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CHAPITRE VII

LE PLAY (Suite)

On ne peut pas s'empêcher de remarquer les considérations de Taine et de Le Play sur le faux dogme de « la bonté originelle de l'homme ». Ces deux grands esprits n'étaient pas également éloignés du christianisme. Taine était radicalement sceptique, une vraie tabula rasa en théologie. Le Play n'en était pas là ; mais peut-être qu'à cette date il avait oublié son catéchisme. Le dogme de la chute, que la révélalion nous enseigne, paraît avoir été ignoré, quoique en différente mesure, de l'un et de l'autre. Cependant l'étude de l'homme les fait conclure tous les deux à sa perversité naturelle. Avec cette donnée, ils pouvaient s'élever jusqu'au dogme catholique. Taine resta en route. Le Play devait être éclairé avant la fin de la pleine lumière. Constatons ici, en passant, jusqu'où peut aller le talent uni à l'observation, et prenons acte de cette pièce d'apologétique.

Comme Taine, Le Play traite ensuite de la méthode, question capitale pour toutes les sciences. Le discours sur ta méthode contient toute la philosophie de Descartes ; et parce que cette méthode est défectueuse, sa philosophie est inconplète. Le Play consacre à ce sujet le chapitre 7 tout entier de l'Introduction ; on sent que c'est là une de ses idées fixes, et comme le pivot sur lequel tourne sa sociologie, après la doctrine. Il ne se donne pas comme l'inventeur de la méthode d'observation ; elle est tellement dans la nature de l'homme, qu'elle fut pratiquée dans tous les temps, depuis Aristote, qui l'employa plus qu'on ne pense, jusqu'à Bacon, qui l'appela leNovum organum, eiqm est accusé d'en avoir fait un

usage trop exclusif, jusqu'aux savants des xyii^ etxviiie siècles. Où est donc le mérite de Le Play? Il s'excuse modestement d'avoir à le dire: ce mérite consiste à appliquer la méthode d'observation à la sociologie.

Avant Taine il dénonçait la méthode abstraite ou l'idéologie des philosophes du XVIII" siècle, qui avaient inventé un homme a priori, comme il n'exista jamais ; et qui conçurent, avec une certaine logique, une société a j^riori, séparée et comme déracinée du passé, qui pour ce motif était irréalisable. Nous souffrons encore de cette théorie insensée ; les maux qu'elle nous cause ne nous éclairent pas. Chose étrange, les savants pratiquaient la méthode d'observation, qu'ils appelaient « baconienne » avec une superbe emphase, en botanique, en zoologie, en minéralogie, en physiologie : ce sont là, en effet, des sciences d'observation ; et sauf les faux principes qu'ils avaient dans leur cerveau, ils réalisèrent pour elles un progrès véritable. Mais arrivés à l'anthropologie et à la sociologie, ils perdaient le sens, pour se jeter dans les abstractions, ou ridicules ou dangereuses. C'est l'honneur de Le Play d'avoir ramené certaines questions d'anthropologie et la sociologie parmi les sciences d'observation, qui vivent de faits bien étudiés. Mais les faits tout seuls ne sauraient constituer une science : ce ne serait qu'une nomenclature d'éléments dissociés, dont on ne pourrait pas déterminer les lois, dont on ne pourrait tirer aucune conclusion sûre et utile. C'est pourquoi Le Play, qui combat l'emploi exclusif de la raison pure, fait appel à cette raison^ qu'il prend pour critérium de ses recherches, et qui devient sa pierre de touche pour discerner le vrai du faux. La synthèse de l'observation et de la raison ou de la loi morale constitue la bonne méthode scientifique.

Mais quel est le champ de l'observation sociologique ? C'est l'histoire. Ici Le Play force les idéologues à sortir, non seulement de leur cabinet, mais encore de leur pays et d&

leur siècle, dont ils subissent trop les préjuges. Le passé de l'humanité a une valeur ; la tradition est une école ; il circule à travers les âges des courants de vérités sociales, altérées quelquefois par le mélange des limons que les civilisations charrient en vieillissant, mais dont on peut dégager les purs axiomes. Il y a des peuples modèles et des peuples corrompus, des peuples prospères et des peuples décadents. La cause de ces différents états sociaux, c'est la pratique ou la transgression de la loi morale.

