‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 15 sur 128 · S LES IPOLOGI81 ES GRECS · texte numérisé non relu

S LES IPOLOGI81 ES GRECS

être honoré par des offrandes qui Lui sonl inutiles. Autant qu'on en peul juger, toul cela était pour Aristide de la philosophie naturelle. Ces! la thèse <iu Cerygma Pétri, <1 u discours de Paul dans les Actes, et, <n dernière analyse, de l'apologétique juive.

J'insisterai moins suc la polémique contre les cultes païens. Geffcken1 est d'avis que la forme authentique en est représentée par le texte grec, avec >a division <!'■ I humanité en trois groupes : Juifs, Chrétiens, Païens, ces derniers eux-mêmes subdivisés en trois catégories. Je suis de ceux « 1 1 1 î pensent que le témoignage concordant du syriaque et de l'arménien rend plus vraisemblable la division quadripartite : Barbares et Hellènes, Juifs H Chrétiens. La division tripartite est assurément celle que les écrivains chrétiens anciens ont généralement adoptée c est

celle du Cerygma Pétri. Mais aucune raison décisive n'oblige à croire qu'Aristide n ail pas pu Paire exception, et il csl peut-être naturel de considérer comme une correction au texte primitif la forme qui simplifie, plutôt que celle qui complique. La division eu : adorateurs des faux dieux (twv xcap' ùfûv Xe^optivaiv Bewv -yjzv.r/r-.T.). Juifs. et Chrétiens, précisée par la distinction, dans le premier groupe, des Chaldéens, des Hellène- et des Egyptiens, a l'air d'une rectification adroite qui met plus nettement les chrétiens à pari, dans l'ensemble du genre humain: le rapprochement des chrétiens et des Juifs dan- un même groupe, qui s'oppose à celui des païens, égalemenl dédoublé en Barbares el Hellènes, se laisse assez aisément comprendre de la pari d'un écrivain primitif, qui ne pouvait manquer de sentir encore le lien étroit «pu rattachait le christianisme au judaïsme, alors «pie ce sentiment

deviril pour les générations postérieures i -impie idée.

.rajoute qu'Aristide, comme l'auteur du Cerygma /'<■//•/. suivait certainement les traces de l'apologétique juive. Enfin on se confirme dans la même impression, quand «m

î . 1'. i'i et sui\ .

ARISTIDE 3g

constate que la traduction syriaque diffère aussi du roman de Joasaph et Barlaam dans l'introduction du développement consacré aux Juifs (ch. xiv), et que ces différences suggèrent une explication analogue. Aristide a traité les Juifs avec une douceur relative; l'auteur du roman, à son époque tardive, ne pouvait plus guère comprendre un état d'esprit aussi éloigné du sien; Geffcken lui-même n'a pas plus hésité que ses prédécesseurs à rejeter ici le texte grec et à préférer le syriaque. L'idée de donner tout d'abord la généalogie de chaque groupe parait bien aussi remonter à l'auteur primitif, et cette fois encore le rédacteur du roman aura cru bon de substituer au plan original un ordre plus régulier. L'importance que ces généalogies avaient aux yeux d'Aristide, est révélée par ce fait, que la dernière sert à introduire la première mention de Jésus-Christ, jlls de Dieu, qui est descendu du ciel, a été enfanté par une Vierge, a revêtu la chair, est mort, est ressuscité et remonté au ciel. Ce Credo peut paraître un hors-d'œuvre au début de Y Apologie d'Aristide, et trouver au contraire une place à certains égards plus convenable au chapitre xv, comme l'introduction du développement général sur les chrétiens. Mais cette première impression risque d'être fausse. Si ce que j'ai dit des modifications appportées par l'auteur du roman à la division primitive des sectes et à l'introduction du morceau sur les Juifs a quelque fondement, on croira aussi volontiers que la même intervention s'est produite une fois de plus, toujours pour donner une régularité plus stricte à la composition. Dans un écrit d'un caractère aussi simple, aussi dénué d'art, que l'était manifestement celui d'Aristide, une autre manière de procéder ne saurait surprendre ; la première mention du Christ lui aurait paru probablement bien tardive, s'il l'avait réservée jusqu'au chapitre xv. L'exorde de l'Apologie se borne à exposer le monothéisme, tel que la philosophie naturelle peut suffire à l'établir; mais dès que lhumanité a été partagée en Barbares et Grecs, Juifs et Chrétiens, il est nécessaire, ou tout au moins utile,

4o LES APOLOGISTES GRECS

que les Chrétiens, race nouvelle, -oient définis avec précision '.

Je ferai peu de remarques sur la polémique contre la religion des Barbares. Le ton en est souvent encore, - par exemple dans le morceau suc les idoles (eh. in). — celui de l'apologétique juive. La démonstration que les éléments sont corruptibles H périssables (ch. rv) implique à peu près sûrement qu'Aristide professe la création ex nihilo, quoique le grec seul exprime formellement celle idée, qui manque dans le syriaque. Il semble qu'il y ail un souvenir, — direct ou indirect, — d'un lieu commun classique, d;mle paragraphe consacré à la terre2. L'explication la plus vraisemblable du morceau par lequel se termine la critique des cultes barbares (ch. vu), est qu'Aristide <i été conduit à parler de l'homme, parce qu'il est composé d'éléments, comme le dit expressément le syriaque, que Geffcken, à mon sens, a raison de considérer ici comme primitif. .1 u peine au contraire à accorder qu'il y ait là une allusion au mythe chaldéen de Y Homme, qui a fait plus tard une bi belle fortune chez les Gnostiqucs et les Manichéen-. et -;ius doute, en le supposant3. Geffcken a subi un peu trop fortement la suggestion des idées intéressantes que Reitzenstein venait de présenter dans son Poimandrés.

La critique des cultes grecs et de la mythologie est si banale, qu'on n'aurait même pas besoin de supposer qu Aristide suivît quelque manuel, si un ou deux traits ne se taisaient remarquer par leur singularité : l'épithète estropié appliquée à Hermès: la mention des serpents que Dionysos dévorait dans son délire (ch. i\). De toute façon, cette polémique n'a rien que de superficiel; Isclépios est le

i. Nous avons, en tout cas, la preuve que. dans i i Cn 'de, L'auteur de

Barlaam a introduit une addition : la phrase KaOdhl l'un

des Apôtres) Ta; y.a'j' r,uâ; Ttepi-fjXOe '/'"va;, qui vise la mission <i<- rhomaa aux Indes, est amenée par L'affabulation du roman. — Inversement le passage sur les quatre éléments, qui semble garanti par la concordance du syriaque et de l'arménien, est très embarrassant.

Page 1