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est sans doute entre ces deux extrêmes. Comment Justin a-t-il procédé, pour se mettre au courant des systèmes? D'abord, — selon la manière habituelle à toutes les époques de l'antiquité, — par l'enseignement oral; en fréquentant les écoles. C'est ce que nous apprend le début du Dialogue, où tout ne doit pas être pris à la lettre, mais où nous avons vu que les grandes lignes du récit peuvent être regardées comme exactes. La caractéristique que Justin donne de chaque école est, il est vrai, très superficielle, et même parfois un peu surprenante. Il est difficile de démêler dans quelle mesure la faute en revient à Justin, dans quelle mesure à ses maîtres. Nous ignorons absolument ce que pouvait être, en réalité, renseignement du stoïcisme, du platonisme et du pythagorisme, à cette époque très éclectique, dans une petite ville de province1. Il est donc loisible de supposer que l'érudition philosophique de Justin était peu étendue et encore moins profonde. Est-ce une raison suffisante pour lui refuser même le mérite d'avoir lu tout au moins quelques dialogues de Platon? Incontestablement, presque toutes les citations que Justin en a faites 2 se rapportent à des passages très connus, à des formules devenues courantes. Mais il n'était pas malaisé, au ne siècle, de se procurer des exemplaires des dialogues. Que Justin n'ait pas pris cette peine, cela est tout à fait improbable de la part d'un esprit aussi sincère que crédule. Que le même homme qui, avec une conscience presque pédantesque, veut mettre ses lecteurs païens au courant du contenu de la Bible, qui bourre de citations des chapitres entiers de Y Apologie et du Dialogue, ait dédaigné, pendant sa période philosophique, d'ouvrir la République ou le Timée, et s'en soit tenu à feuilleter un florilège, c'est contre
i. En admettant, comme je le crois, que les mots bi tîj y][ieTépot r.ôï-i, Bial., II. 6, ne peuvent s'appliquer naturellement qu'à Naplouse.
2. Geffcken, ib... La citation du Timée, 36 B.-C. : lyiacé\ a-Jrciv èv rw Ttavi: [Ap., I, LX), ne peut cependant (malgré la référence à Stobée, I, 358, W.) passer pour un de ces lieux communs qui courent partout; (exemples : oùtcx ÉXoyivou, Rép, 617 C, ou z!jçivj -.1 ïpyov, Timée, 28 C).
toutes les vraisemblances morales. Les livres de Justin révèlent avec une limpidité parfaite les traits principaux de
son caractère. On n a pas de peine à se figurer comment il travaillait; on le voit aisément, pendant sa période d initiation, bon élève entre tous, zélé jusqu'à devenir gênant, questionneur jusqu'à devenir indiscret; sorti de l'école, le
dernier sans doute, et en discutant encore avec son maître, si celui-ci n'est pas lassé de son insistance, il rentre dans sa chambre et passe encore une partie de la nuit avec ses livres. La fréquentation assidue de maîtres médiocres, une assez grande abondance de lectures mal digérées, voilà ce dont nous pouvons l'aire crédit, je crois, à la bonne volonté de Justin. A-t-il continué ces lectures après sa conversion? S'en est-il tenu dès lors à son acquis!' Il est impossible de le dire. L'essentiel est d'ailleurs, en examinant quelques-unes de ses principales doctrines, de constater s'il y entre un apport philosophique, et si cet apport est de bonne qualité.