D'après ces principes, les races anciennes, le moyen-âge, défilent sous le regard de l'observateur, qui s'instruit par les faits, et en tire les leçons qu'ils contiennent. Alors on peut entreprendre la réforme sociale, avec quelque chance de succès. L'idéologie est un champ de bataille, où les systèmes les plus contradictoires se croisent, s'entrechoquent, s'entredévorent, sans jamais aboutir. Oh est le critérium de la vérité, quand on professe hautement le libéralisme de la pensée? Voyez nos parlements, écoutez les assourdissantes querelles du journalisme. Dans ce bavardage à jet continu, à travers les flots d'encre et de verve mal employés, la société est remise en question chaque matin. La discussion est un disssolvant, s'il n'y a pas une autorité devant laquelle tous les esprits s'inclinent. Cette autorité, c'est l'exemple des peuples modèles. Le bon sens, aditdeBonald, gouverne le monde pendant les interrègnes du génie. Le droit à la folie n'existe pas.

L'œuvre de Le Play n'est pas seulement une œuvre de critique, c'est une œuvre de doctrine et de restauration. C'est une des supériorités de l'éminent économiste sur d'autres écrivains, sur Taine en particulier. Après avoir indiqué les lacunes de la sociologie abstraite, il les comble.

Il commence par le commencement, qui est la religion. On regrette presque d'avoir à louer ici Le Play, tant il est naturel de faire de la religion la première base de la socié-

■té : Aristote, Plutarque, Cicéron et vingt antres parmi les païens l'avaient enseigné avant lui. Mais en plein christianisme, nous devions assister au spectacle affligeant de philosophes, d'économistes, de politiques qui demandent à cor et à <îri qu'on élimine la religion des intérêts sociaux, comme s'il était possible de se passer de Dieu, et de la loi morale qu'il a dictée au genre humain. Ce cas relève des aliénisles. Le Play, fidèle à sa méthode, évitant tout débat métaphysique, constate d'abord par l'observation que la prospérité est partout et toujours liée à la pureté des convictions religieuses. Qui le niera? Les ignorants ou les hommes de parti pris. Après cela, il va droit aux sceptiques dont il réfute les objections, tirées de la prétendue incompatibilité de la prospérité des nations avec la religion, des antagonismes de la science et de la foi, et de l'étude de l'histoire où ils ont découvert que les époques de prospérité matérielle et morale étaient en raison inverse des progrès de la religion.

Ici Le Play se montre un véritable apologiste ; il révèle une érudition vaste, un sens profond des choses, et une connaissance du monde religieux en France, qu'on ne soupçonne pas chez un laïque. Il continue par l'étude de la religion chez les nations prospères de l'époque moderne, telles que l'Angleterre, la Russie, les Etats-Unis. Il décrit savamment leur situation respective ; et à travers quelques réserves, où certains préjugés se mêlent aux dictées du bon sens, |1 conclut à la supériorité de ces races sur la nôtre au point de vue religieux. Il confesse sans détour la décadence de la France, en constatant avec calme, non sans mélancolie, dans un tableau peu flatté, « que le scepticisme la ronge ». Quand il en recherche les causes, il remonte haut, — trop haut peut-être, — jusqu'au XVIP siècle. Dans la distribution des responsabilités, il fait à chacun sa part, au clergé comme aux autres. En économiste qui ne craint pas le dé-

tail, il descend jusqu'à l'administration du culte, où il trouve des faits dont peut-être il exagère l'importance.

