‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 50 sur 128 · IX. — Sa démonologie · texte numérisé non relu

IX. — Sa démonologie

Les démons tiennenl une place si considérable dana la doclriiic de Justin que nous avons dû déjà indiquer maintes fois certains traits «le leur nature, <■! Burtoul montrer le rôle capital <jui leur est dévolu dans l'histoire de l'humanité; rôle (jui commence presque au lendemain de la création de L'homme et durera jusqu au drame final, jusqu'à la seconde venue du Sauveur. Ces allusions un peu rapides pourraienl laisser subsister certaines obscurités, si nous ne cherchions pas maintenant à exposer plus régulièrement la démonologie de Justin.

Il semble clair que Justin n'a pu avoir, à aucune époque, aucun doute sur l'existence des démons. J'ai «lit déjà qu'elle était pour lui comme un l'ait d'expérience. Il croyait, ainsi que tous ses contemporains, leur action facilement saisissable ; il la voyait partout, autour de lui, dans le délire et la fureur des possédés, comme dans les prodiges de toute espèce qu'en ce siècle de crédulité on entendait raconter sans cesse, et qu'il ne mettait pas plus en doute, en règle générale, que ne le faisaient ses adversaires. Son désaccord avec ceux-ci devait commence! quand il s'agissait de les expliquer. Mais très probablement, en ce qui concerne cette question comme plusieurs autres, il a dû passer du paganisme au christianisme sans presque aucune difficulté; il n'avait qu'à donner une forme nouvelle à une croyance qu'il partageait depuis longtemps.

Pour bien comprendre cette croyance, rappelons-nous d'abord qu'elle dérive dune théorie plus générale, celle qui établit l'existence, au-dessus de l'humanité, au d< le plus liant de l'échelle des créatures, d'êtres spirituels, c'est-à-dire, non point proprement immatériels, mais tonnés de la matière la plu- subtile, <'t qui habitent Les parties les plus élevées i'i b- plu- ténues de L'univers : les anges ou les <l<:m<>ns. si on prend ce dernier terme -an-

aucun sens péjoratif. Justin pensait-il, comme l'auteur de YEpinomis, comme Philon à la suite de celui-ci1, que chacun des éléments, chacun des étages du cosmos, en quelque sorte, doit avoir ses habitants qui lui sont propres, et qu'ainsi nous devons induire du fait que la terre, l'eau, les couches inférieures de l'air ont les leurs, que les régions supérieures de ce dernier en possèdent aussi; en sorte que, formés de la substance la moins épaisse et la moins grossière, ils sont, intellectuellement et moralement, doués de qualités très supérieures aux nôtres? Cela va de soi pour le second point, et c'est assez probable pour le premier, quoiqu'il ne l'ait jamais formellement professé. Il s'est borné à affirmer qu'il y a des anges, et à combattre très énergiquement les tenants d'un système selon lequel ces anges sont seulement des émanations temporaires de l'essence divine, pareilles à des rayons de soleil, qui brillent et s'éteignent tour à tour; il les considère comme des êtres permanents, indépendants, tout comme le Verbe, qui leur est supérieur, qui n'a pas le même mode de génération, mais qui porte leur nom aussi, parmi tant d'autres. Comme il voit de préférence toutes choses par leur aspect moral et religieux, on est disposé à penser que l'existence des anges se légitime principalement à ses yeux par les fonctions qu'ils ont à remplir, en qualité de ministres de Dieu.

Dieu, en effet, leur avait confié, dès l'origine, le soin de veiller sur les hommes et sur tout ce qui est sous le ciel. Mais les anges sont doués du libre arbitre; c'est le caractère qui leur est commun avec les hommes, et Justin y revient à satiété2. Il en est qui sont restés fidèles à leur mandat, tandis que d'autres ont enfreint les ordres qu'ils avaient reçus. Le premier qui a fait défection est celui que l'Ecriture appelle des noms de serpent, de diable et de Satan2. Nulle part il n'est dit qu'il ait commis aucune

i. Cf. Bréhier, Philon, p. 126-7.

Page 1