‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 26 sur 128 · Mal, IV · texte numérisé non relu

Mal, IV

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^pufftxai ëvvoiai, aux idées innées, révèle ici l'influence stoïcienne, et, ce qui est particulièrement intéressant, c'est de voir Justin continuer ainsi : « \tis-i me semble-t-il que Notre-Seigneur Jésus-Christ a «lit el bien <lit que deux commandements résument toute la justice el toute la piété: Tu aimeras ton Seigneur de tout Ion cœur et de Ion!'- tes forces, et ton prochain comme loi-môme1. » \in-i I un pourrait conclure strictement que Jésus-Christ nu rien apporté de nouveau. — en quoi 1 on dépasserai! assurément la pensée de Justin2. Cette pensée reste celle qu il avait exprimée dans les Apologies. S il ne parle pas du « verbe séminal )), du arrivj./ Xéyo'J ep.(poTOV 3. c'est peut-être surtout parce que cette lois la discussion est conduite contre les Juifs4; c'est sur le terrain de l'interprétation des Ecritures que Justin va se placer, et il n'a aucun besoin de faire appel à la terminologie stoïcienne ou platonicienne ".

Il a bien fallu que Justin examinât, dans le Dialogue, très en détail, ce qu'il avait négligé d'exposer dans

1. Ce texte est assez curieux, pour montrer jusqu'où l'habitude d'emprunter les formules de la philosophie entraîne Justin : il me semble que Jésus Christ a eu raison de dire, ainsi s'exprime-t-il, comme il eût 'lit : il me semble t/tte Platon...

•2. En effet, il conclut aussitôt, subtilement, que le premier commandement, en prescrivant d'honorer Dieu de tout son cœur, implique qu'on honorera aussi le Christ.

I!. Du reste nous ne savons pas le rapport chronologique du Dial et de la Deuxième Apologie, seul ouvrage de Justin où apparaisse le séminal, llarnack. Dogtnengeschichte, I1. p. J7". es! d'avis que l'on ^ < > i t

par là, que le verbe séminal n'a pas d'importance fondamentale pour

lui ». A mon sens, on peut dire que la formule stoïcienne : '•• ;::«;

n'a en effet rien d'essentiel pour Justin, et je crois que je viens de le montrer. Mais si elle n'esl qu'une formule, si elle ne contient ri< plus que l'idée de la raison individuelle, — comme je crois aussi l'avoir montré, — Justin ne renonce aucunement a cette idée et à ce qu'il en lire, au moment où il écrit le Dialogue', même il n'a nulle part, on l'a vu, exprimé plus catégoriquement la capacité de la raison.

.'t. Je n'entends pas contester par là que le Dialogue ne Boit pas . cipalemeni à l'adresse de lecteurs chrétiens, plutôt qu'à celle

5. Je dis terminologie, car, je le répète, l'idée de Justin est, an fond, extrêmement simple; elle c'est, a proprement parler, ni stoïcienne, ni platonicienne.

Y Apologie : à savoir le rôle particulier du peuple juif et la raison de son privilège. Mais ce peuple a-t-il eu vraiment un privilège? On ne peut dire que Justin le croie. Bien au contraire. La Loi n'est pas un don gratuit que Dieu lui ait fait par amour, pour lui assurer une supériorité sur les nations païennes; elle a été rendue nécessaire par ses défauts. Qu'est-ce que cette Loi de Moïse? « Il y est prescrit de faire ce qui est bon, pieux, juste selon la nature; de plus, à cause de la dureté de cœur du peuple, elle contient d'autres ordonnances, qu'accomplissaient ceux qui v étaient soumis1. » Cette dureté du cœur des Juifs, leur indocilité, voilà, répète-t-il sans cesse, ce qui a motivé ces ordonnances particulières. Quel est donc le privilège de leur race? On peut dire, sans exagérer, qu'il se concentre dans l'inspiration accordée à quelques élus : les prophètes, dont les prédictions, conservées dans l'Ecriture, établissent, avec une évidence à laquelle nul homme de bonne foi ne peut, selon Justin, se refuser, la certitude du christianisme par les réalisations de l'histoire, par des preuves de fait. Le caractère unique de la prophétie est encore plus vigoureusement marqué dans le Dialogue que dans Y Apologie, « II y eut, il y a bien longtemps, bien