Ici, on retrouve l'homme de son temps, le libéral religieux, qui professe toutes les idées de son école. Partisan résolu de l'inlluence sociale de l'Église, il craint son contact trop immédiat avec l'Etat. Comme le point de vue dogmatique n'est pas le sien, qu'il ne se préoccupe que delà paix sociale par l'accord de l'opinion avec la foi, on ne saurait dire qu'il a tout à fait tort. L'église d'Amérique est à peu près son idéal. Il souhaiterait à l'église de France une situation pareille : la séparation de l'Église et de l'Etat ne lui déplaisait pas. Néanmoins il acceptait le régime intermédiaire entre l'union et la séparation, qui est celui de la France, à condition que l'Etat se mêlât moins des affaires de l'Église, et qu'il remplaçât le traitement du clergé par une dotation inscrite au Grand-Livre"de la dette publique. Il était passionné pour la liberté de l'Eglise.

Tout n'est pas mauvais dans ce système ; d'autant mieux,, que s'il soutenait que l'Etat n'a pas à s'occuper des affaires ecclésiastiques, il ne concluait pas à l'indifférentisme officiel ; il le voulait religieux, non pas confessionnel. Les Mandements des présidents des Etats-Unis ou de la Suisse, qui prescrivent des jeûnes et des prières d'action de grâces, ne l'effarouchaient pas. S'il avait été séduit par les discours de Matines et par Les cas de conscience de Mgr Parisis, il restait le défenseur de la nécessité de la religion pour la paix et la prospérité des sociétés humaines, et concluait à l'accord de la raison et de la foi. Prenons-en acte, en négligeant les nuances ; en apologétique, nous avons le droit d'opposer ce profond penseur aux sectaires de la Piévolution (1),

Dans le traité de la propriété. Le Play est d'une concision extrême : il réfute le socialisme en trois mots. Sur ce même

(1) La Réforme sociale, vol. I, livre I, chap. ix à xv.

sujet, Thiers appelait une tâche ingrate d'avoir à démontrer l'évidence, qu'il suffit de montrer. Le Play est du même avis; mais au lieu de composer un gros volume, il se contente d'un paragraphe. La propriété est un fait : « Ici comme toujours, nous devons demander la vérité à la méthode d'observation. De même que la religion, la propriété s'est organisée spontanément chez tous les peuples où les familles sont agglomérées ; et elle y apparaît comme le second fondement de l'organisation sociale » (1). C'est tout, et c'est décisif. Il entre ensuite dans l'étude des divers régimes de succession, en France et chez les peuples étrangers. C'est affaire aux économistes et aux jurisconsultes. Cependant, au point de vue apologétique, on peut en dégager des idées opposées aux erreurs de notre temps, qui ont une certaine connexion avec les intérêts religieux.

Ici, comme en matière de religion, il combat les empiétements de l'État sur la vie privée. Pour ce motif, il est l'avocat de la liberté testamentaire, de quoi il faut le louer sans réserve. Il poursuit encore, tout le long de son œuvre, un autre but, qui est de relever les « autorités sociales », parmi lesquelles le père de famille occupe le premier rang. « Les autorités sociales sont des individus qui sont les modèles de la vie privée, qui montrent une grande tendance vers le bien, chez toutes les races, dans toutes les conditions et sous tous les régimes sociaux ; qui, par l'exemple de leurs foyers et de leur ateliers, comme par la scrupuleuse pratique de la loi de Dieu, et des coutumes de la paix sociale, conquièrent l'affection et le respect de tous ceux qui les entourent » (2).

En lisant cette belle définition, on ne peut pas s'empêcher de considérer que le suffrage universel, tel qu'il est

(1) Ibidem., vol. I. liv. II. chap. 16.

(2) Ibidem, vol. I. Index des mots : vol. lY. cliap. G4.

pratiqué chez nous, tue les autorités sociales existantes, et empêche que d'autres ne s'élèvent, en allant d'instinct, par sottise ou par perversité, vers des politiciens indignes delà confiance puhlique, et auxquels la Providence livre les nations qu'elle a abandonnées. Le Play a porté son jugement sur cette institution chère aux démocrates : il est peu flatté, moins flatteur encore (1). Or la liberté testamentaire grandit l'autorité du père de famille ; le partage forcé, introduit par la Révolution, l'amoindrit, au grand détriment des intérêts privés et publics. Ce n'est pas le seul effet funeste du partage forcé ; Le Play en indique d'autres plus graves, et directement opposés à la religion et à la morale, en traitant de la famille dans le Livre suivant.

