‹ Les apologistes espagnols au XIXe siècleChapitre 83 sur 86 · Mélanges philosophiques, passim · texte numérisé non relu

Mélanges philosophiques, passim

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doute méthodique, qu'il fût purement méthodique ou réel. Mais la cause la plus puissante de la popularité du cartésianisme fut qu'il était une réaction contre la scolastique tenue en échec depuis la Renaissance. Cette réaction enveloppait dans la même de faveur le moyen-âge tout entier, avec ses lois, ses mœurs, ses arts : la scolastique n’y échappa pas, et sa philosophie fut aussi incomprise qu’une cathédrale gothique. Les hommes supérieurs du XVIIe siècle suivirent la voie qui s’ouvrait devant eux : on est toujours un peu de son temps.

Malebranche s’égara dans son idéalisme transcendant, produit naturel du cartésianisme ; Bossuet semble avoir échappé

à la contagion; Fénelon s’en préserva un peu moins, d’après les meilleurs interprètes.

Mais ce sont les libres-penseurs qui en tirèrent le meilleur pari, au proût des systèmes, qui depuis cette époque ont exercé de si grands ravages, dans la spéculation d’abord, plus tard dans l’ordre des intérêts religieux, moraux et sociaux, en évoluant depuis le simple rationalisme jusqu’au panthéisme et à l’athéisme le plus cru.

Spinosa ouvrit la marche : on connaît la suite.

Les cartésiens catholiques en France ne suivirent pas les hétérodoxes dans les conséquences logiques du système : ils restèrent catholiques et cartésiens. Pendant plus de deux siècles, l’enseignement, dans les universités et dans les séminaires diocésains n'eut pas d’autre base. On peut dire qu'il y avait prescription contre la scolastique, si jamais il y a prescription contre la vérité. L’encyclique Æterni patris que Léon XIII radressa à l'univers en 1879 fut un événement considérable, qui créa un mouvement en faveur de la philosophie tra. ditionnelle, et portait un coup mortel au cartésianisme. Les effets ne se firent pas sentir immédiatement au moins avec

une intensité considérable : on ne déracine pas par décret

des erreurs transmises dans plusieurs générations ; le temps achève ce que l'autorité à commencé.

Si nous nous en rapportons à ses amis, plutôt suspects de bienveillance, Maurice d'Hulst ne se hâte pas d’emboîter le pas. Nous sera-t-il permis d'avancer, sous quelque réserve’ que son éducation et les influences auxquelles il resta soumis ne le prédisposaient pas à avancer avec allégresse? Au fond du cartésianisme on trouve le libéralisme,

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c'est-à-dire une rupture avec la tradition, qu’on accusait alors et encore aujourd'hui d’être un obstacle aux conquêtes de l'intelligence, et de retarder le progrès des sciences. Maurice d’Hulst était né dans le monde libéral : c’est là qu'il avait grandi. En politique, il fut le familier des Princes d'Orléans : il était bleu. Quoique la politique et la philosophie ne coïncident pas par tous les points, elles ont plus d’un côté par lequel elles se touchent; le libéralisme politique était en rupture de ban avec l’ancien régime; le libéralisme cartésien répudiait la scolastique, l’ancien régime de la philosophie. Le libéralisme, après avoir été une théorie, devient un tempérament : on l’appliqua à tout, même sur des questions séparées par de grands intervalles. En puisant aux mêmes sources, nous savons que Maurice d'Hulst resta toujours sous l'influence de Dupanloup, le célèbre évêque d'Orléans, une personnalité très accentuée, qui eut des amis dont il fit des disciples, tant il était trempé pour le commandement. Comme Lacordaire et

‘d’autres belles âmes de l’ancienne école, il vécut et mourut

en libéral impénitent. IL s’efforçca de concilier sa religion politique avec la théologie, sans réussir tout à fait à concilier des doctrines antagonistes. Il trouva un abri dans l'hypothèse, qui lui permettait d'accepter la fhèse, qu'il suspendit à l'anneau de Saturne. Cet homme absolu laissa sa marque sur Maurice d'Hulst, qui se décida cependant à mettre la voile au vent de Rome quand le Pape eut parlé. Pour être exact, disons que sa Conversion vers la tradition s'était dessinée avant l’Encyclique, et que dans ses leçons à l'institut catholique il se ralliait déjà à la philosophie scolastique. Dupanloup le bouda, disent ses historiens ; et ils louent le courage avec lequel il brava la mauvaise humeur du Mentor de sa jeunesse. L’encyclique Æterni patris ne fit qu'accélérer son mouvement en avant, ou plutôt en arrière puisqu'il revenait à la scolastique. Mais il opérait une transition qui ne fut pas sans doute assez rapide; car Léon XIIT lui adressa ses paternelles admonitions en face, au Vatican, dans une scène intime que le néo-scolaslique a racontée, sans omettre les coups

de poing dont le Pontife faisait retentir son bureau. Quel-

ques expressions, qui prêtaient à un double sens dans un cours public non écrit, lui valurent les défiances qui profitèrent à sa parfaite orthodoxie. Disons en passant, sans entrer

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dans le détail de l'incident qui marqua la carrière de notre Apologiste, que ses défenseurs conviennent de ses tâtonnements, quand placé entre les cartésiens catholiques, nombreux en. France, jusque dans les rangs du clergé, et les néo-scolastiques dirigés par Rome et dans toute l’ardeur de leur religion nouvelle, il cherchait sa voie dans un efiort de con- Giliation qui ne devait pas lui réussir jusqu’au bout. « Ce fut donc contre une partie des troupes qu'il voulait entraîner au combat que Mgr d'Hulst commença par lutter; et cela n’alla pas sans de douloureux déchirements. Avec ses adversaires, il admettait au surplus que l’entreprise de Descartes avait été pour une part justifiée. Mgr d'Hulst ne méconnaissait pas non plus, du moins au début de son enseignement, la grandeur de l’œuvre accomplie par Descartes, et la conception vraie qu'il avait gardée de la philosophie, n'aliénant pas la moindre parcelle de son domaine, le moi et l'absolu. De telles restrictions, certes, étaient suffisantes et le professeur ne paraissait pas dépasser la mesure de liberté permise en marquant, comme il l’avait fait, la raison d’être et l'importance du mouvement cartésien, ainsi que la puissance du génie qui l'avait lancé. Tel ne fut pas pourtant l'avis de tout le monde 1 »,

Désormais notre Apologiste combattra de front le cartésianisme sans défaillance. Il serait trop long de citer tous les passages de ses œuvres dans lesquels il fait le procès en règle à la nouvelle philosophie : donnons-en quelques échantllons : « L'âge de Descartes ressemble à une de ces lignes de faîte qui, dans les montagnes, marquent le partage des eaux. Au lieu de se borner à réformer les abus de la scolastique en décadence, il entreprend de refondre la métaphysique tout entière, la psychologie et la logique elle-même. En métaphysique, il réduit tout à deux éssences, étendue et pensée: il vide la substance en lui enlevant l’étoffe complexe dont elle était tissue, et par là il fraye la voie à l’idéalisme. En psychologie, il confond l'acte avec la puissance et la pensée avec le pensant, erreur dont saura profiter habilement le matérialisme scientifique de notre âge. En lo. gique, il veut tout ramener à un seul principe d’évidence, ce qui est le plus sûr moyen de les ébranler tous à la fois.

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