‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 16 sur 128 · Cf. Geffcken, p. 54) note i · texte numérisé non relu

Cf. Geffcken, p. 54) note i

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seul, parmi les Dieux énumérés, dont on puisse dire qu'une dévotion particulière s'adressait à lui. aux premiers siècles de notre ère. et Aristide ne le distingue en rien des autres l.

La place qu'occupent les Egyptiens après les Grecs fait difficulté, je le reconnais, surtout quand on a admis que la division adoptée par Aristide était bien celle entre Barbares et Hellènes, Juifs et Chrétiens. Qu'on note cependant que la difficulté subsiste, bien qu'atténuée, même si l'on préfère, avec Geffcken, suivre le grec : car l'ordre le plus naturel, pour les trois groupes, entre lesquels les Barbares y sont subdivisés, serait : Chaldéens, Egyptiens, Hellènes. Mais, sans répéter une fois de plus qu'Aristide est peu préoccupé d'une composition savante et se soucie plus du fond que de la forme, on peut ajouter, qu'il y a dans l'ordre que nous admettons une gradation véritable : la religion la plus sotte est celle des Egyptiens : « Les Egyptiens, plus stupides et plus insensés que les autres, sont tombés dans l'erreur plus que tous les peuples2. » Peut-être aussi faut-il tenir compte de ce fait, qu'à l'époque où écrit Aristide, les Egyptiens font partie de l'empire romain. Les véritables Barbares, ce sont les Orientaux de la région de l'Euphrate et du Tigre, les Chaldéens, pour quiconque vit à l'abri de la paix romaine 3.

Il y aura toujours quelque incohérence entre le chapitre xiii, sur les idoles, et le chapitre sur les Egyptiens, quel que soit l'ordre qu'on ait accepté pour ce quijDrécède ; et Geffcken le reconnaît. Le chapitre sur les Egyptiens n'apparaît que comme un intermède, après lequel l'auteur

i. On peut aussi reconnaître dans l'épithète (ica'.oQâvaTOç (lire ainsi avec Seeberg et Geffcken), attribuée à Adonis, la marque d'une époque où les fSîdtoÔâva-ot jouaient dans la magie un rôle important.

2, Chap. xii.

3. Le détail de la polémique contre les Égyptiens n"a pas besoin d'être relevé ici. il y a des divergences entre le syriaque et l'arménien, et il est difficile de dire si elles proviennent d'additions ou de suppressions. Ce qui est sur, c'est que la discussion garde un caractère très élémentaire, et ne suppose aucune érudition proprement dite.

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revient aux Grecs, adorateurs des idoles. Mais Le texte grec porté une retouche manifeste, Lorsque, après avoir dit, comme Le syriaque : leurs poètes el leurs philosophes, il ajoute : je dis ceux des Chaldéens, des Grecs et des Egyptiens1. On est donc naturellement incliné à donner encore la préférence au syriaque, qui se débarrasse des Egyptiens, au début du chapitre sm, par La courte phrase de conclusion que j'ai citée plus haut, e1 ne parle plus ensuite que des Grecs; el Seeberg ;i en outre raison de dire que l'éloge des (liées « qui surpassenl cependant 9 — c'est-à-dire : malgré Leurs errreurs en matière de religion, — « tous les peuples par leur esprit <!<■ conduite el leur logique », ne peut guère avoir été ajouté par Le syriaque : c'est, donc celui-ci qui a chance de représenter Le texte primitif?

La critique des Juifs, au chapitre xiv, se fait remarquer, comme je l'ai dit déjà, par sa modération. La concordance du syriaque et de l'arménien parait garantir qu'il n \ 'tut pas même fait allusion à leur refus obstiné de reconnnaître la mission du Christ et au crime dont ils s'étaient chargés par son supplice. Aristide proclame au contraire que. par leur monothéisme, ils se sont approchés de la \én téplus près qu'aucun autre peuple. Leur morale aussi est supérieure à celle des païens, et pareille à celle des chrétiens par L'amour du prochain et la charité. Le grand reproche qui leur esl fait, es1 de rendre un culte ,ni\ anges. Il est très malaisé, quand les écrivains chrétiens adressent aux Juifs cette critique, de discerner s'ils entendent seulement que les Juifs fixent leurs fêtes d'après le cours des astres, ou s'ils \iscnt le culte des anges qui - es( développé dans Le judaïsme de basse époque . Les termes dont se sert Aristide n'impliquent rien, si on Les prend .'i la lettre, qui dépasse la première interprétation.

i. Outre qu'il va de soi que poètes et philosophes ne convient bien que pour les Grecs, la retouche se trahit par sa gaucherie : *'/'■' a-jTr.>v na't ptXôiroçot, tcôv t: XaXâottuv v.x\ 'EXXVjvttv /.a. A!- -.-:.'.'>...

i. Cf. Geffcken, p. s:;.

