‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 109 sur 128 · VIII · texte numérisé non relu

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lesquelles il assurait ses conquêtes. I- importance prise par une telle question dans la Lettre à Diognète es1 «loue encore tout en faveur d'une date assez ancienne. Mais si l'auteur ne saurait être, par le temps, extrêmement éloigné de Justin, il ;i résolu l'objection tout autremenl que lui. Libre de loul lien avec la philosophie, n'obéissant qu'à une inspiration strictement religieuse, il ne s en est pas ellVavé. parce qu'il ne s'est pas attendri sur I humanité incapable d'atteindre par son propre effort le salut. C'est dans celle impuissance radicale de noire volonté et de notre raison qu'il trouve justemenl l'explieation souhaitée « Dieu, maître H créateur de toutes choses, qui a tout fait et toul ordonné, a été non seulement bienveillant pour les hommes, mais patient. Tel il fut toujours, tel il est, et Ici il sera : doux. bon. sans colère, vrai; Dieu seul est bon. 11 conçut donc une pensée grande et ineffable, et il la communiqua seulement à son lils. Tant qu'il gardait dans le mystère et qu'il cachail son sage dessein, il semblait nous oublier et nous négliger. Quand il a révélé par son fils chéri et découvert ce qu'il avait préparé de- l'origine, il nous a toul donné en même temps; il UOUS a fait participera ses bienfaits ; il nous a fait voir et comprendre ce que nul de nous n'eût prévu, V\anl donc tout disp en lui-même d'accord avec son lils. il BOUS a laissés jusqu'au temps présent marcher comme nous voulions, d une allure désordonnée, entraînés par nos plaisirs e1 par nos passions; non pas le moins du inonde qu'il Be réjoui! de nos fautes, mais parce qu d les supportait: non pas qu'il prît plaisir au temps passé, à ce temps d'injustice, mais parce qu'il préparait le temps présent, le temps de la justice, afin que, convaincus dans le passé par impropres oeuvres de ne pas mériter la \ie. nous en fussions jugés dignes maintenant par l'effet de la bonté de Dieu. el qu'ayanl montré que de nous-mêmes nous étions incapables d'entrer dans le royaume de Dieu, nous en devinssions capables par le pouvoir de Dieu. Lorsque notre injustice fui comblée, el qu'il eut été parfaitement

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prouvé que la récompense qu'elle devait attendre était le châtiment et la mort, alors vint le moment que Dieu s'était réservé pour manifester sa bonté et sa puissance. O la bienveillance, ô l'amour extraordinaire de Dieu! Il ne nous a pas détestés, ni repoussés, ni mis au ban; il a été patient, il a toléré, il a pris en pitié et supporté nos péchés; il a donné lui-même son propre fils en rançon pour nous; le saint pour les impies, l'impeccable pour les méchants, le juste pour les injustes, l'incorruptible pour ceux qui étaient voués à la corruption, l'immortel pour les mortels ! Quelle autre chose pouvait couvrir nos péchés, sinon sa justice? En qui pouvions-nous être justifiés, nous les impurs et les impies, si ce n'est en le seul fils de Dieu? O la douce rétribution! ô l'œuvre indéfinissable ! ô les bienfaits inattendus ! et tout cela pour que la méchanceté d'un grand nombre fût effacée par un seul juste; que la justice d'un seul justifiât une foule de pervers ! Nous ayant donc convaincus auparavant de l'impuissance de notre nature à parvenir à la vie, il nous a montré maintenant que le Sauveur pouvait sauver même l'impuissance; il a voulu, par cette double preuve, nous faire croire à sa bonté ; il veut que nous le considérions comme un nourricier, un père, un maître, un conseiller, un médecin ; esprit, lumière, honneur, gloire, force, vie ; et que nous n'ayons aucun souci de notre habillement ni de notre nourriture1. » Rien de plus clair. L'humanité est profondément viciée. Dieu ne lui doit rien, ou plutôt il ne lui doit que le châtiment. Il nous fait grâce, il nous sauve par sa bonté, qui est un don gratuit. Nous voilà loin de Justin, de son libre arbitre, de son souci de la justice, et aussi de son Verbe séminal. Après cela, on est un peu étonné que l'auteur, revenant à son prosélyte, et voulant le rassurer sans doute, après l'avoir ainsi rudoyé, reprenne la manière habituelle des Apologistes. D'ailleurs, pour changer de ton. il sait

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moduler avec Bon habileté coutumière. Ce <pi il «lit ensuite, au chapitre \. sur l'amour de Dieu, «] m i ;i créé

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qui esl sur celle terre, auxquels il a donné La raison el l'intelligence, pourrai! presque, au début, être signé d'un stoïcien, mais prend bientôt une couleur nettement chrétienne par l'allusion au récit biblique el par une nouvelle mention de l'incarnation <•! du royaume «le Dieu. !>'• même, — parce que cette fois encore il s'adresse à I ) i > >gnète directement. — il définil maintenant la vie chrétienne, en termes platoniciens, comme une imitation de la divinité; mais il ajoute immédiatement que cette Imitation n'esl possible que par l'effet de la grâce divine. Vinsi, même lorsqu'il paraît s'inspirer à Bon tour de la philosophie profane, il transforme et il transpose ce qu il lui emprunte. Partout et toujours, il est un chrétien conscient, s'il en fut.