i. XLV, 3. Cette phrase est un exemple frappant de la maladresse avec laquelle Justin ébauche l'expression d'idées qui sont en ellesmêmes très simples. En voici le texte : <( Kal yàp iv ~u> Mwalw; vofi-w ia yûffet y.a),à xai Sixaia xai sùffE^r, vEvoixoOir/jTat izpà-jiv/ toi; tcsl6o^.îvoic a-JToT;, xai Ttpô; 3/./.rlp0/iap5'!a,> Sî toO XaoO 2:a-:a-/6Év7a -/•vsa'f)a'. ôjioiw; àvayévpaTiTa:, a xai eupa—ov ol \jtc6 tôv vô[xov. Il faut bien se garder de soupçonner d'altération les mots tch; TCsiÔoyivoi; aù-roï;, comme aussi de supposer que le pluriel a-jToî; = toÏ; èv râ vôfAw. A'jtoïç = toi; 'fûasi /.a).oï; xai z-jaz^ïa'. xai Stxaioi;. Un décalque barbare donnerait ceci : « Dans la Loi de Moïse, les choses bonnes, justes, religieuses par nature, sont prescrites à ceux qui leur obéissent ». A ceux qui leur obéissent, parce que, sur ce point, la Loi mosaïque ne fait que sanctionner la morale naturelle, qui s'impose aux Gentils comme aux Juifs mais qui, chez les Juifs comme chez les Gentils, n'est appliquée, observée que par ceux qui le veulent bien. Pour comprendre Justin, comme certains écrits du Nouveau Testament, comme les papyrus populaires, il faut s'imposer de suivre scrupuleusement le tour plein d'imprévu et de gaucherie apparente; on s'aperçoit alors le plus souvent qu'il exprime exactement une pensée tout à fait élémentaire.

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avant tous ces prétendus philosophes, des hommes bienheureux, justes, chéri» de Dieu. <|ui ont parlé par I Esprit Saint, et prédit l'avenir par des oracles qui Be réalisent aujourd'hui : on les appelle prophètes. Seuls ces hommes ont vu la vérité et l'ont révélée aux autres : sans précaution, ni crainte1, sans ambition de gloire, il> <>nl dit seulement ce qu'ils ont entendu et vu. alors <|ii 'ils étaient remplis de l'Esprit Saint Ce n'esl pas par démonstration qu'ils ont parlé": ils étaient, au-dessus de toute démonstration, les témoins accrédités de La rente*. » M;iis. chose assez singulière, l'Ancien Testament ><■ lrou\e ainsi n'avoir guère d'autre valeur hieu réelle que sa typologie*; les prophètes ont préparé l'avenir sans que le passé paraisse avoir bénéficié proprement de leur inspiration. Le peu d'estime que Justin accorde à la Loi lui rend aisé de pratiquer un large libéralisme à l'égard de- Gentils. Il ne fait aucune difficulté d'admettre que la Loi ne sert en rien au salut : elle n'y fait pas obstacle, si on ne prétend pas 1 imposer aux autres, voilà tout . I >■• même que les chrétiens n'ont plus besoin de la Loi, \dam, Ahel, Hénoch. Lot. Noé, Melchieédech n'ont paa eu besoin de la circoncision, qui n'a été imposée aux .1 inique pour quon pût les reconnaître, le jour où viendrait pour eux le châtiment: ils n'ont pas pratiqué le sabbat; cependant ils ont plu à Dieu, « Nous savons que les prescriptions imposées à votre peuple pour sa dureté de cœur ne contribuent nullement à la justice et à la piété*. 0 Non

1. Allusion au mot du Timée, -8 C. cit.' Deuxième Apologie, X. preuve nouvelle de la supériorité des prophètes Bar Les philosophes

2. Ils n'ont eu besoin de rien démontrer en forme, et ils oui fourni ainsi au christianisme une démonstration. Les chrétiens seuls avancent certaines vérités Bsico; et ■>.::' àuoôetÇewi; Première -'/'.. X\3 .

:,. VII. 1 : cf. LXXXVI1 et alias,

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