‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 122 sur 128 · upoÉ!pif)[i£v, IV, a; wç rcpo^qwjfiev , V. 5, etc · texte numérisé non relu

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3. Lirait-on Kai- es, au lieu de Rai- Sa, comme on b proposé de le faire. on n'atténuerait pas très sensiblement cette brusquerie. Du reste, il n'y aurait pas là une raison décisive de nier que la Petite Apologie tut un ouvrage indépendant. Quoiqu'on pense de certains exordes abrupts, qui ouvrent quelques écrits classiques (par exemple l'Économique de \ phon), et eût-on réussi à les expliquer autrement que par L'emploi d'un procédé littéraire, ces écrits étaient lus. à l'époque romaine, comme

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sur Justin les événements récents; elle a eu une cause occasionnelle qui fut la persécution dirigée contre les chrétiens par le préfet Urbicus; mais, malheureusement, la date delà préfecture d'Urbicus ne nous est pas exactement connue. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'Urbicus a occupé cette charge seulement après i5o l, si on admet que la Grande Apologie est au plus tôt de i5o, et cela ne peut être contesté. Après l'avoir reçue, il l'a peut être conservée pendant un temps assez long; car Antonin avait pour règle de laisser en place le plus possible les hommes auxquels il avait accordé sa confiance. D'autre part Junius Rusticus a été préfet avant 168, date où la préfecture appartenait à L. Sergius Paullus, et comme il a été consul pour la deuxième fois en 162, il est probablement devenu préfet, selon l'usage assez commun de ce temps, aussitôt après ou peu après. Urbicus du reste, qui avait exercé déjà un commandement important dans la grande guerre juive de i32-i35, n'a pu vivre beaucoup plus tard qu Antonin lui-même (mort le 7 mars 161). Il résulte de tout cela que la Petite Apologie ne doit pas être posté-j Heure à 161 ; mais n'est-elle pas antérieure de plusieurs années?

Emmerich2 a pensé que Justin n*avait pas eu le temps de la publier, et qu'il l'avait laissée, imparfaite encore3, dans ses papiers ; il aurait été interrompu par la mort. Harnack a trouvé l'hypothèse séduisante, mais sans oser l'adopter. Zahn , tout au contraire, a émis l'avis « qu'un très court intervalle » avait séparé la composition des deux écrits, dont le plus ancien est, d'après lui, vraisemblablement antérieur à 1 5 4 * . Il serait vain de prétendre démontrer

indépendants, et ces exordes pouvaient être imités, en raison même de leur singularité. Ce qui oblige à penser que la Petite Apologie devait avoir, selon l'intention de Justin, quelque relation avec la grande, ce sont les renvois de l'une à l'autre.

1. Cf. pour les références, Zahn, /. c. ; principalement la note 4 de la p. n.

1. De Justini philosophi et martyris apologia altéra. Munster, 189b,

3. Imparfaite, dis-je: on ne peut dire : inachevée; car elle est terminée par une véritable conclusion, et j'ajoute que cette conclusion, — la demande que Justin adresse aux souverains de sanctionner officiellement son ouvrage, — se comprend mieux si elle s'applique à l'ensemble formé par les deux Apologies.

4. Zahn a eu le mérite de faire intervenir le premier, dans l'examen de la biographie de Justin, le papyrus 358 du Musée Britannique (publié par Kenyon : Greek Papyri in the British Muséum, II, p. 171), qui permet de placer la préfecture de Félix en Egypte entre 148 et i54, et confirme par conséquent pour la Grande Apologie la date approximative i5o, déjà si nettement indiquée par Justin lui-même. H y a chance pour que Justin, en mentionnant un fait qui « s'est passé sous Félix » fasse allu-

