‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 14 sur 128 · Frg. 1 el a de Preuschen · texte numérisé non relu

Frg. 1 el a de Preuschen

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de besoins el dont tout a besoin, par qui tout existe, impossible à concevoir, éternel, impérissable, incréé. Cette conception provient directement de l'Ancien Testament, mais par les traits qu'elle laisse de côté, comme par ceux sur lesquels elle insiste, elle se concilie facilement avec la notion de la divinité telle que l'avait dégagée la philosophie, et spécialement le platonisme. Elle n'exprime pas formellement la transcendance du Dieu suprême, mais elle y tend visiblement, et c'en est si bien la tendance que l'œuvre de la création est en effet attribuée explicitement au Verbe : « Dieu a tout créé par le Verbe de sa puissance, c'est-àdire par son fils ». Clément voit l'expression de la même idée dans cet autre texte : « Unique est Dieu, qui a créé le commencement de toutes choses ». C'est selon lui « le fils premier-né » que Pierre entend désigner, et Pierre donne ainsi une interprétation exacte (cruvelç àxpiêwç) du Ier verset delà Genèse1. D'autre part le Seigneur, ou le Sauveur, c'està-dire le Christ Jésus, était appelé, au témoignage du même Clément, Loi el Verbe. Puisque le contexte nous manque, nous ne pouvons pas déterminer avec certitude la valeur de ces deux qualifications ; elle n'est cependant pas très obscure. La première doit désigner le Christ comme le révélateur de la loi morale (avec allusion à la loi mosaïque), et la seconde s'applique à lui en tant que révélateur de la vérité. Le Christ est le porte-parole de Dieu, et il est sa raison, selon le double sens du mot Logos. Quel que soit le milieu d'où provient la Prédication de Pierre, elle nous garantit, à elle seule, comme le dit très bien Harnack2, que si les Apologistes ont les premiers philosophiquement spéculé sur la notion du Verbe, ils la trouvaient toute prête,

i. Le mot àpyrt, dans la phrase du Cerygma '. oç «p'/V "ûv aTrâvtwv i-0Lr,7ïv est expliqué par Clément, de manière que selon lui, au verset de la Genèse, Pierre a entendu les mots èv àp-/?j, non pas au sens de : au commencement, mais en celui de : dans le Fils, par le Fils (qui est le principe de toutes choses). Je ne comprends pas pourquoi Preuschen a pris le participe «rjveîç au sens concessil [obgleicli er sehr wohl wusste).

a. Dogmengeschichte, i3, p. 184, note.

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acceptée déjà dans la tradition antérieure, ei en quelque sorte courante.

Une autre idée intéressante <\\i\ apparaît dans le même écrit, c'est Le classemenl de L'humanité, au point de vue religieux, en trois grandes divisions : Hellènes, Juifs ei Chrétiens. Cette division deviendra traditionnelle, mais La forme sous Laquelle elle étail ici présentée, aurail une valeur singulière, si L'auteur avait vu nettement tonte- Les conséquences qu'impliqueraient le- expressions dont il s'est servi. Il insiste sur la nouveauté du christianisme1 : « Apprenez avec piété, avec justice, ce que DOU8 VOUS enseignons, observez ces préceptes, rendanl à Dieu, par l'intermédiaire du Christ, un culte nouveau; non- trouvons en ell'et dans les Ecritures que le Seigneur -exprime ainsi : Voici, j'établis pour vous une nouvelle alliance, autre que celle que j'ai établie pour vos pères sur le nanti Horeb. — Il a donc établi pour vous une alliance nouvelle, — car hellénisme et judaïsme sont périra — et vous êtes une troisième race, qui lui rendez nu culte nouveau : les Chrétiens. » Faire une classification, même mécaniquement, cela suggère quelquefois des idées imprévues8. On voit que celle qu'institue ici I auteur le mettait en voie de placer les Hellènes (qui doivent être pria ici au sens général de païens) et les Juifs un peu sur le même rang: il a presque dit qu'il v avait eu. au total, trois alliances. La troisième annulant le- deux premières; mais il a senti qu'il allait trop dire, ••! ii n'oppose formellement à la nouvelle alliance que l'alliance de L'Horeb. H n'en Tant pas moins retenir cette phrase comme un indice des tendances qui travaillaient intérieurement le christianisme naissant: elle montre combien d étail nécessaire et

i . Preuschen, I rg. ! .