Cette conception générale du christianisme, ce -intiment profond du néant de la nature humaine, de la toutepuissance de Dieu, el de l'efficacité de Ba grâce, font le très grand intérêt de la Lettre à Dioynètr. et la mettent tout à fait à pari, parmi les ouvrages «pic nous devons étudier. Recueillons quelques éléments positifs qu'elle contient encore: essayons de reconstituer d'après elle le Credo de l'auteur, et l'organisation du culte. Cette nouvelle recherche n'est pas inutile pour contrôler les conclusions vers lesquelles nous avons penché jusqu'à présent. Car la théologie des chapitres \m-\ est pour rlarnack, — qui ne doute pas d'ailleurs que la Lettre ne Boit en tout antérieure au i\ siècle, — l'obstacle à la fixation il une date trop ancienne, dans le cour- du u

« Dieu lui-même, le maître de tout, le Créateur de tout.

l'invisible, a constitué et établi dans le cœur des hommes,

i. .le laisse naturellement tout .1 fait '!'• côté* les i hapitrea m <-t xn qui, quelle qu'eu soit L'origine, ne font pas partie de la I.rttr?. I celle-ci manque; mais il est évident qu'il ne B'est perdu que peu <lo chose.

en les leur envoyant du ciel, la vérité et le verbe ' (Xoyoç) saint et inconcevable aux hommes ; non pas, comme l'imaginerait un homme, en leur envoyant un serviteur, un ange, un archonte, ou l'un de ceux qui administrent les choses terrestres ou l'un de ceux à qui est confiée l'administration des choses célestes ; mais en leur envoyant l'artisan môme et l'organisateur de toutes choses, par lequel il a créé les cieux, enfermé la mer dans ses propres limites ; celui dont tous les astres 2 observent religieusement les lois mystérieuses, de qui le soleil a appris à garder la mesure de sa course journalière, à qui obéit la lune, quand il lui ordonne de briller la nuit, à qui obéissent les étoiles, qui suivent la marche de la lune, par qui tout a été réglé, déterminé, soumis, les cieux et ce qui est dans les cieux, la terre et tout ce qui est sur la terre, la mer et tout ce que contient la mer, le feu, l'air, l'abîme, les régions supérieures, les régions inférieures. C'est lui qu'il leur a envoyé. Le leur a-t-il envoyé, comme le ferait un homme, pour les gouverner tyranniquement, les effrayer, les épouvanter? Non certes; mais, dans son équité et dans sa douceur, il nous l'a envoyé en souverain, comme un souverain qui donne une mission à son fils; il nous l'a envoyé comme un Dieu; il l'a envoyé aux hommes comme un homme ; il l'a envoyé pour nous sauver, pour nous persuader, sans nous faire violence; car Dieu ne connaît pas la violence3. » Ainsi

1. Qu'on remarque l'analogie du procédé par lequel est introduite la mention du verbe avec les observations que nous avons faites à ce propos, en étudiant Justin; d'abord le verbe pavait impersonnel', c'est la raison associée à la vérité; immédiatement après, — plus brusquement que chez Justin toutefois. — le Verbe est le Fils de Dieu. — Harnack estime que ce qui suit vise Justin et le corrige. Le langage est ici, assurément, plus correct que celui de Justin; la différence n'est pas au fond très grande. Pour Justin, le Christ porte bien la qualification d'ayyc).o:;, avec beaucoup d'autres analogues, mais il est néanmoins tout autre chose qu'un ange.

2. tto'.-/£ïx. signifie ici astres (cf. ce qui suit, et non pas éléments).

3. VII, 2. Les derniers mots se retrouvent identiquement chez lrénée (cf. Harnack, /. c).

->.()'2 LES \l'in <.(.i- i l - GRJ < -

le Kils est Dieu: il u'esl pas mi ange, un lieutenant de Dieu: il csl lils unique (monogène), mais l'auteur oe nous dil rien «le plus précis but sa relation avec le Père. Il est Verbe, et, en celle qualité, créateur; Bans «j i j<- cela implique, plus <|ue chez Justin, une transcendance absolue <lu l'ère: <;ir. nous l'avons ni, le Père est appelé, indifférement, tour à tour maître el démiurge* d<l'univers. Il esl aussi !<■ révélateur, et, en cette qualité, il persuade, s;ms violenter; il esl le futur juge, de qui personne ne pourra soutenir la vue*', il esl surtout le Sauveur, qui ;i été donné en rançon pour les péchés du monde, qui efface ces péchés, <|ui nous justifie. Tout cela n'est ([ne l'expression ' — sans commentaire pliil"-,,phique, sans théologie proprement dite, — des croyances chrétiennes fondamentales, et il esl difficile d\ trouver rien qui contredise l'é\aliialion chronologique approximative où nous nous sommes arrêtés.

L'idée que nous donne l'auteur du culte chrétien j apporte encore une confirmation assez sérieuse. Ce culte est pour lui tout immatériel4. Les Dieux païens Bont de faux dieux, parce qu'ils réclament (\v< sacrifices. Là - Juifs adorent le vrai Dieu, mais ils ne Bavent pas l'honorer, puisqu'ils lui font des offrandes comme - il avait des besoins. Le culte de- chrétiens esl invisible comme L'âme. Sans doute, c'est pour le mieua opp aux pratiques (\vs païens et à celles des Juifs que l'auteur le définit ainsi. Il exagère volontairement sa pensée, et les choses ne sont pas tout à fait aussi simples en réalité, puisque, dans une phrase vnilée, qui ne semble pas admettre d'autre interprétation, il fait allusion ;i l'eucharistie. Mais si l'on retardail jusqu'à la seconde moitié du iiic siècle l'époque où la Lettre a été écrite, d sérail diffi-

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