Renan : ils sont engagés dans la chair
4- J'ai modifié la ponctuation adoptée par Renan, pour y substituer celle de l'édition des Patres Apostolici, de Gebhardt, Earnack el Zahn, qui met mieux en relief les v.uù.x antithétiques.
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V Hermotime de Lucien1; description où l'influence de Platon est si sensible; et l'on <-n saisir;), mieux que par aucun commentaire, toute l'originalité. La l'orme même ici est originale, quoiqu'on en puisse dire. I n observateur superficiel s'en tiendra à nue évidence toul extérieure; il est certain que notre auteur se sert d'un procédé de développement que les écoles de rhétorique enseignaient, et qu'il tenait d'elles : la décomposition de la phrase en membres courts, à peu près de même longueur. (xûXa), divisés eux-mêmes en deux éléments antithétiques, avec l'emploi fréquent de sortes de rimes qui font mieux ressortir tout ee savant balancement. Mais un souffle d'éloquence sincère emporte toute la tirade, et L'antithèse esl ici exigée par la pensée. La conception du christianisme comme un « paradoxe » ne peut s'exprimer -an- quelque artifice de langage; sans que la forme, aussi bien que I idée, ait quelque chose de provocant. J'ai noté déjà qu elle a concouru à produire les mêmes effets que la rhétorique; elle les eût produits toute seule, sans l'aide de celle-ci.
Après avoir ainsi développé brillamment son idée maîtresse, l'auteur la concentre dans une formule heureuse, qui va lui servir de point de dépari pour un nouveau développement. Le christianisme pour bu. disais-je tout à l'heure, esl tout esprit, h Bref8, ce qu est l'àine dans le corps, les chrétien- le -ont dans le monde. Lame esl répandue entre tous les membres du corps; el les chrétiens sont répandus entre Imites les villes du monde. Lame habite dan- le corps, el pourtant elle n esl pas du corps: de même les chrétiens habitent dans le monde, sans être i\\i inonde. L'âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible. De même, la présence des chrétiens dans le monde est de notoriété publique; mais leur culte est invisible. La chair hait l'âme, et lui fait
i. Renan y renvoie, p. i> |, sans indiquer s'il veul marquer l'anal g ou l.i différence; mais il avait le goûl ir<>|> fin pour que la différence ne
l'ait pas surtout frappé.
■2. VI. traduction de Renan.
la guerre, sans que celle-ci ait d'autres torts envers elle que de l'empêcher de jouir; le monde hait aussi les chrétiens, sans que les chrétiens aient d'autre tort que de faire de l'opposition au plaisir. L'âme aime la chair qui la liait elle-même; les chrétiens aiment ceux qui les détestent. L'âme est emprisonnée dans le corps, et pourtant elle est le lien qui conserve le corps ' ; de môme les chrétiens sont détenus dans la prison du monde, et ce sont eux qui maintiennent le monde. L'âme immortelle habite une demeure mortelle ; de même les chrétiens sont provisoirement domiciliés dans des habitations corruptibles, attendant lincorruptibilité du ciel. L'âme est améliorée par les souffrances de la faim, de la soif; les chrétiens, suppliciés chaque jour, se multiplient de plus en plus. Dieu leur a assigné un poste qu'il ne leur est pas permis de déserter. »
Quand on a de sa foi un sentiment aussi fier, on ne peut avoir une grande indulgence pour la philosophie. Quel homme a rien connu de la divinité avant la venue du Christ2? La doctrine chrétienne n'est pas une invention terrestre; ce n'est pas une pensée humaine que les chrétiens ont pour règle3. Aucun homme n'a vu ou compris Dieu, tant qu'il est resté livré à ses propres forces; c'est Dieu qui se révèle lui-même, et il se révèle par la foi, à laquelle seule il est permis de le voir*. Mais alors surgit la grave difficulté : pourquoi la religion chrétienne est-elle si récente? pourquoi Dieu n'est-il pas venu plus tôt au secours de l'humanité? Ce problème angoissant a tourmenté Justin, tandis que les Apologistes postérieurs y sont demeurés beaucoup plus indifférents. C'est qu'avec l'instinct de tout ce qui vit et grandit, le christianisme, en sa jeune force croissante, tendait à rejeter dans l'ombre les problèmes insolubles, et mettait hardiment en lumière les données positives par
i. Qu'on noie la couleur stoïcienne.