L.B8 APOLOGISTES GRECE
la supériorité du christianisme, qu'il ne peut concevoir d'autre obstacle à son triomphe que la tyrannie aveugle de la tradition, \ussi. sans s'expliquer autrement sur I histoire primitive de L'humanité, ei sur le pouvoir de la raison, juge-t-il que L'aveuglemenl des générations antérieures à la venue du Christ a quelque excuse. Depuis la prédication de r Evangile, au contraire, tous les yeux auraient dû s'ouvrir. Tout le paganisme est interprété à la façon d'Evhémère. Pour comprendre l'origine des religions, nous n'avons qu'à regarder autour de non- : les Césars reçoivent un culte; c'est ainsi que, dans les ancientemps, les hommes ont honoré leurs rois défunts, ei s'en sont fait des dieux. Des exemples empruntés, avons-nous dit, à la mythologie asiatique plus encore qu'à la mythologie grecque, viennent à l'appui de cette thè>< générale. Le monothéisme est inculqué sous une forme tout à fait semblable à celle que les autres apologistes nous ont fait connaître. Dieu est le seul être véritable; il est la vérité, il est la vie, et l'activité de l'âme, invisible ei présente dans le corps comme Dieu l'est dans le monde, nous aide à le comprendre. Inversement l'âme est 1 im s de Dieu '. Son caractère essentiel est d'être doué du libre arbitre. Comme Justin, comme tous les apologistes grecs du 11e siècle, l'auteur insisle sur cette idée. Ne disons pas : pourquoi Dieu ne nous a-t-il pas faits impeccables et inaccessibles à l'erreur? Pourquoi ne nous a-t-il pas faits ses adorateurs, et nous a-t-il laissés choir dans l'idolâtrie? 11 nous a faits Libres, il a remis aotre sort entre nos mains. A nous de comprendre ei de \<>ir la vérité. L'idolâtrie est foncièrement mensongère; l'adorateur des faux dieux se ment à Lui-même, se renie lui-même. Le souverain idolâtre ne doil pas - excuser
1. Do Dieu (1 qui court dans la pensée . 'lil l' auteur; il s.'iiilil.- qu'il y ait là le jeu de mots sur Ssdç, 8ée»v, ce qui pourrait être un argument en faveur d'un original grec. — Voir d'autres raisons ea faveur de hypothèse, dans Rubens Duval, Anciennes Littératures ehréti Littérature syriaque, p. 169.
en disant qu'il n'est que le représentant de ses sujets, qu'il doit réaliser les vœux de la majorité1. Au contraire, son devoir est de réagir contre l'erreur. Il y gagnerait, s'il l'osait, d'avoir de meilleurs sujets. Rien d'ailleurs n'est plus facile en réalité que de jeter bas cet obstacle de la routine, qui paraît d'abord si redoutable. L'état naturel de l'esprit humain, c'est la connaissance de la vérité; l'erreur est comme une maladie, comme un nuage qui couvre l'éclat du jour; elle peut se dissiper en un clin d'oeil, et l'âme libérée reconnaît avec joie la vérité dont elle a été quelque temps privée.