‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 43 sur 128 · IOG I^ES APOLOGISTES GRECS · texte numérisé non relu

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tionnc pour Justin la transcendance du Père, el non poinl celle-ci celle-là '.

Justin n'a donc, en ce qui concerne sa doctrine Bur le Dieu Père, aucune originalité réelle. Car ce n'en est pas une que de nier, contre le matérialisme <!«• certains rabbins, que le Père ait un corps, des mains, des doigts, etc.,' et, si l'on vcul retrouver en ceci une influence de la philosophie grecque, il n'est pas besoin d'imaginer que Justin soit une sorte de prédécesseur du néo-platonisme. !i est simplemenl d'accord avec une conception de l;i divinité qui était déjà très répandue en son temps, dans des milieux assez divers ; il fait front à la l'ois contre l'anthropomorphisme juif et contre l'anthropomorphisme païen. Ce qui lui est plus personnel, c'est que sa réflexion, éveillée ainsi sur le problème de la relation du Fils au Père, l'a conduit à étudier ce problème, sinon sous tous ses aspects, du moins sous les plus essentiels. Justin le premier, ( 1 ; » r i ~ l'histoire de la littérature chrétienne, a employé le mot Geo^oyetv8; c'est un système de théologie en effet qu'il en vient à ébaucher, système très insuffisant encore, mais qui a tout au moins le mérite d'indiquer les questions.

Le rôle du Verbe dans la création lui semblait prouvé par un texte essentiel de l'Ancien Testament : celui des Proverbes. VIII. 22-26, qu'il cite deux fois dans le Dialogue (LX1. 1. et CXXIX, 3) : Le Seigneur m'a établie* (ebreure)

1. Pf'aettisch p. 86) est d'un ;o is contraire. I n^tin aurait été forcé, selon lui, de prendre le Verbe pour Démiurge, parce qu'il avait accepté 1 idée platonicienne de la transcendance. Dieu !<■ Père peut bien concevoir la pensée de faire le monde, mais il répugne à sa dignité de réalis

pensée. » Il serait plus exact «le dire que .lustin ne croit pas que 1 r-prit

humain puisse B'élever jusqu'à une connaissance directe de la divinité; l'enveloppe corporelle qui le revêt l'en empêche. Mais la dignité du Père n'est en rion intéressée ici; an contraire m bonté le décide a 1 œuvre

Créatrice, que le Fils accomplit en son nom.

i. Dialogue CXIV.

3. Dinl. LVI, ii. — CXXIII, . I i sens est un peu différent dans chacun des deux passag s Sur l'histoire du mot, i t. Barnack, Dogme*geschichte, I \ J83.

j. La Sagesse, identifiée par Justin avec te Verbe.

comme principe de ses voies pour ses œuvres ; il ma fondée dans le principe, avant le temps, avant de faire la terre, et avant de faire les abîmes , avant que les sources des eaux eussent jailli, que les montagnes eussent pris leur assiette; avant toutes les collines, c'est moi qu'il engendre. Ce texte, plus que tout autre, a déterminé les idées | de Justin, qui ne répugne en aucune façon à attribuer au Père le titre de créateur. Il le fait chaque fois qu'il donne la formule de la foi, et réserve alors au Ghrkt l'épithète de Sauveur1. Il a parfaitement conscience qu'en n'associant pas le père à à la création, il risquerait de fournir des armes à certains hérétiques. L'emploi constant du mot -rcpwTÔTroxo»;, premierné, pour désigner le Fils, rappelle que celui-ci n'est qu'un instrument, et que le Père est véritablement « cause », amo>;2, de tout ce qui existe. Le Père est étroitement associé au Fils dans le commentaire sur l'emploi du pluriel dans le texte de la Genèse ï, 26-28 : « Faisons l'homme à notre image3 ». Quelle est, dans cette association, le rôle particulier de chacun? Justin, — dans les écrits que nous avons conservés de lui, — n'a nulle part serré de près le problème. C'est incidemment qu'il a laissé voir son intention avec une certaine clarté. Dieu conçoit le plan de la création, et le Verbe l'exécute, tel est le principe; mais l'analyse

1. Formule du baptême, Première Apol., LXI, 3. èu'ovo^aToçToGTt/TpoîTûv 8Xmv xai Seottotou 6sou x-al toù crwrrjpoç ^[xûv 'r^troû Xptaroû xai uvEUfiaToç ày:o-j. — Le Père est xt;otï]ç, par exemple Deuxième Apol., VI, 2 : le Dieu suprême n'a pas de nom, mais seulement des qualifications tirées « de ses bienfaits et de ses œuvres » (ib.)\ il est appelé démiurge, Première Apol., VIII, 2, XIII, dans une énumération des trois personnes divines.

2. Chap. LXV, 4, du Dialogue, Justin cite Isaïe, XIII, 6-10, et, d'après l'explication qu'il donne de ce texte, le Fils est interpellé par « le Seigneur Dieu, qui a fait le ciel et l'a solidifié, qui a affermi la terre et ce qu'elle contient, qui a donné un souffle aux peuples qui l'habitent et un esprit à ceux qui la foulent ». Justin n'hésite pas à s'exprimer ainsi, parce que l'objet immédiat de sa démonstration est de trouver un texte où la divinité apparaisse dédoublée. Ailleurs, assurément, il s'exprime autrement, mais ces incohérences suffisent à prouver que la transcendance du Père n'est pas une des idées fondamentales de Justin.

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