‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 124 sur 128 · LES IPOLOGI8TE8 GRE · texte numérisé non relu

LES IPOLOGI8TE8 GRE

forme y[v; mais deux exemples en tout sont bien peu pour permettre une conclusion solide ' .

Les doutes qu'a fait naître l'étrangeté de l'expression se fortifient quand on relil le contexte. Notre phrase esl immédiatement Buivie

par une citation d'Aristophane [Grenouille», \)1), où les sophistes grecs sonl i - ; i î 1 1 « '- -s , sans <j m- Tatien fasse aucun retour Bur lui-même. Dans tout ce premier chapitre, l'opposition esl entre les Grecs e1 les Barbares, les païens et les chrétiens; Tatien m- se met pas

personnellement eu scène; il ne commencera <pn- bien |)lns tard. — au chapitre xxix, ■ — à nous conter son histoire; il expliquera alors les

motifs de sa conversion (xxix-xxx): puis tout a lait a la lin de Discours, au chapitre xxxv, et au chapitre xi.n. il fera des d'-' larations précises sur son passé; isolée dans la première partie, introduite avec une soudaineté étonnante même 'lie/, un écrivain aussi capricieux, énigmatique dans la forme, la phrase du chapitre i, si on l'interprète connue on l'a lait jusqu'ici, paratl en plus déplacée, quand on l'a rapprochée de celles des chapitres xxxv et XLM.

Mais il est possible de lui donner un autre mjiis. qui esl infiniment plus naturel. THv peut être sans difficulté une troisième personne du singulier; il suffit d'admettre une ellipse, beaucoup plus intelligible que le passage subit du pluriel de majesté au singulier de la première personne, ou que l'incohérence qui nous ehoque si le pluriel à-îTxîjaucOx désigne tous les chrétiens. Toutou /-/: iv etareTX,âlus6x ttj tcocc 6u.iv ^o:ifa, y.av il ttoÎvj trsu.vô< ri? r/ iv i <Ci~îxa;âu.£Ox tyj toutou tou itsu.vou trocpia - ; nous avons répudié votre sagesse (ou votre science), et cela sans nous en laisser imposer par ses représentants les plus imposants — par exemple par Platon, à qui l'épithète de teu-vôç est si fréquemment appliquée. Car, continue alors Tatien, pour emprunter une expression au poète comique, tous ces grands hommes qui en imposent, tous ces trepvot ne sont en réalité que « des grappillons, du babil, un gazouillement d'hirondelles, des gâte-métiers, biupuAXtSeç xxl ortwjiûXfiaTa, — yîÀ'.oov«>v [Aouffeia, ÀojfivjTa"; Teyvijç. »

L'expression est ainsi irréprochable, et la suite des idées De l'est

i. Heiler, De Tatiani apologeUe dicendi génère, p. 56, B'exprime ainsi :

« Imperfecti persona prima legitur 6,26, ,,r,'. que Forma Bine dobio vulgaris est. Sed fortasse illo loco <i|M)v exstat, ni qnam clarissime cognoscalui- prima persona, prssertim cnm relîquis omnibus loi îs Tatianus r,v forma titatur ». 11 est exact que l'emploi «le ?,|U)V, forme condamnée par Phrynichus, ade souvent favorisé parle désir d'éviter une confusion possible entre la première el la troisième persoi mais, si j'ai bien compté, les reliqui omnes l"<i. pour la première personne, se bornent à un seul, celui que je conteste.

pas moins. Nous y perdons sans doute une impertinence de Tatien, mais il en reste assez dans son Discours, pour que nous n'ayons pas à la regretter.

APPENDICE V La notion de 7cveu(jtx chez les Apologistes du IIe siècle.

Nous avons vu que la troisième personne divine reste fort indistincte chez les Apologistes jusqu'à Athénagore, quoiqu'elle soit toujours reconnue en principe ; car elle est imposée par la formule baptismale. Il y a intérêt à relever et à comparer les divers emplois qu'ils font de la notion de -vsîiav., même quand cette notion ne s'applique plus à l'une des personnes divines. Malgré d'inévitables concordances, on peut dire qu'il y a entre eux, quant à ces emplois, des différences individuelles assez grandes ; l'accord est moins complet, la tradition moins bien établie dès le début que pour la notion du Verbe.

