VIII. — La doctrine de Justin sur la matière
Il semble donc que la dette de Justin envers la philosophie se réduise à assez peu de chose, tant qu'on se borne à considérer sa doctrine sur Dieu et la Trinité. Une tendance, — qui n'est pas rigoureuseument suivie et ne devient pas exclusive, — à séparer du monde le Dieu Père, une tendance aussi à utiliser, plus ou moins consciemment, pour définir la relation du Fils au Père, les idées stoïciennes sur le Verbe intérieur et le Verbe proféré, c'est en cela à peu près uniquement qu'elle consiste. Car, pour l'idée même du Verbe, qu'elle soit de provenance hellénique, orientale, ou égyptienne, Justin la reçoit certainement déjà de la tradition. C'est seulement dans l'interprétation qu'il en donne qu'il met à profit les habitudes d'esprit et la méthode qu'il doit à une étude assez superficielle de la philosophie. Les données du problème lui sont fournies par les formules mêmes de sa foi. C'est donc la forme ici qui est hellénique; le fond vient d'ailleurs.
Peut-être en est-il de même en ce qui concerne ses idées sur la matière, et peut-être aussi n'a-t-il pas mis plus de rigueur à discuter ce nouveau problème, qu'il n'en apportait à l'examen de quelques-uns de ceux que nous venons de passer en revue. Justin ne s'engage à fond que quand il y va du salut et de la morale ; sa pensée reste flottante, quand une question ne relève que de la métaphysique. A-l-il admis l'éternité de la matière, comme d'un second principe, à côté du créateur? A lire les pages où il analyse avec le plus de précision l'œuvre de la création, on ne peut s'étonner que beaucoup de critiques aient ainsi interprété sa pensée. Jl aime à dire
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que Dieu ;i tiré le monde «I une matière Informe1, et, quand il rappelle expressémenl < | « i < • telle es1 l'opinion <le Platon, il en prend texte pour constater, Bans aucune espèce «I»' blâme ou «le réserve, la parfaite similitude de celle thèse el de la foi chrétienne; il explique cel accord par un emprunl à la Genèse, sans insinuer aucunement, comme il 1 a fail ailleurs, qu'ici Platon ;iil mal compris le texte de I Ecriture1. Ordonner, façonner Le monde, l'amener de la confusion à L'harmonie, ce s< m i quelquesuns des termes dont il aime encore à Be servir. Mais, d'autre pari, il ue faut pas négliger d'observer qu'en plus d'un endroil il emploie volontiers, pour exprimer L'acte de la création <hi nommer le créateur, les termes -■ Teow)T7te, qui, sans exprimer nécessairement la création ex nihilo, y tendent plus visiblement encore que wîtew ou XTi<ro)ç8. Surtout, n'oublions pas avec quelle force Justin établit que Dieu seul est sans principe, que seul il n'est pas né. àyévv7)Toç; si nous nous en souvenons, nous aurons beaucoup <le répugnance à croire qu'il ait admis une matière éternelle. Pourquoi combat-il avec tant d'énerg au début du Dialogue. L'hypothèse d'une immortalité naturelle de l'âme, sinon parce qu'immortalité implique selon lui éternité? Reconnaîtrait-il une matière sans commencement, lui qui ne veul |>a- admettre des âmes inengendré Justin pose en principe ceci : << L'inengendré est semblable, égal, identique à l'inengendré, el ne peul s'en distinguer ni en puissance ni en honneur. Il s'ensuit qu il ne peut \ avoir plusieurs inengendrés : car, s'il 3 avail entre quelque différence, <>n aurait beau chercher, on ne pour-