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H. Jordan, p. 224, note

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remarques précédentes aucune constatation qui les compense.

Ilarnack1 a cru trouver cette compensation dans la première phrase du Persiflage; « Paul, Le bienheureux Apôtre, écrivant aux Corinthiens, qui habitenl La région laconienne de La Grèce, <"> mes chers frères, Leur déclare avec raison que la sagesse de ce monde es1 folie auprès de Dieu ». Il semble à peu près sûr que Les mots mes chers frères, w ttYownjTOi, ne doivent pas être considérés comme faisant partie de la citation de la première Epitre aux Corinthiens; c'est une des apostrophes connues qu'emploient les prédicateurs de langue grecque. Il faut donc en conclure que le Persiflage s'adresse à des lecteurs chrétiens, qu'il affecte la forme d une sorte <\r sermon, et que l'auteur a en vue un public d'ouailles qu'il connaît bien. Mais c'est trop dire que d'avancer que cet exorde est inconcevable au 11e siècle, ou au commencement du m'' ; nous devons seulement en conclure qu'un écrit qui débute ainsi n'est pas une Apologie à l'u>;ii:<'de> gentils, et la formule un peu singulière qui sert à déterminer la situation géographique de Corinthe nous prouve aussi que l'auteur a dû résider ailleurs qu'en Grèce. Cet auteur pourrait donc être assez vraisemblablement un Oriental, ainsi que l'a déjà suggéré Renan, mais il ne semble pas qu'il y ait d'impossibilité réelle à le placer à la fin du 11e siècle ou peu de temps après.

Il est sûr qu'on n'arrivera jamais. — à défaut d un témoignage extrinsèque. — à une opinion qui paraisse tout à fait solide, quand il s'agit d'un en il qui reste partout dans les généralités les plus commune-». Hermias, de toutes façons, appartient à la classe des apologistes Les plus fanatiques: non seulement il dédaigne La métaphysique et ses subtilités, mais il ne comprend rien à la notion même de science, et il n'a nul besoin de curiosité intellectuelle à satisfaire. Il pense que La philosophie a

pris son origine « de la défection des anges », en d'autres termes, qu'elle est œuvre diabolique1; et c'est ce qui en explique les contradictions. Tatien n'a rien dit de plus foncièrement hostile à l'hellénisme, et il aurait probablement accepté la formule d'Hermias. Si celui-ci n'était pas en réalité du 11e siècle, nous ne manquerions pas pour cela de témoins, qu'à l'école de Justin, profondément pénétré du caractère unique qui distingue le christianisme, mais soucieux de ménager la philosophie, s'est opposée, dès l'époque antonine, une autre école d'Apologistes, non pas certes plus chrétienne, mais qui croyait pouvoir se passer de tous ces ménagements et déclarait à la raison humaine une guerre sans merci.

i. Clément d'Alexandrie a combattu l'idée que la philosophie doit être condamnée comme œuvre diabolique. Mais on ne peut en conclure qu'il vise Hermias; trop de chrétiens ont dû le dire, comme Hermias.

II y a des raisons pour que le christianisme et la philosophie soient en conflit, — et il faut bien qu'il y en ait, puisque ce conflit, tantôt sourd, tantôt déclaré, est de tous les temps. Il y a des raisons aussi pour qu'ils s'accordent, — et il faut bien qu'il y en ait, puisqu'en tout temps aussi il s'est trouvé des hommes qui ont poursuivi cet accord. A l'époque antonine, la philosophie est généralement pénétrée d'esprit religieux, et le christianisme sent très vivement le besoin de se présenter sous l'aspect d'une philosophie.

Pour bien comprendre l'attitude des Apologistes, il faut se rappeler tout d'abord ce qui s'était déjà passé à Alexandrie, lorsque le judaïsme s'était rencontré avec l'hellénisme, Nous ne savons rien de précis sur leurs premières approches ; tout ce qui se rapporte aux prédécesseurs de Philon est fort obscur; mais nous ne pouvons douter que ceux-ci n'aient été assez nombreux. Ainsi nous échappent à peu près les timidités probables, les tâtonnements naturels de ceux qui osèrent un jour, au lieu de maudire en bloc l'hellénisme, l'étudier et y établir des distinctions. Quand nous ouvrons les œuvres de Philon, nous constatons que ce qu'ils avaient souhaité y est pleinement réalisé. Philon est resté profondément juif, et il trouve dans la révélation la source

