‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 100 sur 128 · I. — Le Discours aux Grecs · texte numérisé non relu

I. — Le Discours aux Grecs

D'assez bonne heure, avant le moment où Eusèbe écrivait son Histoire ecclésiastit/ue. il s'est groupé, autour 'l'écrits authentiques de Justin, nu certain nombre d'autres ouvrages dont les auteurs étaienl sans limite inconnus, et qui ont été mis sous son nom: d'autres confusions 'lu mome genre <>nl été commises après Eusèbe. Les cb sont allées si loin, que, dans le célèbre recueil des anciens Apologistes quel'arclie> êque Vrétlia» de 1 Sésarée lit composer à son usage par le copiste Baanés1, en l'an !M'i. Justin n'était pins représenté que par deui ouvrages apocryphes : la Lettre à Zena et s, -remis, cl f Exhortation mu- Gentils*. 11 est à peu près certain, qu'à pari le- Apologies <\ !<• Dialogue, dont 1 authenticité es! au-dessus de tout soupçon, tous les autres écrits qui nous sont parvenus sous Bon nom lui ont été attribués faussement, non pas tanl cependant, - — du moins la chose esl probable, par des falsifications

voulues qu'à la -mie d'erreur». On en ,i tait la preuve

formelle pour certain-: on l'a rendu extrêmement vraisemblable pour quelques autres: il n'en esl guère que deux

i aujourd'hui le Code» Parisiones grtecus, a i.">i. i. C'est-à-dire le >,•/.: -i^x-.-. -.-:■/},; icpô; "EXXr,vac, cite communéi sou» le nom a»- Cohortatio.

au sujet desquels il soit assez difficile de se prononcer, pour des raisons positives : ce sont le traité sur la Monarchie et le fragment du traité sur la Résurrection. Pour les autres, il faut encore distinguer deux catégories : les uns sont manifestement postérieurs à la paix de l'Eglise, et n'ont jamais pu tromper la critique, dès qu'elle a été digne de ce nom; les autres, quoiqu'il soit malaisé de les dater, paraissent au contraire antérieurs à l'époque constantinienne ; ils peuvent même appartenir à la fin du 11e siècle ou au commencement du 111e. Nous n'avons pas à nous occuper des premiers ; les seconds ont trop de rapports avec les Apologies authentiques de l'époque antonine pour qu'on puisse les négliger, même si, en le faisant, on devait s'exposer à dépasser un peu les limites du uc siècle.

Disons d'abord quelques mots brefs du aôyoç raoç "EAATivaç, Discours aux Grecs, dont nous possédons un texte grec souvent incorrect et une adaptation syriaque1. Cette dernière diffère notablement, — par des additions comme par des suppressions, — du texte grec; et se donne, sous le titre de Commentaires (Hypomnemata), pour l'œuvre d'un certain Ambroise. Harnack a très bien montré2 qu'on ne peut attribuer vraisemblablement les additions au traducteur syriaque; on est en droit de penser que le traducteur n'avait déjà plus en main la forme originale du Discours, mais seulement un remaniement. Quoi qu'il en soit, ce petit ouvrage, très court d'ailleurs, et d'intérêt secondaire, ne saurait aucunement être de Justin. L'esprit en est beaucoup plus proche de celui qui anime le Discours de Tatien, et, si l'on ne peut affirmer catégoriquement que l'auteur ait connu celui-ci et l'ait imité, on est cependant très tenté de le croire, quand on constate à quel point se ressemblent, par la brusquerie de l'attaque, les deux exordes de ces deux écrits. Plus encore que l'esprit général,

1. Harnack, Silzungsberichte de l'Académie de Berlin, 1896, donne le texte grec revisé (mais incertain encore ru plus d'un passage] et la traduction du syriaque.

■1. Ibid.

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l.i Langue el le style fournissent la preuve évidente que quatre on einq pages ne peuvent avoir été composées par Justin. On ne peul dire que le mérite littéraire en -<>ii bien grand1: maie elles sonl vigoureuses, incisives; «lune vigueur parfois grossière*, d'une ironie souvent brutal elles montrenl pour les figures de rhétorique alors à la mode le même goût que nous avons constaté chez Tatien; surtout, elles sonl rapides, el quiconque a In un chapitre de ['Apologie ou du Dialogue avec Tryphon reconnaîtra du premier coup que jamais Justin n a pu écrire deui ligi qui aient cet accent el cette allure. D'autre part, l'auteur a écrit évidemment à une époque où le christianisme était encore bien loin de triompher; on ne peut le placer parmi les Apologistes les plus anciens, mais <>n ne peul non plus le faire descendre trop lias: il doit être au plus tard des premières années du m' siècle, el il o esl nullement imj sihle qu'il soit de la fin du second.

