemment, nos philosophes modern-style se sont jetés à corps perdu sur la morale; ils la tournent et retournent dans tous les sens: ils la sondent, la lanterne à la main, sans arriver à la pierre angulaire qui en supporte toute l’économie, parce qu'ils la cherchent là où elle n’est pas. Ils préfèrent se consoler de leur déconvenue avec des éliquettes vides de sens, qui recouvrent le vide dont ils souffrent sans l'avouer, parce que la nature est plus forte que les sophismes de l’orgueil : c'est leur supplice et leur châtiment. À travers les équipes d'ouvriers attelés à des besognes dignes d'intérêt mais de qualité inférieure, on compte les intelligences qui remuent les formules redoutables de la métaphysique, profondes et saintes comme les sources d'ou tant de vérités procèdent, qu'Aristote a sculptées dans ses Catégories, que saint Thomas a recueillies et acclimatées dans la scolastique. La métaphysique, désormais incomprise et repoussée comme l’elenchus de simples modalités de l'esprit et sans réalité objective, est remplacée par les rébus germaniques, qui n’ont de clair que leur absurdité. Kant est limpide à côté d’Hegel, le penseur scellé des sept sceaux dont on n’a pas brisé un seul, après un siècle bientôt d'efforts impuissants. R Maurice d'Hulst fait partie de cette élite d'écrivains, noyés dans la foule des phénoménistes, qui ont interrompu la prescription et remis en honneur une science qui domine toutes les sciences, même les sciences d'observation, car elles ne peuvent pas se passer d'elle. Il faut signaler parmi ses meilleures pages l'exposition condensée des preuves de l'existence de Dieu considéré comme ordonnateur du monde, comme cause première, comme bien absolu, et la réfutation de la doctrine du hasard, de l’immanence, du monisme évolutionniste, et de l’idéal non réel, telles qu'on les trouve dans la conférence du carême de Notre-Dame en 1892, sous ce titre : La recherche de Dieu. Dans le même ordre d'idées, 1l faut signaler la réponse victorieuse au panthéisme idéaliste de Vacherot, que Gra-

try avait déjà réfuté avec ‘plus d'éloquence, non pas avec

plus de solidité; après la condamnation des ouvrages d'Ubaghs -et de Rosmini à Rome, sa campagne contre l’ontologisme, et

par ôccasion, la querelle qu'il fait à l'argument de saint An-

selme, quoique la controverse ne soit pas dirimée. (Mé-

langes philosophiques), Ici notre Apologiste se montre un métaphysicien remarquable; il est à son aïse sur les pointes aiguës, il se joue dans les abstractions subtiles, il manie les formules terribles avec aisance, il parle la langue scolastique à des écoles qui ont cessé de la comprendre. À notre époque, même dans les rangs du clergé, ce n’est pas banal.

Tandis qu'il combat les systèmes monstrueux énumérés plus haut, on l’admire sans étonnement. Mais il provoque davantage l'attention quand il aborde des erreurs mêlées à

beaucoup de vérités dans un juste tempérament, capables de

faire illusion à des esprits qui n’approfondissent pas, et d’obtenir les suffrages de certains modérés qui s’acclimatent sans effort dans les moyens termes. Tel était l’éclectisme, représenté en France par Cousin et l’école qui s'était groupée autour de lui, une pléiade d'écrivains brillants, la fine fleur de la

Httérature, en possession de la renommée, dont la jeunesse

suivait avec enthousiasme les lecons séduisantes. L’éclectisme était né d’une réaction heureuse contre le matérialisme du XVIITe siècle : son spiritualisme délicat formait avec les gros-

sières théories de la veille un contraste qui profitait à son mai-

tre, et lui valut l’absolution de plusieurs pour son rationalisme en rupture de ban avec la foi catholique. Rome, sur les instances de plusieurs évêques de France, persuadés que les ménagements amèneraient le patriarche de l’école à la foi vers laquelle il semblait graviter, ne mit pas ses ouvrages à l'index, Sans se faire illusion sur la valeur doctrinale de l’éclec. tisme, un2 hérésie élégante, qui était accueillie dans les milieux universitaires où elle régnait, et dans les salons où les hon-

nêtes gens voyaient surtout ses bons côtés, notre Apologiste lui

accordait un certain respect comme à un moindre mai, parce qu'il «se recommandait de noms illustres et d’intentions généralement excellentes »; que, d’ailleurs «il avait formé notre jeunesse, et que bon nombre d'hommes de notre génération lui devaient ce qu’ils ont gardé de spiritualisme ». Plus tard

quand il vit de plus près les résultats de cette philosophie

séparée, qui glissait sur un plan incliné vers des théories

on voisines or l'athéisme d Loutes, des erreurs | germaniques,

Taine, Vacherot et les similaires, il se ravisa et frappa plus fort.

gnant également de paraître ou sacrifier au dogme, ou favos

La culture générale, demeurée exclusivement littéraire, ne lui

frappé par la Congrégation de l’index n’arrêta pas son dévelop-

ils se révélèrent on cria à l’abus que certaines écoles fai- saiert de la nouvelle philosophie : l’auteur du Discours sur

si peu françaises dans la forme, SL. impies dans le fond, avec de

« Je le dis sérieusement, les efforts de cette philosophie ont été sincères. Mais la stérilité de l’école éclectique tenait à son essence même : l’éclectisme était une transaction. Craï-

riser le matérialisme, il se réfugiait dans une psychologie sans profondeur, dans une théodicée sans précision, et passait à côté de tous les faits : le fait de conscience, le fait transcendant, le fait cosmique sans se prononcer clairement sur aucun...

apportait que des encouragements ; ses doctrines élevées rassuraient les gens bien pensants, qui ne voulaient pas aller jusqu’au christianisme. C'était la religion des conservateurs »1. Le mot de la fin, aiguisé comme une épigramme, termine un. jugement de tout point exact, basé sur une analyse bien conduite. Retenons, en passant, ce trait caractéristique de la philosophie de notre Apologiste : dans l’unité, qui est Sa marque, il y a de légères nuances, comme une évolution, non e pas de l'erreur vers la vérité mais d’une meindre vérité vers une vérité plu: pleine. Nous aurons l'occasion de faire la mé 0 me remarque sur d autres questions : le cartésianisme nous la fournit. ar Depuis le XVIIe siècle, le cartésianisme régnait en Phares c'était l’hérésie philosophique, comme le gallicanisme était l’hérésie théologique nationale. La condamnation dont il fut

pement dans toute l'Europe savante. Plusieurs causes l'expli quent. Le cartésianisme est une doctrine idéale qui, malgré les erreurs qu'il contient et les funestes conséquences qui enr découlent, séduit les esprits délicats, en s’éloignant des svs-

tèmes grossiers du sensualisme et du matérialisme pur. One n’aperçui pas d’abord ces conséquences et ces périls, et quand

la méthode était calomnié. Cette opinion fut éncore favorisée par le christianisme sincère dont lui-même avait fait pro fession, en déclarant qu'il n’étendait pas à la religion son

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