a. J'ai tâché île pendre le neutre : : 2:2:

c'est ce neutre qui rend presque possible i.i confusion.

:>. Qu'on se rappelle Taine, dans Etienne Mail tableaux synoptiques de son professeur d'hisl reillé en lui le

sens philosophique.

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délicat de déterminer quelle place il fallait assigner, par rapport au christianisme, au judaïsme d'abord et surtout à l'hellénisme .

Il y a peu à tirer, pour notre objet, de ce qu'Eusèbe ' nous apprend de Y Apologie de Quadratus. qui était sans doute très simple, puisqu'il n'a pas trouvé autre chose à y noter que la mention des miraculés dont quelques-uns auraient été connus personnellement encore de la génération à laquelle appartenait l'auteur, et que celui-ci peut invoquer ainsi comme un témoignage de la puissance curative du Christ. \J Apologie d'Aristide, au contraire, maintenant qu'elle est reconstituée dans ses grandes lignes, donne déjà lieu à quelques observations intéressantes2.

Elle a été jugée récemment avec une grande sévérité par GeiTcken. qui. d'une manière générale a voulu réagir, non sans raison, contre ceux qui surfont la valeur intellectuelle et le savoir des Apologistes du nu siècle3. Je me garderai de prétendre que son auteur ait un grand talent, ou une érudition toujours de bonne qualité. Mais si Aristide, si Justin même sont très inférieurs, par la trempe de lesprit et par l'habileté du style, à Minucius Félix ou àTertullien. s'ils sont d'un médiocre intérêt pour l'histoire littéraire, ils apportent au contraire à l'histoire religieuse un témoignage considérable, plus considérable que celui des Apologistes latins. Une très grande sincérité, une fraîcheur de sentiment qui garde encore quelque chose de la naïveté de l'époque apostolique, un zèle intrépide, une

i. H. E.. IV. 3. i.

■a. La dernière édition, celle de Geffcken. dans ses Zwei ^riee/iische Apolo«eten, est accompagnée d'un commentaire très détaillé. Mais en ce qui concerne la constitution du texte, je suis loin de trouver que Geffcken ait toujours pris le meilleur parti; ou ne peut s'en tenir à lui, et il ne faut pas négliger, au besoin, d'en revenir à Hennecke et à Seeberg.

'■'•. Cf. notamment, p. xxxvm : « Und das nannte sich einen Athener!... >> Geffcken vise surtout les défauts de composition et de style. Je ne les conteste pas: mais encore faut-il se souvenir que notre restitution de l'ensemble, d'après le Syriaque. Y Arménien et le Roman de lUirlaam et Joasaph, laisse place dans le détail, à bien des incertitudes.

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manière franche cl directe, quoique superficielle el parfois maladroite, d'examiner les problèmes théologiques qui commencent à se poser, leur méritent plus <l indulgence et même <!<• sympathie qu'on n'esl tenté d<- leur en accorder, quand on se propose pour objel principal de rechercher les sources profanes de leur polémique ei qu'on constate trop souvent combien leur documentation est légère el inexacte. Geffcken a reconnu lui-même, Tort justement, et a Tort bien exprimé1 ce qu'ont de touchant, dans leur simplicité, les derniers chapitres d' Aristide, où il peint la vie et les vertus dés 'chrétiens. Il faut bien établir que c'est cela qui est l'essentiel. Nous jugi ons que la réfutation du polythéisme est superficielle el banale dans tous ces écrits; peut-être leurs auteurs eux-mêmes s'en rendaient-ils compte, et croyaient-ils la cause de leurs adversaires trop compromise pour être trè> difficiles sur la qualité des arguments. Ce n'est que plus tard, à partir du nie siècle, quand le paganisme eut une sorte de renaissance, quand il se systématisa et prit l'apparence d'une philosophie, que la lutte put prendre un caractère plus sérieux, et les docteurs chrétiens ne se montrèrent pas alors inférieurs à leur tâche.

