‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 17 sur 128 · I. — Sa formation intellectuelle. — Sa conversion · texte numérisé non relu

I. — Sa formation intellectuelle. — Sa conversion

!)c tous ics Apologistes dn h'' siècle, le plu- important est incontestablement Justin. Ce n'est pas qu'il ><>il parmi <u\ L'esprit le plus vigoureux ci le plus cultivé, ou Le meilleur écrivain : Tatien est beaucoup plus original (pic lui. el Vtlicnagore a beaucoup plus de savoir et <!<• méthode. Mais Justin était plus qu'aucun autre altéré de vérité, ci. quand il se croyait en possession de la doctrine véridique cl salutaire, d éprouvail un besoin aussi impérieux de i;i communiquer aux autres qu'il s'était senti personnellement obligé d'en poursuis rc la conquête, au prix de tous le- efforts et de tous les sacrifices. Cette loyauté, ce zèle qui éclatent dans tout ce <pi d a écrit, expliquent qu'il ail le premier posé assez nettement un certain nombre de questions dogmatiques essentielles, qu'il fallait bien résoudre dès qu'on ne se bornait plus à répéter le- formules de la loi. cl qu'on soumettait à la réflexion. C'est un témoin incomparable du développement auquel ('tait parvenu le christianisme au n" siècle, cl sou témoignage serait plu- précieux encore, si nous possédions, avec le- Apologies cl le Dialogue -

Traité (luvTavua ) contre touies les hérésies, Comme nous

connaissons son attitude vis-à-vis du paganismi romain et du judaïsme, nous connaîtrions alors ses objections aux principaux systèmes hétérodoxes; nous -en, mi-

plus sûrs de saisir exactement sa pensée, dont l'expression varie en quelque mesure, selon les lecteurs auxquels il s'adresse; et qu'on ne peut, par exemple, chercher dans les Apologies sans avoir constamment présent à l'esprit le Dialogue. Cependant, dans tout ce que nous avons conservé de lui. les principes sont les mêmes. Justin est profondément chrétien, et le christianisme est pour lui une religion révélée, une religion d'autorité. La réalisation des prophéties, voilà ce qui a fondé sa propre conviction, et ce qui fonde son argumentation, aussi bien quand il travaille à convertir les païens que quand il réfute les Juifs. L'Ancien Testament est le livre de la vérité, sans lequel le christianisme n'aurait pas ses titres. — Mais, en même temps. Justin se présente comme un philosophe, et le christianisme est pour lui « la seule philosophie solide et efficace l )).I1 est donc essentiel, et parfois il est difficile, de définir exactement en quel sens et à quelles conditions il a cru possible l'entente de la religion et de la philosophie. C'est une question qui a deux aspects. D'abord, en théorie, quel jugement portait-il sur la philosophie? Puis, en réalité, quel usage en a-t-il fait? était-il assez imprégné d'idées platoniciennes et stoïciennes, y était-il assez attaché pour que. par des emprunts voulus, ou par une tendance inconsciente, il en ait fait pénétrer quelques-unes dans la doctrine traditionnelle de l'Eglise? En étudiant ce qui nous reste de ses œuvres, je m'attacherai presque exclusivement à cet examen, mais il est nécessaire de rappeler d'abord ce qui se laisse entrevoir de ses origines, de sa formation intellectuelle avant sa conversion, de la situation qu'après cette conversion il occupa dans l'Eglise2.

i. Dialogue, VIII, i.

2. Je n'ai rien à dire de particulier au sujet de la chronologie des écrits de Justin. La première Apologie est datée des environs de ioo par le témoignage de l'auteur lui-même (chap. xlvi). Le Dialogue est postérieur (chap. cxx). Je m'expliquerai dans un appendice sur le rapport de la seconde Apologie avec la première. — Je crois inutile aussi de donner une bibliographie: tout le monde connaît les ouvrages de Semisch. d'Aube, d'Engelhardt, les études de Zahn et de Harnack. Les

48 LES IPOLOGI8TE8 GBW -

Justin, lils de Priscus, petit-fils de Bacchius, était il origine païenne; il étail incirconcis * . [1 a commencé par être philosophe. Faut-il se le représenter cependanl comme un Hellène nourri dès son enfance des pures traditions helléniques, el < ] 1 1 i en était uniquement nourri!' S;m> contester aucunement l'importance <lu fail qu'il esl né païen, il y a lieu d'en douter. Peut-on oublier <ju'il est né Flavia Neapolis, ville de Syrie Palestine; » c'est-à-dire dans une ville orientale, dans un milieu tout autre que celui de Thessalonique, Vthènes, Corinthe ou Rome*? Dès l"iles idées juives, le monothéisme juif, la morale juive n'ont pu être ignorés de lui. à aucun momenl de Bon existence. Il nous dil lui-même*, il est vrai, qu'il a connu assez lard les Ecritures, «ju'il avait d'abord traversé toutes les écoles, et pensé quelque temps que le platonisme donnernil satisfaction aux besoins de son aine ardente. Acceptons son témoignage, quoique le récit de -;i conversion, au début du Dialogue, soit visiblement stylisé*. Ce récit, tel

derniers travaux où les questions que j'envisagerai à peu près uni ment, ont été examinées, sont ceux de Feder : Jus tins des M.rrlrrers Lehre von J. Chr. tient Messias und menschgewordenen Sohne '• Fribourg, 1906, et de l'faettisch : Der Einfluss Pin tu'. s au f die Thet Justins des Mwrtrrei -s, l'aderborn, 1910. — Ce qoi a été 'lit de plus précis et de plus juste sur les mêmes questions, est. a mon avis, la Dogmengeschichte de Hamack (t. I). On verra sur quels points je Fais cependant des réserves. Je traiterai à part des écrits pseudo-justii

1. Ap.. I, 1 : Dial. XXVIII, a, [«jôé BurtdÇeTe r.'.n-.ilzx: xtp in — Dial., CXX. 6, il s'appelle Samaritain et se dit de même que Simon Le Magicien, tandis qu'Apologie, LUI, :>. il opp isant

nous, les chrétiens '.'>.•,<;. aux chrétiens àirb 'Iou&attuv v.s.: Eap.3

Page 1