Le tableau que trace ensuite Aristide de la vie chrétienne est. on ne le conteste guère, la meilleure partie de son Apologie. Le ton en est simple et digne : les faits y parlent seuls, et YEpitre à Diognète. écrite et composée avec une habileté bien supérieure, n'estpas aussi touchante peut-être que cette candeur. La meilleure propagande, c'était la pureté et la charité des églises primitives. La meilleure apologie, c'était la peinture sans rhétorique de ces douces et innocentes vertus. On se sent encore ainsi tout près de l'âge apostolique ; on comprend que le christianisme primitif apparut moins comme une nouvelle doctrine, que comme un mode nouveau de vie spirituelle, et une immense espérance; et il y a si peu d'égoïsme dans cette manière de parler de soi, qu'Aristide a réussi dans ce qu il y a de plus difficile au monde : se louer soi-même sans choquer personne ' .

11 est inévitable qu'une Apologie ainsi conçue soit encore très peu chargée de dogmatique. Cependant les articles essentiels de la foi sont indiqués clairement : non pas seulement le monothéisme, mais la qualité de Fils de Dieu et celle de Messie, revendiquées pour Jésus ; sa naissance miraculeuse; sa mission divine, et sa résurrection. Le christianisme est aussi très nettement distingué de toutes les autres religions comme une doctrine « divine » ; l'exposé qu'en donne Aristide ne vient en rien « de lui-même » ; il est d ailleurs « sommaire ». — l'auteur le fait remarquer. — et pour une initiation plus complète, il faut recourir aux Ecritures: ce sont elles qui contiennent la foi et l'authentiquent.

L'Apologie d'Aristide présente donc la plupart des caractères du genre, mais encore enveloppés. Il y entre deux éléments principaux : un élément négatif, qui est la polé-

i. Geffcken a fort justement noté combien le ton de l'apologétique juive est d'ordinaire plus provocant. — Le seul fait qu'Aristide, parlant de ses coreligionnaires, dit toujours : ils, et non pas : nous, contribue à produire une tout autre impression; Aristide emploie cette formule plus modeste, non pas par calcul, mais par l'effet d'une délicatesse toute spontanée.

l\l\ LES APOLOGISTES GRECE

mique contre les fausses religions; an élément positif, qui est l'exposition de la vérité chrétienne. La polémique est superficielle el banale; <-l l< - sait, cependant, B'en tenir à I essentiel : elle procède par une discussion directe, franche, s;> ns rouerie cl sans aucune recherche de ces effets faciles, dont n'abuseront que trop les apologistes postérieurs; elle

l'ait appel au sens commun, cl admet en principe que par

les lumières naturelles on atteint à la notion d'un Dieu unique, qui a créé le monde cl continue à le gouverner. La révélation nous donne seule la plénitude de la vérité religieuse. L'Ancien Testament fonde celle-ci; Jésus-Chris! la complète par son incarnation et son enseignement, el la garantit par sa résurrection. Aristide l'expose très brièvement, en partie parce qu'une Apologie n'esl jamais qu'une préparation à la foi, beaucoup aussi parce que la doctrine est encore pour lui quelque chose d'extrêmement -impie, el de lumineux par sa simplicité même. Il s'attache donc presque uniquement à ses résultats pratiques, à cette rénovation qu'elle opère de toute la vie humaine. I ne discussion juridique, un examen de la légalité des poursuites dirigées contre les chrétiens font complètement défaut; et ne paraissent pas entrer dans son plan: il se borne à dire que les chrétiens « sont prêts à sacrifier leur vie pour le Christ )).

Il ne faut donc pas trop mépriser Aristide. Son mérite n'est même pas uniquement dans la sincérité attirante que personne ne lui dénie; il est aussi dan- un effort assez heureux pour cire clair avant tout; dans une tendance louable à ramener le débat à quelques idées très générales. Qu'avec cela sa culture littéraire soit médiocre, el -<>n talent modeste, on l'accordera volontiers. Sa force est celle «lu christianisme à cette date, plutôt qu'elle ne lui appartient en propre; elle vient d'une adhésion confiante, joyeuse, à deux ou trois grandes croyances très simples1; du sentiment profond que ces croyances sont capables de renouve-

i. Monothéisme; mission divine de Jésus; résarri lion.

1er l'âme et qu'elles prouvent leur vérité par leur efficacité morale; de la certitude que la culture antique est désormais dépassée; que la fausseté des principes d'où elle découle est démontrée ; qu'une nouvelle source de vie est ouverte, et va rafraîchir le monde.

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