IV. — Le De Monarchia attribué à Justin
Parmi les écrits attribués à Justin, se trouvent encore un petit ouvrage sur la Monarchie (c'est-à-dire sur l'unité de Dieu), et le fragment d'un traité sur la Résurrection. La critique est à peu près unanime aujourd'hui à penser que ni le Discours aux Grecs ni la Cohortatio ne peuvent lui appartenir, et nous avons vu que cette opinion peut être considérée comme démontrée. La Lettre à Diognète. à vrai dire, n'a jamais été regardée sérieusement comme de lui. La question est un peu plus délicate pour les deux petits ouvrages que nous allons examiner, et ils sont ceux
i. Cf. IV, 2, la condamnation, — imprudente dans les termes où elle est prononcée, — du repos le jour du Sabbat; il est impie de croire que Dieu a interdit de faire quelque chose de bien le jour du Sabbat; c'est le calomnier (cf. aussi, ib., 5).
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ijin trouvent encore des défenseurs, <>u laissenl d'excel lents « ■ s | ) r i ( s hésitants. Il me semble cependant que l'authenticité en est très peu probable; en revanche rien n empêche <le les croire véritablement anciens, et <l< les dater <lu n' siècle ' .
I n traité sur la Monarchie n'est pas une Vpologie complète; c'esl comme un chapitre détaché d une apoloc chapitre nécessaire, el par lequel elles débutent pr< toutes. Eusèbe en connaissait un soui le nom de Justin. Est-ce le nôtre? I) après lui. L'auteur n prouvait L'unité de Dieu, non seulement par Les Ecritures, mais aussi par le témoignage des Grecs; or, dans L'opuscule qui non parvenu, lu Littérature profane est Beule invoquée. Il n'est pas impossible, celles, qu' Eusèbe Be soit exprimé un peu inexactement, mais, si même il a bien eu en main le petit écrit que le Parisinus i5o el le manuscrit de Strasbourg brûlé en 1870 «>ni conservé jusqu'à noire temps, nous saxons déjà pardeus exemples, celui «lu Discourt aux Grecs el celui de La Cohortatio, <|ui Boni vraisemblablement identiques à deux 'les numéros <le ^a Liste, — <]u il a possédé du Justin apocryphe mêlé au Justin authentique. Ce qui incline ,'1 juger que L'opuscule faisait parlic du Justin apocryphe, ce nVsl pas précisément que 1 auteur soit évhéméi iste, — connue rlarnaclc L'admet, sans \ trouver un argumenl décisif, — el qu'il ne fasse pas intervenir, pour expliquer l'idolâtrie, les démons auxq Justin a coutume «le recourir avant tout. La première phrase du traité paraît, au contraire, viser S.it.in. et son rôle dans le drame de la chute; Le mol taoxxvta ne peut
1. Harnack, II. 1. |>. 5ia, croit l'attribution a lu-tin possible; Kauschen Grundriss </'■/■ Pairologie, p. 38 . ■« un.- tendance .1 l'admettre. Elter De Ju.stiui monarchia n Arùtobulo Judro, Bonn, le traité apocryphe, et Fabriqué vers 180 soos le nom de Justin ■ il- 1 ôté dans ma discussion 1 qui .1 rapport a la filiation des < iiat. des prétendus témoignages païens en faveur du monothéisme; néglige, parce que d'autres arguments, plus en rapport avec mon ol nie paraissent décisifs
guère désigner que la jalousie du démon1. Mais ce qui est plus digne d'attention, c'est que le style et la manière présentent des différences assez sensibles aYec Justin, dans les seules parties qui comportent un développement suivi, c'est-à-dire dans l'introduction et la conclusion2.