Son ouvrage esl exclusivement limité à la polémique. Lui-même a été païen, et il se défend contre ceui qui lui reprochenl sa conversion. Toul en s'adressant au grand public, pense-t-il plus particulièrement à un groupe d'amis, de parents, et sa conversion a-l-elle eu pour conséquence un de ces drames intimes que les faits de ce genre ont souvent provoqués, comme l'avait prédit la parole évangélique : Je ne suis pas venu apporter la /><ii.r. mais la gm i Nous I ignorons. En t < • 1 1 1 cas la justification qu'il apporte n esl m longue ni compliquée. Il esl l'homme <l une e idée; il condamne sans appel toute la civilisation grecque, parce qu'elle esl sans moralité; il lui suffit pour le prouver

i. La langue est médiocre; avec des recbercl peut-être parfois employées mal -i propos ainsi, vers le début, des allusions brèves qui n'ont pas toujours • t> bien comprises ainsi. au chap. 1 également, x'.-.u: il llr,) i)ï<x8tj;, •', - - qui ,i . mbar-

rassé Mai-an voir sa noir . et aussi Geffnken p. c'esl

simplement un souvenir de l'Iliade, \\l. Maran n'a pas su retrou> er.

2. Par exemple, ebap. m. quand l'auteur paxle d'Hercule -i 'l't tmphale.

de quelques exemples. Homère n'a chanté que des légendes scandaleuses; « qu'est-ce que tout son poème? le commencement et la fin de l'Iliade, c'est la femme; » la théologie d'Hésiode ne vaut pas mieux, et la mythologie tout entière fourmille d'ignomimies. Enfin la religion est le prétexte de fêtes qui ne sont elles-mêmes qu'occasions de dépenses et de débauches. Nous avons vu quelle place considérable tient dans l'ancienne littérature apologétique l'affirmation de la supériorité morale du christianisme sur le paganisme; tantôt appuyée, chez Justin, par une peinture naïve de la vie et des mœurs chrétiennes, tantôt violemment jetée en défi par Tatien, tantôt présentée didactiquement comme la meilleure preuve que la nouvelle religion est divine, chez Athénagore. Mais chez eux tous, ce n'est là qu'un élément d'une démonstration beaucoup plus riche. Notre auteur a tout réduit à la question morale; Harnack a dit. non sans justesse, qu'il est une sorte de puritain étroit, mais sincère. Les chrétiens qu'animait cette intransigeante vertu ne pouvaient qu'avoir les yeux fermés aux vertus et aux grandeurs de l'hellénisme ; ce serait leur demander l'impossible, que d'exiger d'eux qu'ils en fissent un jugement équitable. Ils s'attaquent uniquement à ses imperfections, d'ailleurs réelles; et leur injuste sévérité est en proportion de leur zèle pour les réformer.

On ne saurait non plus attendre un enseignement positif d'un homme qui a eu pour mobile unique d'exprimer le dégoût que lui inspirent les mœurs faciles de ceux avec lesquels il vient de rompre, qui était, du reste, d'esprit médiocre, et ne sait, pour exprimer un sentiment sincère. que recourir à des banalités mille fois redites1, alors tjii'un pamphlet aussi bref ne saurait avoir d'intérêt que s'il déno-

i . Si, en effet, le sentiment paraît sincère, — et c'est ce qui m'a incliné à accepter l'essentiel du jugement d' Harnack, — (Jeiîcken a raison de dire que le développement sur Homère (avec ce mot sur la femme, qui a frappé Harnack), n'a rien qui ne pût se retrouver dans une dititiihr cynique; l'auteur, sans doute, a été un peu moins vif dans l'expression qu'Horace, Satires, I. 3, 107: mais il s'est rattrapé à propos d'Omphale.

23a il - AP0L0GIBT1 - '.ni I -

tait une certaine originalité de pensée ou b il se faisait remarquer par uni' forme brillante. I<a péroraison, <|ui est un appel véhément aux Grecs, ne contient qu'une bri mention du Dieu suprême, désigné par la qualification de souverain incorruptible (c'est-à-dire éternel : {3ooO la zcpOoprov I, et une glorification du Verbe divin, <|ui purifie les âmes, a qui ne fail pas des philosophes ou d'habiles rhéteurs; mais qui, par ses enseignements, rend les mortels immortels, transforme les hommes en Dieux, et nous transporte de celle terre dans les régions au delà de l'Olympe1. » — u Voilà », eonclut-il. « ce qui m'a séduit : le caractère divin de la doctrine, et la puissance du Verbe, qui, comme un bon magicien, l'ail sortir de sa caverne et met en fuite le redoutable serpent, le diable; <]ui chasse des abîmes de notre âme les redoutables passions des sens : d'abord le désir, père de tout mal; puis les haines, les querelles, I jalousies, les disputes, les colères et tout ce qui leur ressemble. Le désir une fois chassé, l'âme devient calme et sereine. Délivrée des maux qui pesaient sur elle et l'étouffaient, elle retourne vers sou créateur; car il faut qu'elle soit rétablie dans le séjour d'où elle s'élaii éloignée, o linsi d'un bout à l'autre, c'est le même rigorisme, l< même besoin de purification, de régénération physique et morale. On ne peut dénier à Tauleur le sens religieux: on ne risque pas de lui l'aire tort en supposant que ses besoins intellectuels étaient faibles, et qu'il jugeait la philosophie aussi

sévèrement que la poésie.

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