Aristide commence brusquement par une profession de monothéisme, au sens le plus large du mot; c'est une bonne entrée en matière, où rien ne peut choquer irrémédiablement l'auditeur ou le lecteur profanes, el qui permet d'engager avec lui la conversation. Le ton en est assez subtilement mêlé de stoïcisme, de platonisme, el de judaïsme8. La première phrase, sur la Providence el

l. P. WX1X.

i. Cf. Gefîckeu, p. 33. Geffcken ;i bien Doté, — un peu trop exclusivement, — la couleur stoïcienne de < e début : bien entendu, c'est le stoïcisme éclectique <lu temps, lui-même fortement teinté >!<■ platonisme. Mais il faut marquer aussi les nuances qui indiquent déjà le Dieu j>-rsonnel de l'Ancien el <lu Nouveau I estament. — J'ajoute que toute < etle chimie est certainement surtout instinctive', le danger d'une an minutieuse, — d'ailleurs nécessaire, - est de la faire apparaître comme

trop calculer.

le spectacle du monde qui la révèle, est nettement stoïcienne1; la seconde et la troisième, avec l'opposition de la matière qui est mue, et du principe du mouvement, est en dernière analyse d'origine platonicienne2. Mais on sent déjà que ce principe du mouvement n'est pas présenté comme une entité philosophique : c'est le Dieu personnel des Juifs et des chrétiens ; l'emploi du masculin, tov xwoûvca, au lieu du neutre to xtvoûv, l'addition à xt-voùvra de oiaxpa-70'jvTa, le choix du mot ia-yupoç3, par une sorte de compensation, dans le membre de phrase suivant où au contraire le neutre est employé, le font entendre à tout lecteur un peu intelligent. Il y a beaucoup de difficulté à établir, d'après la version arménienne et la version syriaque, le texte du morceau qui suit; je soupçonne pour ma part qu'il a été développé dans l'une et dans l'autre, et qu'il était d'un tour plus bref dans l'original. Il en ressort cependant avec clarté quelques idées qui, pour le fond au moins, remontent bien à Aristide. Par les seules lumières de la raison, on ne peut arriver à connaître exactement toute la vérité religieuse; mais il semble qu'on atteigne déjà quelques vérités importantes. Le seul fait de reconnaître l'existence de Dieu implique des conséquences : ce Dieu gouverne le monde; il est le père de tous les hommes, qui sont liés entre eux par une véritable fraternité ; il est sans commencement, sans lin, sans besoins, parfait; il n'a ni nom ni forme ; le ciel ne peut le contenir ; il ne saurait avoir de rival; il est insensible à la colère; il ne doit pas

1. Seeberg a bien noté (p. 211) la ressemblance entre ce début et le texte du IIe livre des Macchabées (VII, 28). Cela ne veut pas dire qu'Aristide se soit directement inspiré de ce texte; mais c'est la preuve que, sur ce point essentiel, l'Apologétique chrétienne ne fait que suivre la trace de l'Apologétique juive.

2. La couleur stoïcienne y serait assez marquée encore, s'il était sûr qu'il fallût admettre comme authentique le membre de phrase final, donné par le Syriaque, et qui implique une sorte d'immanence. Gefïcken l'admet; Hennecke l'avait rejeté, et je trouve la suite des idées plus satisfaisante dans cette hypothèse.

3. 'lo-/jpoç désigne plus naturellement une personne. Le Dieu d'Israël est le Dieu fort.

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