de ses croyances; mais il en retrouve les éléments <lispersés dans les doctrines des Grecs. \u lieu de rechercher directement la vérité, il |»roeède toujours par l'exégèse du texte sacré, et l'incohérence <!<■ son exposition, parfois même de sa pensée, s'explique parce qu il suil ce texte pas à pas, sans jamais entreprendre une systématisation méthodique; mais il transpose toutes les données de la Bible dans la langue du stoïcisme ou du platonisme, cl il en traduit les idées, comme les Septante en ont traduit les mots. Si résolu qu'il soi I à maintenir intact l'héritage religieux de ses ancêtres, il es1 tout aussi désireux de s'approprier les richesses de la science grecque; il sent en juif, mais il s'exprime en grec, el comme notre langage gouverne parfois aussi notre pensée, il lui arrive de penser en grec. A i n < i . par sa théorie savante et compliquée du Logos, il a profondément modifié l'ancien monothéisme hébraïque, et, par sa théorie de l'extase, il a préparé de loin une évolution imprévue de la philosophie grecque elle-même. Jéhovah est son Dieu, que Moïse et les Prophètes lui garantissent: mais Platon. Heraclite, Parménidc, Euripide. Zenon, Gléanthe sont pour lui « de saints hommes ». qui lui ont beaucoup appris. Par la connaissance étendue ei exacte qu'il a des systèmes, par le large et libre usage qu'il en fait, Philon est très supérieur aux Apologistes de l'époque antonine; il est au niveau qu'atteindront seulement, parmi les chrétiens, les hommes de la génération suivante, les docteurs de l'école d'Alexandrie. Nos apologistes recommencent, sur de nouvelles données, l'œuvre que les obscurs prédécesseurs de Philon axaient inaugurée; ils ouvrent à leurs coreligionnaires la même voie, pour y refaire lentement à peu près la même expérience. L'exemple des Juifs alexandrins n'a pas pu être entièrement ignoré par eux. et leur a certainement profité; un bon nombre d'idées chères à Philon sont parvenues jusqu'à eux. et se laissent reconnaître dans leurs écrits. Mais onl-ils étudié Philon directement? Il est trè> dil'li-

cile de répondre à cette question. On est cependant assez peu porté à y faire une réponse nettement affirmative, tout au moins quand il s'agit des plus anciens, et notamment de Justin. Il ne serait pas impossible, il est vrai, qu'ils eussent eu quelque répugnance à se mettre ouvertement à l'école d'un Juif postérieur à la venue du Christ, et à le citer comme une autorité; mais, s'ils avaient méthodiquement exploité ses ouvrages, on comprendrait mal qu'ils ne l'eussent jamais nommé, jamais désigné au moins par voie d'allusion ; or la première mention expresse que nous ayons rencontrée de lui se trouve dans la Cohortatio, qui, pour toutes sortes de raisons, nous a paru manifestement appartenir à une époque assez tardive, et dont l'auteur avait visité Alexandrie.

L'attitude intellectuelle de Philon n'est pas faite pour surprendre. II y avait un conflit irréductible entre la mythologie hellénique et le monothéisme juif, entre les cultes païens et le culte juif, entre la morale païenne vulgaire et la morale juive. Mais, pour tout homme de bonne foi, il y avait entre la religiosité philosophique et ce monothéisme, entre la morale philosophique et cette morale, autant de concordances au moins que d'oppositions. Il faut se représenter l'état d'esprit des croyants qui constatèrent ces analogies ; leur émerveillement à la fois et leurs hésitations; cette inquiétude qui en résulta, et qui devait conduire tout naturellement des hommes convaincus que la vérité avait son unique source dans la révélation, à imaginer l'hypothèse des emprunts faits parles Grecs à l'Ecriture1. Cet état d'esprit est celui des Apologistes. Tous ceux d'entre eux que nous connaissons avaient été d'abord païens ; ils passèrent par une double crise. En premier lieu, au moment où ils se firent chrétiens, ils crurent retrouver dans la foi tout ce

1. La théorie est aussi dans Philon, qui se sert cependant de formules beaucoup plus réservées que celles des Apologistes (cf. les textes cités par Heinze, Lehre vom Logos, p. 238, et Aall. Geschichte der Logosidee, 1, p. 188.)

