‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 38 sur 128 · LXIII · texte numérisé non relu

LXIII

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g8 LES APOLOGISTES GR1 I -

tion de la divinité de .Irsns se fonde pour Justin Bur deux arguments principaux : le rôle que joue le Verbe dans la Création, et l'attribution à ce même Verbe des théophaniea de l'Ancien Testament; toute cette démonstration remplil une grande partie <!n Dialogue. Il semble que, quand il éloigne Dieu le plus possible du inonde. Justin >oil surtout guidé par la pensée de justifier l'existence du V erbe. ( lomme il impute le mal moral uniquement à la défaillance de l'homme, et qu'il est aussi éloigné que | >< >--i l»l<- de I attribuer à l'influence de la matière, considérée comme mauvaise en elle-même, il n'est, en réalité, préoccupé de le séparer de la matière que pour le distinguer des idolevulgaires, fabriquées de bois et de métal, ou du Dieu immanent des stoïciens, qui se résorbe dans le chaos primordial lors du renouvellement du monde par la conflagration finale1.

Je ne crois donc pas très exagéré de soutenir que Justin ne construit son concept de la divinité que d'après un idéal moral et religieux: qu'il ne se place point à un point de vue proprement métaphysique; qu'il n'examine le problème de la transcendance que sous son aspect théologique. Il reste assurément du platonisme dans son langage, mais ces formules platoniciennes, donl il revêt sa pensée, étaient un peu le bien commun de tous. Dans Y Apologie, ce qui lui importe avant tout, c'esl de définir Dieu comme la perfection morale, pour mettre un abîme entre lui et ces divinités auxquelles on prête tan! d'aventures scandaleuses, et comme immatériel, pour qu on ne puisse pas le confondre avec les idole-. Sa première profession de foi, et celle qui ressemble le plus à un sym-

i. Première Ap., XX , -, svaXûeofiai :'. iriip. On M>ii par cette phrase que Justin interprète au fond le stoïcisme 'i.ms le sens <i'im théisme; le Dieu si oie ii mi est pour lui personnel, sans être éternel. Un esprit .ni->i religieux que Justin devait être < li >[>< >-.• d avance ■< prendre •< la lettre les ex,] sinus de ceux qui s'exprimaient sur la divinité comme |>.u- exemple Epictète), en des termes qu'un chrétien n'eût pas désavoués, tant qu'on n'en ramenait pas expressément la signification aux principes <lu système.

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bole\ commence par le qualifier de l'épithète « le plus véritable, tov aXTuQéoraT-ov, » pour l'opposer aux démons dont il est question dans le chapitre précédent, et continue en l'appelant « père de la justice, de la tempérance, et de toutes les autres vertus, et pur de tout mélange de mal ». ce qui a pour conséquence qu'il veut un culte pur2. Quand il expose ensuite que ce Dieu a créé le monde par bonté, à cause des hommes, il se rencontre sur le premier point avec Platon, et sur le second avec le stoïcisme; il n'ignore pas cette concordance, mais il trouve dans la Bible de quoi se dispenser de recourir à la philosophie. L'insistance avec laquelle il proclame la toute-puissance de Dieu est motivée par le désir de rendre croyable la résurrection 3. En célébrant sa providence, à laquelle rien n'échappe, il n'oublie certainement pas les litanies du stoïcisme, mais il n'a plus besoin de s'en inspirer. Quand il maintient que l'œuvre divine est immuable aussi bien qu'éternelle, qu'elle est supérieure à toutes les choses changeantes4, il entend proscrire toute conception anthropomorphique ou idolàtrique du Dieu suprême. Il est à noter que dans le chapitre où ses expressions sont le plus proches du platonisme \ il critique expressément la théologie stoïcienne; par contre, il garde sur celle de Platon un silence qui suffit à prouver que, comme toujours, il maintient une distance entre les deux écoles ; il ne dépend plus directement de Platon ; il reste cependant en accord avec lui, en le complétant.

Mais il se soucie tellement peu de transcendance 6 au sens rigoureux du mot, que, quoi qu'il attribue, — nous

i. Première -4p., VI.

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