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le contraire, mais, tant qu'aucun document n'aura fixé la date de la préfecture d'Urbicus plus près de i5o que de i6o',on restera parfaitement libre de l'admettre, si, d'autre part, on y est incliné par quelques vraisemblances. Or la conjecture d'Emmerich explique mieux assurément que celle de Zahn pourquoi les deux Apologies nous sont parvenues séparées, et elle rend mieux compte de la brusquerie du début de la petite. Elle aide aussi à comprendre, a dit Emmerich, certaines imperfections de celle-ci : mais, comme celles qu'on peut relever dans la grande ne sont pas moins frappantes, j'attache beaucoup moins de prix à cette observation. Par contre, il m'a semblé, — et j'ai lâché d'en fournir des preuves, — que, sur plus d'un point essentiel, le second ouvrage était en progrès par rapport au premier, qu'il indiquait de la part de Justin des réflexions nouvelles, l'intention de préciser ses idées, de répondre à des objections qui lui avaient été faites ou qu'il s'était faites de lui-même. Enfin, je suis encore tout à fait d'accord avec Emmerich pour estimer qu'il faut se garder de négliger le passage où se trouve l'allusion célèbre aux menées de Crescens. Je reconnais que ce texte ne prouve pas que ces menées aient causé directement le martyre de Justin, que le texte, d'ailleurs corrompu, de Tatien (chap. xix), ne le prouve pas davantage, et qu'il est fort possible qu'Eusèbe Tait conclu uniquement de ces deux textes. Mais il n'est pas improbable qu'il l'ait conclu avec raison, et on est bien tenté de îe conclure avec lui. Il y a une certaine vraisemblance que, même si la controverse avec Crescens n'a pas été la cause directe de la mort de Justin, — Tatien, en tout cas, échappa aux manœuvres du cynique, — elle a contribué au moins à attirer sur celui-ci l'attention de l'autorité; il est très naturel de penser que les mesures prises par Rusticus ont suivi peu après.

Vérité et fiction dans le « Dialogue » de Justin.

Dans le groupe d'études sur Justin que Zahn a données à la Zeitschrift fur Kirchengeschichte (tome vin) en 1886, une des plus inté-

sion à un événement assez récent, mais l'argument que Zalm tire 'lu participe présent YjyeiAOve'JOVTC n'a, il faut le reconnaître, aucune valeur. 1. La manière dont Justin en parle : t-x ... -;r/o;j.£va i~: Oiç,o./.ol permet de croire qu'Urbicus n'était déjà plus préfet : c'est même le sens le plus probable: mais yhï; et irpwTiv montrent que les faits sont cependant récents.

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ressantes est celle qu'il a intitulée : Vérité et fiction dans le Dialogue de Justin avec le juif Tryphon. Que Ton accepte ou non toutes ses conclusions, Zahn a eu le mérite d'examiner de plus près qu'on ne l'avait fait avant lui l'affabulation du Dialogue, ce qui s'y mêle de réalité et d'artifice, et aussi l'étendue probable des lacunes que nous constatons dans notre texte actuel. Je laisse de côté ce dernier point, qui a son importance quand on veut se rendre compte de la composition de l'ouvrage, de l'habileté plus ou moins grande avec laquelle Justin a employé la forme dialoguée; mais qui est négligeable, si l'on s'attache surtout à dégager les idées maîtresses. Je voudrais au contraire ajouter ici quelques réflexions encore sur l'introduction. Il est certain qu'elle a, en quelque mesure, un caractère historique; on y voit souvent des réalités transparaître; mais il est visible aussi que si, véritablement, un entretien (ou une série d'entretiens) engagé avec quelque rabbin juif, peut-être à Ephèse, a pu fournir à Justin, longtemps après, le canevas sur lequel il a travaillé, il se mêle à ces souvenirs de son expérience personnelle une large part de fantaisie ; discerner, doser cet élément, cela n'est pas sans intérêt pour l'intelligence précise de l'œuvre entière de Justin.