La famille, la religion et la propriété, forment la trilogie qui sert de support à la société humaine. La famille, institution directe de Dieu, touche à la théologie par tous les côtés : il y a donc dans ce sujet beaucoup d'apologétique. Le socialisme, erreur intégrale, qui a attaqué la religion et la propriété, n'a pas épargné la famille. Le Play ne l'ignore pas ; mais il pense qu'il n'a pas atteint la racine même de l'institution : « La famille s'impose dans toute organisation régulière d'une manière encore plus impérieuse que la propriété. Je puis donc dans ce Livre, comme dans le précédent, omettre la défense du principe... Je regarde comme établi que ceux même qui refusent d'envisager la famille comme une création directe de Dieu, y voient tout au moins une conséquence nécessaire des lois naturelles qu'il a instituées » (2).

La famille, dit-il encore, « est l'unité sociale par excellence » (3). Dans tout organisme c'est le principe vital qui importe; en physiologie végétale ou animale, c'est la cellule

(1) L'Organisation du travail, p. 243. Note.

(2) La Réforme sociale, vol. II, liv. III, chap. 24.

(3) Ibidem.

primordiale, qui en se développant produit tout le reste. Dans la société, la famille joue le rôle de la cellule. D'après notre éminent économiste, tout est sacré dans la famille, tout, jusqu'au foyer qui en est le vase. Il émet sur ce point des considérations très élevées et appuyées sur les faits. Il a saisi l'union du foyer héréditaire, où l'on naît, où l'on vit, où l'on meurt, avec l'ordre religieux et moral, qui y plonge ses racines. Pour les esprits superficiels, la différence entre le foyer des ancêtres et une location vulgaire n'apparaît pas très clairement. Mais l'observateur philosophe pense tout autrement. Le foyer contribue à entretenir l'esprit de famille, qui est une source de moralité, et par voie de conséquence, amène la paix sociale. Un coup d'œil sur les pays sans foyers, l'état des mœurs qu'on y constate deviennent la preuve irréfragable de l'influence du foyer. Paris, dit Le Play, est la cité des sans-foyer ; aussi quel peuple, malgré les splendeurs de cette capitale ! C'est là que se recrute l'armée des sans-patrie (i). Nos lois ont fait nos mœurs ; aujourd'hui tout se vend à l'encan, en vertu du principe du partage forcé, les foyers des ancêtres, et jusqu'aux meubles pleins de leurs souvenirs, consacrés par leurs larmes et leurs prières. Quelle satire de nos pratiques modernes! Mais on prend ces rétlexions pour de la poésie, qu'on laisse aux rêveurs d'un autre âge, attardés sur les ruines d'un passé méprisé. Législateurs, jurisconsultes, publicistes de tout genre, avocats, avoués, notaires défendent à l'envi cette barbare coutume, qui procure aux uns la fortune politique, aux autres des revenant-bons. On est soulagé en lisant, chez un écrivain de premier ordre, la protestation motivée contre l'aveuglement du plus grand nombre. Dans l'étude très complèteetlrès intéressante surla femme, qui est l'âme du foyer, Le Play emprunte son épigraphe à

(1) Ibidem.

V Ecclésiastique: « La Bible, dit-il, qui m'a fourni l'épigraplie de ce Livre, offre presque tous les traits du meilleur modèle ». Ici surtout il est l'homme delà tradition: les nouveautés modernes ne trouvent pas grâce à ses yeux. Il s'élève contre ce qu'il appelle « l'égalité des sexes » : qu'il s'agisse du partage des biens, du travail de l'atelier, de l'éducation intellectuelle, garçons et filles ne doivent pas être placés sur la même ligne. Avis aux lycéennes, aux bachelières, aux politiciennes et autres avatars de la sagesse moderne. La stérilité systématique, résultat du partage forcé, l'impunité de la séduction, l'indissolubilité du mariage, l'importance sociale des bonnes mœurs, dont la chasteté de la femme est la garantie, toutes ces questions sont passées en revue. Il y en a pour tout le monde, pour les malthusiens, pour les professeurs de morale indépendante, pour les fanatiques du Code civil, pour les divorceurs: c'est de l'apologétique à tour de bras, à grand renfort de doctrine, et de faits empruntés aux peuples corrompus, qui servent de contre épreuve à tout ce qui est avancé.

