‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 101 sur 128 · La Cohortatio · texte numérisé non relu

La Cohortatio

h' Exhortation ou Discours parénétique aui (née-, .pic l'on a pris l'habitude «le citer -ou- le titre latin de <!n/i<,r-

i. Cette manière de pari. m- .1.' la vie future a plus d'analogie, comme l'a noté llarnack. avec celle <le Clément, qu'are* celle >1<- Justin et Tatien, et doit servir d'avertiBaemenl pour ceui qui croiraient le Dû coins trop ancien. Théophile esl le premier apologiste ches qui nous ayons trouvé quelque chose d'approchanl cf. supra, p. 137).

tatio, nous est aussi parvenue sous le nom de Justin. C'est un ouvrage plus développé et plus important; il n'est certainement pas de Justin, dont il ne rappelle en rien la manière ni par la composition, ni par le style1. On est plus hésitant quand il s'agit d'en fixer la date; on peut cependant encore être affirmatif sur deux points; il ne peut être rattaché au groupe des plus anciennes apologies et représente un degré de l'apologétique plus avancé que les écrits de Justin et de Tatien; on ne doit pas le considérer non plus comme postérieur à la paix de l'Eglise, ainsi qu'Harnack avait un moment penché à le croire2. Reste donc le troisième siècle, et plus particulièrement la période a6o-3oo, c'est-à-dire les 4o années

i. Il est généralement imprudent de se prononcer avec cette décision sur les questions d'authenticité, quand on se tonde sur des différences de style et de vocabulaire, si ces différences sont légères, ou peuvent s'expliquer par un progrès dans la manière de l'auteur, par une décadence, par une modification volontaire de cette manière pour l'adapter à des genres littéraires distincts (les anciens ont tenu le plus grand compte de la distinction entre les genres, et ils étaient habitués, dès l'école, à la respecter). Mais quand on se trouve en présence de formes d'expression qui révèlent manifestement des esprits tout différents, on peut être très affirmatif. J'ajoute qu'en ce cas toutes les statistiques du monde ne servent absolument à rien; c'est affaire de goût et de finesse. 11 n'y a pas de plus grande erreur que d'appliquer aux questions d'authenticité la méthode statistique, qui sera le plus souvent d'autant plus trompeuse qu'on croira l'avoir plus rigoureusement appliquée. En matière de vocabulaire et de syntaxe, aucun fait n'est exactement l'équivalent d'un autre. — En ce qui concerne la Coliortatio. cf. mon étude dans les Mélanges H'eil, p. 395, et Harnack, Geschichte, II, a, p. i5i et 545. Les derniers travaux n'ont rien changé à mon sentiment; je modifierais aujourd'hui mon argumentation sur certains points: je ne changerais rien aux conclusions.

2. Harnack (ib.) maintient encore que la chose est possible: mais il paraît porté à croire plus probable l'autre hypothèse. Je pense avoir montré que la seule phrase qui impliquerait une origine post-constantinienne, si le sens était celui que Draeseke lui attribue, a été mal comprise par ce critique. Même s'il ne fallait pas, dans cette phrase, construire vûv comme je l'ai construit, ce serait toujours donner à XuffiTeXoûv un sens tout à fait invraisemblable que d'y voir une allusion aux avantages matériels d'une conversion, après le triomphe du christianisme. Jamais un chrétien, même du ive siècle, n'aurait fait si platement appel à des sentiments aussi bas.

■j.V, i i - kPOLOGBI i - CSB1 Cfl

environ, pendant lesquelles I Eglise a joui <l une paix p faite; car aucune allusion n'esl faite aux persécutioi

L'auteur, (jui c>i un Lettré e1 veul le paraître, commence par une Imitation trop appuyée du |»lu> célèbre exorde qui fui dans toute la littérature grecque : celui du discours sur I" Couronne*. Cette prétention à connaître les grands modèles, ce ton oratoire suffisent à mettre un lecteur attentif <-u défiance contre L'attribution de I oavrage à Justin. Laméfiance Be transforme en une prot tation raisonnée quand ou constate que le même contraste se poursuit jusqu'au boul « l « - l'œuvre : l;i composition es1 nette el serrée; Le style cherche .'i être vigoureux., animé, élevé; <>n se sent en présence d'un docteur on d'un rhéteur, qui parle avec autorité et soigne sa phras la naïveté, le ton apostolique de Justin sont bien Loin; les formules caractéristiques que celui-ci aime à employer, <|ii "il répète même à satiété, sont également absentes. L'auteur prend à L'égard tics païens une attitude plein morgue qui semble s'expliquer non seulement par la conscience intime <l nue supériorité morale, mais par le sentiment d'une force réelle à Laquelle rien .1 • il bientôt |»lu>. <)n a L'impression <|u il Lutte contre on adversaire fatigué, qui ne résiste plus que par une sorte de |»'»ini d'honneur, et qu'iJ compte sur on prochain triomphe de sa cause.

L'analyse des matériaux qu'il a employés conduit aux mêmes conclusions, sinon avec certitude, du moins une très grande vraisemblance. Il a fait larg isag

des Placiia du pseudo-Plutarque, ce qui ne nous rail |),i^ à le placer au m siècle, mais a incline pas à le faune croire très ancien. Il ne bc borne pas 1 mentionni Sibylle, comme Justin ou Tatien; il se Bert abondamment de son témoignage; il s'explique Longuement Bur -«m bistoire; <•! il se montre ainsi bien pins voisin de I.

1. Justin, qu'on se le rappelle, B*inspire I chaque instar, contenues dans V Apologie de Platon; nulle part il D'imité le strie de Platon.

que des premiers apologistes1 ; c'est tout au plus d'un contemporain de Théophile qu'on s'attendrait à voir prendre cette attitude. L'explication qu'il donne au chapitre xxxiv des origines de l'idolâtrie est-elle une réplique à Celse, comme Geffcken l'a conjecturé2? Gela n'est pas démontré, mais cela est possible, et le morceau prend plus d'intérêt en cette hypothèse. Il est encore plus malaisé de prouver strictement que l'auteur connaissait Porphyre : on est cependant frappé de le voir citer précisément un des oracles que celui-ci avait recueillis3. De toute façon, c'est un fait nouveau que l'importance attribuée par lui aux oracles4. Mais surtout le chapitre xn présente une relation manifeste avec un fragment de Jules Africain, conservé par Eusèbe5. et quelque partagée qu'ait été la critique sur la nature de cette relation, on peut considérer comme démontré que c'est la Cohortatio qui est venue en second. Enfin, Hermès Trismégiste est déjà cité, il est vrai, par Athénagorc ; mais la Cohortatio ne se borne pas à faire une allusion à la littérature hermétique; il y est fait un certain usage de cette littérature, tout au moins dans la conclusion.

Le plan est très nettement indiqué dès l'exorde : il s'agit de « comparer les maîtres de la religion païenne et ceux de la religion chrétienne ». ainsi que « les époques où ils ont vécu. )). L'auteur espère convertir ainsi ceus: qui persistent dans une tradition désormais périmée, et en même temps justifier sa propre croyance et celle de ses coreligionnaires. Ce plan est assez exactement suivi, si l'on s'en tient aux grandes lignes, mais non sans quelques répétitions ou interruptions, d'ailleurs

i. Comme l'a dit justement Harnack.

i. V. 273, note 1. Le texte visé de Celse serait : Origène, Contre Celse, VII. 62.

:;. On ne peut cependant nier, malgré Geffcken, p. 268, note 2, que l'oracle n'ait pu être, n'ait même été probablement en circulation assez avant Porphyre.

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