L'auteur commence par rappeler comment l'humanité a perdu sa félicité première; comment l'idolâtrie, introduite par l'envie (c'est-à-dire par le démon), est devenue, de par la force de la tradition, comme l'état naturel de cette humanité déchue; comment il convient de rappeler aux hommes ce qu'ils devraient savoir, — car le spectacle du monde suffit à révéler le créateur. — mais qu ils ont oublié, parce que quelques-uns d'entre eux ont propagé le culte des puissants, et que les autres les ont aveuglément suivis, abandonnant « la vérité universelle ». la vérité de sens commun, qui est le monothéisme. Ces divers thèmes, d'origine un peu différente, sont amalgamés ensemble sans grande rigueur, et n'ont rien, il faut le dire, qui ne se puisse, au fond, concilier avec les idées de Justin. Mais le style ampoulé qui sert à les exposer ne semble avoir aucun rapport avec l'allure traînante de celui-ci; aucune des expressions caractéristiques de tout cet exorde ne se retrouve chez lui3, et le seul détail qui pourrait rappeler un de ces défauts est la répétition, à quelques lignes de distance, d'un même mot (<ptAo8eoç), avec la seconde fois, l'emploi d'une formule
i. La seconde partie de la phrase, autant qu'on est sûr de comprendre ce mauvais style, ne peut guère signifier que : l'envie (du démon) s'étant insinuée (dans la nature humaine), la détourna (de sa pureté première) en faisant appel à l'orgueil (xb ûneppdftXov tyjç tûv àvôpwTtwv (j,eyaXsiÔTir]TOç) ; de là naquit l'adoration des idoles.
■i. Le reste n'est, en effet, qu'une mosaïque de citations à peine commentées.
:!. Ainsi Justin ne parle nulle part d'un <tvÇvy'« ffwvéaetoç xa\ ffWTYjpîaç, et n'emploie suÇu-yéa qu'au sens de mariage; il dit Osooijk'.a et non SpqffXEta. Il n'a pas employé le mot paSioypYSÏv, ni surtout l'expression xa6oXu»| cd:a pour désigner une vérité de consentement universel, alors qu'il en aurait eu souvent l'occasion et qu'elle eût si bien rendu uue de ses idées favorites.
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de rappel (comme je l'ai dit plus haut); encore l'aateur se sert-il ilu verbe 0- '1-1 v, et non tir celui de irpoéor.y, qui serl con8tammen1 à Justin dans le même cas.
I opuscule h csi plus, dans toul le reste, qu an amas de citations empruntées a quelque chrestomathie judéoalexaridrine * , el précédées chacune <l<- quelques mots d'introduction, parfois assez singuliers . aucune théorie q' explique commenl les païens Be sont aussi souvent i contrés avec La vérité. Il suffi! à l'auteur <lr constater le Fa.il : il ne cherche pas plus à I interpréter qu il tu - i si demandé si ses citations étaienl toutes de bon aloi. < uniquement l'existence d'un Dieu unique, la nature de quelques-uns de ses attributs, l'attente d'un jugemenl final, en un mol c'est uniquemenl !«• monothéisme qu'il se propose de confirmer ainsi, par !<• témoignage même des infidèles, el il ne tait pas la moindre allusion aui vérités chrétiennes proprement dites, assurément toul écrivain a le droit de délimiter son sujet aussi Btrictemcnl qu'il lui plaît; mais on sérail surpris que Justin, toujours si enclin aux digressions, n'eûl pas dépasc l'occasion, des bornes aussi étroites. Conçu comme il I ■ été 3, notre petit traité, même B'il était de Justin, ne pourrait rien nous apprendre sur les questions auxquelles notre ('Inde est réservée, et si nous devions lui consacrer ces quelques mois, c'était pour montrer qu'on peu! tout au moins douter qu'il soil vraiment l'œuvre de celui I qui la tradition l'attribuait, peut-être dès le temps d Eusèbe.
i. Dont Clément d'Alexandrie •< fait aussi usage dans le cinquî< lh re ilts StromateSy car il esti îsible qu'il ne se Bert \>.\> do même.
2. Par exemple avant la citation d'Eschyle et celle de Philémon; l'auteur ne devait pas être grand i len en matière de littérature grecque.
3. Il est sur que le traité n'esl pas un fragment : la > onclusion repi
-*i exactement les termes de l'introduction qu'évidemment nous sommes en présence d'un toul complet, qui ne doit être, dans l'intention <!<■ l'auteur, qu'un bloc de citations avec ce qui est strictes pour les introduire.