‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 40 sur 128 · IOO LES APOLOGISTES GRECS · texte numérisé non relu

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allons le voir, — l'exécution du plan créateur au Verbe, il n'a aucunement l'intention de nier, ou même de voiler toute intervention du Père dans la création. La preuve en est que très nombreux sonl les textes de I ipologie où, simplifiant les choses el soucieux d'enseigner seulement le monothéisme et la doctrine de la création, Justin parai! confondre le Dieu père el le Démiurge1. Comment, -il avait eu une répugnance i'i les rapprocher, aurait-il pu en venir, pour retrouver chez Platon un emprunt à la Bible mal comprise, à interpréter le texte du Timée sur l'âme du monde de telle façon que le Démiurge platonicien est identifié avec le Père des chrétiens, et l'âme du monde avec le Verbe2? Ailleurs, il est vrai, il s'exprime tout autrement, et le texte qui traduit sans doute le plus exactement sa pensée est celui du chapitre lxiv de la Première Apoloyie. où il distingue entre la conception et l'exécution de la création. Mais ce texte même, bien interprété, n isole pas strictement le Dieu Père de l'exécution8.

Justin a donc pour objet de séparer Dieu du monde et

i. Première Ap., VIII, X, XIII. Ce dernier texte notamment réunit, d'une manière caractéristique, l'œuvre de la création et celle de la Providence. — Cf. aussi le curieux fragment du Contre Marcion rapporté par Irénée, IV, 6. oti aùréô tû Kvptu ov8' av licei<Ai\\ SXkos Bebv xataYYéXXovn Ttapà tov 8ï|u.toupYÔv. Le démiurge ne peut être ici que le l'ère.

i. Première Âpol.: LX ; Tintée, 3(3, B-6. Il ne faul pas, du reste, conclure de ce texte trop de choses, car Justin, — c'est par là que se trahit la médiocrité de son esprit, — a l'habitude de concentrer exclusivement son attention sur chacun des problèmes qui l'occupeni successif ement, et d'oublier, tandis qu'il les résout, leur relation avec les autres. Ici il veut dépister un emprunt de Platon a la Bible; il ne ><• demande pas s il ne t'ait pas tenir au Père une autre place que celle qu il lui attribue habituellement, pas plus qu'il ne se demande si. en identifianl le Verbe et l'âme du monde, il ne risque pas de rendre le Verbe immanent au monde.

li. Il faut remarquer d'abord, que, comme le texte précédent, celui-ci ne fait pas partie d'un expose systématique de la création; il par une interprétation allégorique de la libation d'Athéna, compai celle du Verbe. Kad rfjv *A8tjv5v 8è 6|xotct>ç n Ëpccffav, oùx kiA \s:\im:. à))' Iitet5v| êwotj8évta tov Qsov 8ià noiYJvat S^veoffav. I>e plu-, il est douteux que Bià \byov se rapporte i -',:f7j:: .luslin aurait ilit plutôt, s'il avait construit ainsi, tùt toî /v;v.: il semble

préférable de construire ÉwovjOévra Btà >v o-..

de la matière, mais il ne pousse pas ce souci jusqu'à le reléguer, inactif et dédaigneux, dans une froide transcendance. La transcendance, — si l'on tient au mot. — consiste pour Justin, non point en ce que le Dieu Père n'exerce pas d'action sur le monde, mais en ce qu'il ne se révèle pas directement aux hommes. C'est ce que montre bien le Dialogue, dans tout le long développement consacré aux théophanies de l'Ancien Testament. Toute cette discussion répond à une exigence de Tryphon, qui, au chapitre lv, a demandé à son interlocuteur de prouver « qu'il y a un autre Dieu que le Créateur de toutes choses. » Pour retrouver ce Dieu dans l'Ancien Testament, Justin doit nier que ce soit le Père qui se soit montré à Abraham ou à d'autres patriarches. C'est ce qui le conduit à dire que « Dieu demeure toujours dans les espaces i supra-célestes », que « le père et créateur de l'univers n'a jamais quitté sa demeure supra-céleste, pour apparaître dans un petit coin de la terre'2. » Ce dernier passage est important, parce que Justin dit qu'aucun homme doué d'intelligence n'oserait prétendre le contraire; il regarde comme une notion de sens commun que le Dieu souverain ne peut être va; et cela montre le lien entre sa pensée chrétienne et sa pensée philosophique de jadis. Il serait donc inexact de pousser la thèse que je soutiens ici jusqu'à dire que Justin ne relègue son Dieu au delà du monde 3 que parce qu'il veut donner un rôle au Verbe. Mais les textes de Y Apologie que j'ai cités sont suffisants pour montrer qu'il n'entend pas non plus intercepter toute communication entre le Dieu Père et le monde4. Son embarras, et, si l'on veut, l'aveu implicite que certaines questions ne peuvent être traitées en langage humain que par approximation, se laissent bien

i. Je suis obligé de traduire le neutre toï; par espaces, mais je trahis ainsi Justin, qui, grâce au grec, peut se servir d*un simple article neutre, beaucoup plus vague.

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