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qu'ils avaient aimé dans la philosophie, tout ce qui avait été jusqu'alors l'aliment de leur esprit et de leur cœur, avec quelque chose en surplus, et d'abord lu certitude qui leur manquait. Après qu'ils se furent convertis, la plupart d'entre eux ne crurent pas devoir renier ce dont ils avaient si longtemps vécu; et, s il en fût qui eurent ce triste courage, comme l'eut Tatien, il ne lut pas en leur pouvoir d'oublier. La théorie des emprunts vint fort à propos les aider, cl les mit à l'aise. Elle leur permit une certaine générosité dédaigneuse ;'i I égard de l'hellénisme; elle leur permit surtout d'en exploiter sans scrupule les trésors. Ils s'habituèrent à ne pas le condamner en bloc; dès lors, la distinction à établir entre ce qu'il fallait rejeter et ce qu'on était autorisée conserver était délicate, mais on pouvait faire le part très large à l'indulgence. La nécessité de prouver les larcins des philosophes ou des poètes, de montrer par quelle voie ils avaient été possibles, n'est apparue à certains d'entre eux que très tard, probablement quand des objections leur ont été adressées, qui leur ont semblé embarrassantes. Encore, quand ils ont voulu y répondre, se sont-ils satisfaits de solutions très enfantines, en sorte que, pratiquement, rien ne gênait l'extension qu'ils prétendaient donner à leur théorie, et toutes les analogies pouvaient s'interpréter comme si elles provenaient d'un emprunt. On s'accoutumait ainsi, de plus en plus, à faire usage des doctrines païennes, pour suppléer à ce que la doctrine chrétienne, encore extrêmement simple, paraissait avoir de pauvre et d'insuffisant pour des esprits cultivés; <»n y trouvait un double avantage, celui de l'enrichir et de la présenter sous une forme méthodique: celui <le se faire comprendre des adversaires les plus redoutables et <1 entrer en contact avec eux.

Les Apologistes étaient poussés par un autre motif à faire des concessions assez larges à I hellénisme. Leur polémique devail être dirigée contre les Juifs aussi bien que contre les païens, Rabaisser les Juifs, c'était, presque

nécessairement relever les Grecs. Ce contre-coup se laisse saisir manifestement chez Justin. Justin est extrêmement soucieux de repousser les prétentions des Juifs, et il réduit à presque rien leur privilège. Il est ainsi conduit à accorder en partie aux Grecs ce qu'il refuse si àprement aux Hébreux. Mais il faut reconnaître que ce n'est point là son mobile unique. Il avait aimé sincèrement le platonisme, et lui gardait un attachement fidèle, une sorte de respectueuse reconnaissance; il n'était pas insensible à ce que la vertu stoïcienne avait de noble et de haut. Son esprit était généreux et son cœur compatissant : le sort de toute cette humanité, si longtemps abandonnée à elle-même, à l'exception d'une toute petite nation, et condamnée sans réserve, si l'on poussait jusqu'au bout le rigorisme, était pour lui un tourment. De là sa théorie du Verbe séminal, dont il ne faut pas exagérer la portée, mais dont on ne doit pas non plus diminuer le mérite. Elle fait honneur à son cœur plus encore qu'à son esprit, et lui assigne une place à part parmi tous les Apologistes.

Ceux-ci n'ont point eu, en général, la même inquiétude; ils ont été beaucoup plus sévères pour la philosophie, dont ils ont, en même temps, largement profité. Ils s'en sont inspirés sans scrupules, quoique toujours avec précaution, et ils n'ont pas eu de scrupule, parce que leur foi était entière. Presque tous nous ont confié les raisons qu'ils ont eu de croire, et bien que cette confidence soit devenue assez vite un thème conventionnel, dont la forme est trop monotone pour qu'on soit autorisé à y retrouver en tout l'écho fidèle d'une expérience individuelle, on peut, en jugeant les choses en gros, tenir compte de certaines de leurs déclarations. Ils ont été séduits par la simplicité du monothéisme, par l'élévation de la morale chrétienne, par la figure et le rôle du Christ, par le spectacle des communautés primitives, où régnait l'esprit de charité, ou par le courage des martyrs- Mais la raison décisive de leur conversion a été la satisfaction

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