Zahn a donné des raisons assez solides pour expliquer certaines différences entre ce que Justin nous dit ici de sa conversion, et les termes qu'il emploie, à ce sujet même, dans Y Apologie. 11 est naturel que, dans celle-ci, il mentionne, comme un mobile essentiel, l'impression qu'il avait éprouvée en constatant le courage des martyrs, et il ne Test pas moins que, dans un ouvrage consacré à une polémique contre le judaïsme, il sente seulement le besoin d'invoquer celle qu'a produite sur son esprit la réalisation des prophéties. Cela même est déjà un indice que Justin, ni dans l'un ni dans l'autre cas, n'a voulu nous donner un fragment de biographie minutieusement exact, et que, si la critique, — comme il arrive trop souvent, — opérait sur de telles données sans les interpréter, elle serait bien malavisée. J'ai dit pour quels motifs il faut bien se garder de prendre à la lettre tous les détails de la conversation entre Justin et le vieillard; j'ai montré comment, pour obéir à ces nécessités de composition antithétique que commande la forme dialoguée, Justin avait prêté au vieillard, — qui cependant est son porte- parole, — une hostilité contre la philosophie que lui-même n'a jamais ni ressentie ni approuvée; et comment il s'est dépeint aussi, par une sorte de compensation, plus philosophe qu'il ne l'avait jamais été. Mais l'épisode même de la rencontre avec le vieillard est-il issu d'un souvenir, ou bien est-il purement fictif? Quoiqu'il ne semble pas a priori que l'on ait aucune raison de le juger impossible ou invraisemblable, n'est-il pas utile de noter que ce vieillard parait

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appartenir à la figuration conventionnelle de ce genre littéraire que constitue le dialogue, et qu'on retrouve, à l'époque de Justin, au moins un exemple du rôle qu'il y pouvait jouer? Cet exemple est dans YHermotime de Lucien, chapitre xxiv. Après avoir décrit la cité idéale d'où les vices humains seraient bannis, Lycinus, — porte-parole de Lucien. — dit à son interlocuteur1 : « J'ai entendu autrefois un vieillard raconter comment les choses s'y passent; il m'engagea même à l'y suivre; il devait me montrer le chemin, me faire inscrire, en arrivant, au rang des citoyens, me donner une place dans sa tribu et dans sa phratrie, afin que j'eusse ma part du bonheur commun.

« Mais, moi, je refusai, soit folie ou jeunesse2. »

Je n'avais alors que quinze ans; et cependant j'étais déjà peut-être dans les faubourgs, aux portes mêmes de la cité. Le vieillard me disait, entre autres choses, au sujet de cette ville, si j ai bonne mémoire, que tous les habitants y sont étrangers, venus d'autres pays... », etc.

Je suis bien loin de vouloir insinuer que Justin s'est inspiré de YHermotime. Cet écrit paraît être, selon M. Maurice Croiset, de i65 environ; ce qui, étant donnée la date approximative de la mort de Justin, rendrait déjà l'hypothèse très peu vraisemblable. Je me borne à signaler, dans deux dialogues, un procédé d'affabulation tout à fait analogue, et je crois qu'on peut en induire avec quelque probabilité que ce procédé était usuel dans le genre littéraire du dialogue. Gomme la figure du vieillard n'a chez Justin aucun caractère individuel, on est très tenté de croire qu'il n'a fait ici que se conformer à une tradition. La figure de Tryphon est beaucoup plus précise; elle a des traits particuliers, qui autorisent à penser que Justin avait en vue un personnage déterminé; on ne peut guère contester non plus que l'entretien de Justin avec le rabbin ne soit à l'image de discussions très réelles que Justin a soutenues, à une certaine époque de sa vie, contre des docteurs juifs. Le récit de sa conversion, au contraire, est bien plus fortement stylisé; non seulement la physionomie du vieillard semble tout à fait conventionnelle, mais ce voyage à travers les diverses écoles que Justin lui raconte ne lest pas moins, et évoque aussi certains souvenirs de Lucien.

La lecture de Lucien, comme celle de Plutarque, est indispensable à quiconque veut comprendre Pétai d'esprit des Apologistes et mesurer leur degré de culture. Relever, sans les forcer, des analogies ou des contrastes qui nous renseignent sur les tendances

i. Traduction Talbot.

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