Je parlerai peu d'Aristide, qu'il est très difficile d'invoquer sans faire beaucoup de réserves, quand l'étude qu'on veut entreprendre porte essentiellement sur le vocabulaire même; la restitution du texte grec ne peut jamais être considérée que comme plus ou moins probable dans le détail, et on ne peut en faire usage qu'avec précaution. Précisément le passage qui nous intéresserait n'a pas été conservé par l'auteur du Roman de Barlaam ; il est au contraire à la fois dans l'arménien et dans le syriaque, ce qui le défend assez fortement, et, s'il est très controversé, s'il l'est légitimement, — car il est fort obscur, — il serait imprudent d'en dénier absolument l'authenticité. C'est le paragraphe bien connu qui suit la division de l'humanité en quatre classes : Barbares et Grecs, Juifs et chrétiens. Cette division quadripartite est expliquée ou appuyée, — sans que la liaison des idées soit nettement marquée, — par une quadruple relation établie entre les quatre éléments et les quatre classes d'êtres doués d'intelligence. Voici le texte arménien ' : « Au divin appartient le spirituel; aux anges, ligné; aux démons, le liquide; et à la race des hommes, la terre. » Le syriaque dit « : A dieu donc est assujetti le vent, aux anges le feu, mais aux démons l'eau et aux hommes la terre. » La difficulté principale est dans le rapport entre les démons et l'eau; malgré l'interprétation suggérée ingénieusement à Hennecke par Wilamowitz, et selon laquelle le

i. Je traduis littéralement, d'après l'édition de Hennecke, p. n.

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texte, qui serait à rapprocher d'un passage du Timée1, signifierait

que le ciel est le domaine des chrétiens, le feu celui des .lui!-, la mer celui des Barbares el la terre celui de- Grecs, on ne peu! dire qu'une explication décisive ait été fournie. Si le pat bien authentique, il nous apprend seulemenl qu'Aristide conçoit Dieu comme une essence pneumatique, un souffle.Lee oploi

du mot ttvium.-/ «la h- 1 1 même apologie esl aussi très incertain : si on l'admet, la valeur en esl difficile a déterminer. Au même chapitre il, un peu plu-> haut :. le texte grec dit que Jésus-Christ, iil~ «lu Dieu très haut, est descendu du ciel. p. nu- le salut de- hommi i >.j.-.:

xyu*>; et le texte arménien, sensiblemenl différent, dit qu'il a révélé par le Saint-Esprit; le syriaque supprime entièrement mention. Laissons donc Aristide, et passons a .lu-tin -.m- plus tarder.

Les emplois du mot nveuu,a -ont extrêmement nombreux dans YApolo^ic aussi bien que dans le Dialogue, .le ne citerai pas tous ceux qui sont identiques; je ne donnerai que quelques pour tous les cas où le sens n'est pas douteux, et je procéderai en (lassant d'abord les différents -en-, pour me demander en terminant s'ils supposent tous une seule et même notion fondamentale.

Le Credo accepté par Justin, la formule baptismale qu'il trouvail dans les Évangiles lui imposaient la croyance en une troisième figure divine, qui porte toujours le nom d'Esprit, mais ne reçoit pas toujours la même épithète; elle est dite esprit prophétique et bon ev TptTV) TotÇei (Apol. vi-xni), dans une formule de la foi: elle est appelé esprit .saint ch. Xli et dans la description du baptême, où Justin se tient plus près de la formule même de Mathieu »8, ig . tout en la développant encore un peu pour Les deux premières personnes. Le nom d'esprit prophétique implique évidemment que cette troisième personne est considérée comme l'inspiratrice de- prophètes de l'Ancien Testament, mais elle apparaît dès l'origin choses, car au chapitre lx, elle est assimilée à Vesprit de Dieu qui était porte au-dessus des eaux. (Genèse I. 13); et elle ne peut, a cet

i. P. .jO : ili'vi 8t] T:TTapE; (îoia: (câtov) [da [tèv v. -tt,vov xotl àîpo~ôpov, rpî-rri c: 51 xati /:'

Geffcken rejette. à bon droit, je « rois, cette interprétation p. ,7 : il n'admet pas la phrase dans son texte: il explique la mention relative au vent, par ce qui est dit dans le livre d'ffénoch de- venta qui ont leurs mais.ius dans le ciel; le parallélisme du feu et de- ., - par la théologie rabbinique, et le rapprochement entre les démons et 1 eau par une doctrine néo-platonicienne, en renvoyant a Numénius, dans Porphyre, De antro nympharum, 10; le texte \j-.- est intéressant, n n'est pas du tout évident que l'idée d'Aristide >oit la même.

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