Préparation évangélique, X
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très éloignées du désordre <>ù 8e complail Justin. Voua avons ici un écrivain superficiel, mais clair toujours. Il n'a pas de grandes exigences Logiques; il -<■ contente d'un ordre un peu extérieur, et comme -;i pensée n'a pilasse/, de vigueur pour que L'argumentation Boil très Berrée, on ne saurait être surpris que son allure assez régulière admette quelques libertés excusables. Ce qui esl plus grave, c'est que son point de vue varie parfois assez sensiblement, selon l'objet immédiat de La discussion.
Quels sont ces maîtres des Hellènes qu'il oppose aux maîtres des chrétiens? Ce sont d'abord, comme toujours, les poètes; et il suffit, pour les écarter, d'examiner ce que dit le plus grand d'entre eux. Homère, sur le> Dieux. qu'il conçoit à l'image de l'homme, qui éprouvenl les mêmes passions que lui et sont exposés aux mêmes blessures. Un mot sur Hésiode est à peine nécessaire, «pi. uni Homère est ainsi condamné. Du reste, celle première discussion n'est qu'une escarmouche: il semble que L'auteur n'ait pas cru pouvoir omettre un thème traditionnel, mais qu'il le regarde comme épuisé: il sait évidemment que les païens passent facilement condamnation sur les critiques dirigées contre la mythologie homérique; et il craint sans doute qu'on ne Lui reproche de se rendre La tâche trop facile, s'il y insiste. Donc, les philosophes et les sages sont, dit-il. les vrais défenseurs de L'hellénisme, (( son rempart solide' ». Ce sont donc leurs doctrines qu'il faut critiquer, et il sera aisé de prouver qu'elles se contredisent entre elles et ne sont pas non plus toujours
il accord avec elle s-mèine» \ Noire auteur, non- I avons VU,
connue la plupart de ses pareils, n'était que trop disposé à profiter des facilités que Lui donnaient Les manuels de Doxographes qui ont été si utiles à tant d'écrivains de
i. Teî/o; o/vpov; souvenir possible «lu Dialogue «l'1 lustin.
■i. Helm [Lukian und Menipp, p. i • •< noté certaines analogies entre la Coliortdtii) et Lucien : il pense que notre auteur a ]>u recourir à Lucien. Chronologiquement, rien n'est plus facile à admettre; mais les ressemblances ne sont pas telles qu'on soit obligé à cette conclusion.
l'époque impériale, et il a beaucoup puisé dans celui qui porte le nom de Plutarque. Mais il a peu appuyé encore sur la philosophie ionienne, sur les systèmes antérieurs à Socrate; il a fait porter tout l'effort de sa discussion sur les doctrines de Platon et d'Aristote1. Il ne peut pas passer pour beaucoup plus exact que ne le sont en moyenne les Apologistes ; et à elle seule l'erreur qu'il a commise en prétendant que Platon assimile la divinité à « l'essence ignée2 », en est une preuve suffisante. Cependant, — et Geffcken lui-même le reconnaît, — il est visible qu'il ne connaît pas Platon uniquement par des manuels; il l'a lu, il en cite des extraits plus copieux et plus variés que Justin; il en connaît des commentaires, et, en proposant son explication d'une phrase importante du Timée, il spécifie que cette interprétation est généralement reçue3. Suivons d'un peu plus près son argumentation, maintenant qu'il est parvenu à ce qui en est pour lui la partie essentielle; nous n'aurons pas de peine à constater qu'il connaît bien la manière dont les questions ont été posées par certains de ses prédécesseurs, et qu'il se propose de rectifier et de compléter ce qu'ils ont dit4. Toute la faiblesse de la philosophie, — tel est son point de départ, — vient de ce que les philosophes n'ont eu confiance qu'en leurs propres forces; ils ne sont pas allés demander la vérité à ceux qui la savent. En d'autres termes, on ne parvient pas à la vérité par la recherche scientifique; on la tient d'une tradition qui remonte, en dernière analyse, à une révélation. 11 n'y a pas d'idée plus banale dans l'an-
i. Noter qu'il est, au contraire, assez indifférent au stoïcisme, ce qui semble indiquer qu'il est postérieur à l'époque antonine, cl confirmer que de son temps le mouvement néo-platonicien avait au moins commencé.
i. Comment est-il tombé dans cette erreur? Il semble que ce soit par une fausse interprétation du traité pseudo-aristotélicien itepi ■/.dajAO-j.
3. Chap. xxv : TaÛToc yàp irapà xoï; s'SwÛsv y)Xp!<3(OT7.t ; il s'agit donc de commentaires dus à des platoniciens païens.
'\. Tout donne à penser qu'il les avait lus avec soin: mais il n'en cite aucun.