Passant de la femme à l'homme, de la mère au père, Le Play agrandit encore cette belle figure, en consacrant son autorité. Le père est le roi du foyer, de par Dieu, non par convention et privilège ; ses facultés physiques et intellectuelles indiquent ce que la religion et l'histoire enseignent : il est le premier. Or ce roi est prêtre aussi ; il est chargé de l'éducation religieuse et morale de ses enfants ; il a le dépôt des saintes vérités et des bonnes traditions. L'instituteur et le prêtre ajoutent leur œuvre à la sienne : ils ne la suppléent pas. Pour tenir le père à cette hauteur, Le Play a demandé pour lui la liberté testamentaire ; plus loin il lui octroiera le droit de choisir les maîtres de ses enfants. Ainsi il aura une main sur l'héritage, une autre sur la doctrine, qui est un héritage d'un ordre plus distingué, et sur l'âme de ses enfants, dont il a la charge. Voilà le père. II faut donc

admirer les peuples chez qui cette autorité sacrée est respectée. Il faut déplorer les amoindrissements que la France révolutionnaire lui a fait subir. Il n'est que temps de la relever. Décidément il y a bien des réformes à introduire dans notre société moderne, qui se donne comme un modèle, et qui ne peut servir de modèle qu'à la décadence.

Que d'illusions dissipées, du moins dénoncées! Ici c'est le 4e commandement de Dieu qui est vengé. Le Play est le prédicateurduDécalogue, qu'il appelle « l'Évangile éternel »; c'est en son nom qu'il s'élève contre les erreurs de ses contemporains ; c'est lui qu'il veut faire pénétrer dans les mœurs, dans les lois ensuite. Cet homme est un apôtre.

Il n'oublie pas l'enfant. En quelques pages rapides, il trace un plan d'éducation familiale, qui n'emprunte rien aux insanités de Rousseau. Il déclare la guerre au péché originel, qui dort dans l'âme de l'enfant comme un reptile au fond d'une eau limpide, et qui prépare de chaque génération qui arrive une nouvelle « invasion de barbares» contre laquelle la société doit se défendre. A lire ses aperçus sobres et substantiels sur la nature et l'impuissance de l'enseignement scolaire, qui pour le plus grand nombre ne saurait dépasser les rudiments, et qui ne supplée pas l'éducation du foyer, parce qu'il n'est pas moralisateur par lui-même. Ceci fut écrit en 186i. Déjà on entendait l'utopie scolaire s'agiter dans l'ombre : Duruy faisait la voie à Ferry et à sa bande.

Le Play réfuta les nouveautés dangereuses avant les événement, sans pouvoir en arrêter, hélas ! les ravages. Qu'il s'agisse de petits apprentis ou de jeunes étudiants, l'école est au foyer domestique. Pas de pensionnats, au moins pour les filles. Ici la note est forcée; l'idée est irréalisable dans notre siècle; mais l'exagération même devient un indicateur des bonnes pratiques. On trouve dans ce même chapitre des considérations touchantes sur le rôle providentiel des domestiques et des célibataires dans la famille. Elles ràp-

pellent une belle page de Lacordaire sur «la tante», que nous avons tous lue avec émotion, et une lettre de Louis Yeuillot à sa sœur, devenue la mère de ses orphelins, qu'il nomme d'un nom si glorieux: «une vierge mère ». Beau rêve, tant qu'on voudra, quoique notre économiste philosophe rêve avec des faits et des chiffres; mais il faut dire ce qui est vrai, même quand par le malheur du temps le vrai ■est impossible. La famille étant le principe générateur de la société, ce sujet est traité à part, avec de nouveaux développements, dans un volume intitulé : U Organisation de la famille.

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