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cienne Apologétique. Ce <pd esl a noter, c es! que I auteur, comme Ithénagore ou Théophile, ae se tourmente j »l m aucunement du problème qui a fcanl passionné Justin; il ne s 'intéresse pas du tout à l'humanité païenne, antérieurement à la venue du Christ, et ne fait | »; « — la moindre allusion au Verbe séminal, dont il n'a pas besoin, randii que Justin met au premierplan, pour expliquer comment il y a chez les Grecs des lueurs de vérité, la force naturelle, — très limitée, mais réelle. — de la raison humaine, et ne parle qu'en second lieu, quelque importance qu il 3 attache, de leurs emprunts à l'Ecriture, ce -<>m au contraire ceux-ci qui sont pour l'auteur de la Cohortalio la seule origine d'un fait qu'il né conteste pas, mais dont il n'est pas troublé. Il eu résulte qu'il esl de l'école de Théophile, ou même de Tatien, quoiqu'il ><»il moins platement superficiel que le premier, el moins brutal que le second. Il porte sur toute la philosophie un jugement très sévère; il n'épargne nullemenl Platon, développe longuement une idée que ses prédécesseurs s'étaient contentés d'indiquer sommairement : Platon n .1 pas dit tout ce qu'il savait; il a craint de subir à son tour le supplice auquel avait été condamné ^<»n maître; il a en peur de l'Aréopage. Si Socrate esl traité, .'1 la fin dn discours, avec un peu plus de ménagements, c'est parce qu'il n'a donné aucun enseignement positif; il a reconnu qu'il ne su\;iil rien. Quant à son grand disciple, il est vrai que, malgré ses réticences, il est souvent en barmonie avec l;i foi, et I auteur donne de ces concordai un beaucoup plus grand nombre d'exemples que Justin. Mais cela s'explique parce qu'il a connu la Bible, comme Orphée l'a connue, comme l'a connue Homère. Voilà qui esl encore, en principe, très l'anal. Ce qui l'est moins, e'esl que, tandis que ses devanciers n'ont aucun souci de retrouver la voie par laquelle les Grecs sont parvenus .1 La connaissance de l'Ecriture, l'auteur Ai- la Cohortaiio a très bien compris qu'il fallait en indiquer une. Il n a pas poussé 1res loin son explication, mais il .1 le mérite de
APOLOGIES APOCRYPHES OU ANONYMES 2 3o,
l'avoir tentée. L'Egypte, où la Bible a été traduite en grec1, est aussi le pays qui a servi d'intermédiaire entre l'Occident et l'Orient à une époque plus reculée; le séjour qu'y ont fait Moïse et les Hébreux la destinait à ce rôle. De même l'ancienneté des Ecritures n'est pas seulement démontrée en gros, par une série de synchronismes souvent très élémentaires2, par toute une chronologie qui n'a rien d'original3, qui est aussi très lacuneuse et très incertaine, si on l'examine de près; il y a de plus un essai de classer les écrivains païens, les uns par rapport aux autres. Ainsi Orphée est plus ancien qu Homère et cela se voit par l'imitation qu'Homère a faite d'Orphée ; le début de l'Iliade est un simple démarquage d'un poème orphique. De même encore, notre auteur ne croit pas qu'il suffise de signaler une possibilité de contact entre deux civilisations indépendantes, en montrant l'Egypte comme le terrain d'échange; il sent parfaitement qu'il convient de prouver la réalité d'un emprunt à propos de chaque cas particulier, ou, tout au moins, pour quelques exemples décisifs, qui permettent une généralisation vraisemblable. Ainsi, à son avis4, Platon, lorsqu'il s'appuie sur un Tzxky.'.bç, Xôyoç. avoue à mots couverts qu'il a lu Moïse. Lorsqu'au chapitre xxvi du Timée, il nous parle d'hommes « amis de Dieu », il désigne clairement ce même Moïse, et. puisque la résurrection des corps est la doctrine la plus anti-hellénique, comment aurait-il pu l'admettre, s il ne l'avait pas tirée de la Bible? Or, il l'admet, en racontant,
i. L'auteur met aussi un grand soin à expliquer comment la Bible a été ainsi traduite, et rapporte en détail la légende des Septante. Luimême, il est allé à Alexandrie, et il a vu les cellules où les Septante ont été logés. Il n'y a vraiment aucun motif de suspecter la réalité de ce voyage, ainsi que le fait Geffcken (p. 270). Si l'auteur est du 111e siècle, on comprend aisément cette visite à Alexandrie. — Les termes dont il se sert pour la mentionner impliquent que c'est une visite] celui qui s'exprime ainsi n'est pas originaire d'Alexandrie.
a. Ainsi Démosthène, contemporain d'Alexandre, etc.
3. Voir ce qui a été dit, .supra, au sujet de l'emprunt fait à Iules Africain, et mon article dans les Mélanges H'cil. p. 400.