‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 53 sur 128 · LES H>OLOGISTE8 CRI CS · texte numérisé non relu

LES H>OLOGISTE8 CRI CS

Le Chris! venu, ils n'ont pas encore désespéré de la victoire. Leur chef a cru pouvoir tenter l'envoyé de Dieu, et n'a couru cjuTi un honteux échec1. Vidé de toute -<>n armée, il a recommencé lu lutte, Bans se décourager, aussitôt qu'a été terminée la mission du Christ, et, alors, il a pris une revanche apparente. Ce Bontles démons qui ont excité partout les persécutions contre I" christianisme naissant; ils ont répandu les calomnies don! les chrétiens sont victimes; ils ontaveuglé les magistrats <|ui détiennent le pouvoir, dans l'empire romain, H les oni emplis de rage; ces magistrats sont aujourd'hui comme de véritables possédés, apyovreç oatuLov.^vTE,-". La fécondité d'invention dont font preuve ces ennemis acharnés de la vérilé est inépuisable, et ils ont recouru à bien d'autres moyens encore : ils ont renouvelé, en suscitant les hérétiques, le môme stratagème qui leur avait paru déjà efficace, quand ils avaient inspiré les poètes, propagateurs de la Fable. Ils ont fait se lever, comme autant d'adversaires redoutables du christianisme, Simon le Magicien. Marcion, etc. Grâce à leur habileté consommée, la religion de Mithra présente certaines analogies trompeuses avec le christianisme3.

Mais toute cette fureur est impuissante. Les démons peuvent bien soulever la haine de la foule, exploiter la

ont réservé leurs faveurs à Sardanapale et à Epicure Deuxième Apol., I, 3).

i. Deuxième Apol., I. ■ : XII, 3; VIII, t. Dial. CXXV, \.

i. Les Démons onl l'œil si attentif à tous les dangers possibles, que, après comme avant la venue du Christ, ils onl continué de persécuter aussi ceux-là mêmes qui, Bans être chrétiens, ont travaillé ■ améliorer l'humanité, comme Musonius. Ils ont fail porter la peine de mort contre ceux qui lisent les livres d'Hystaspe et de la Sibylle, aussi bien contre ceux (,ui lisent ceux des prophètes et. aussi L'invitation a démolir la prétendue statue de Simon. Deuxième Apol., I.Y1. i .

'■'>. Par exemple la naissance de Mithra <lans une grotte; lustin admet que Jésus aussi, à Bethléem, est ne dans nue grotte Dial. < A \ \ \ III. 6 . — On peut regretter que Justin, d'ordinaire si généreux, Be soil exprimé en termes si violents contre les Ma i < -ioiiites. et que, semblant les soupçonner des crimes dont on accuse a toit les chrétiens, il les dénonce à la vindicte publique.

crédulité populaire, armer le bras des magistrats ; ils sont incapables d'arrêter la propagande chrétienne, et Dieu, qui pourrait d'un geste les anéantir, ne tolère leur opposition et ne laisse cette vaine défense se prolonger que pour permettre aux chrétiens d'accroître leur nombre, selon ses décrets éternels; pour que la religion nouvelle puisse remplir toutes ses destinées1. Déjà cependant ceux qui savent ouvrir les yeux peuvent voir la preuve manifeste que le moment approche où l'armée des esprits mauvais recevra son châtiment. Jésus a guéri des possédés; forts de son appui, les chrétiens sont aujourd'hui investis du même pouvoir; les exorcistes païens ne peuvent réussir à calmer les démoniaques par leurs nœuds magiques et leurs incantations; l'exorciste chrétien les délivre, en prononçant seulement le nom du Christ. La môme protection défend nôtre âme, à l'heure redoutable de la mort, quand elle sort de notre corps ; c'est à ce moment que les démons la guettent, et, autrefois, ils pouvaient la rendre captive, lut-elle l'âme d'un juste, comme le prouve l'histoire de Samuel et de la sorcière d'Endor2. Ainsi leur puissance, qui ne sera anéantie qu'au jour du Jugement, est au moins brisée en principe, et déjà même très affaiblie. Si enragés qu ils soient, ils ne sauraient, désormais, avoir la même confiance en eux-mêmes; ils ne peuvent combattre qu'avec le courage du désespoir; car, comme nous l'apprend le curieux fragment cité par Irénée. Justin avait dit, dans un ouvrage perdu, que, jusqu'à la venue du Christ, « Satan ignorait sa condamnation, parce que les prophètes en avaient parlé en paraboles et allégoriquement. Après la venue du Sauveur, par les paroles du Christ et de ses Apôtres, il a su indubitablement que le feu éternel lui est préparé, parce qu'il a fait volontairement défection à Dieu, ainsi qu'il est réservé à tous ceux qui persévèrent, sans repentir, dans

i. Première Ap., LUI.

i. Deuxième Ap., VI (cf. Première Ap., XVIII, 4). Dial. CY, 3 et LXXXV, i, 3.

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L'apostasie; el il a blasphémé, parla bouche decel homme (Marcion), Dieu qui rend ce jugement, parce qu'il a bu qu'il était condamné; il ;i imputé à son créateur, et non à sa propre volonté, à s;i propre pensée, l;i faute de sob apostasie1. »

Il résulte de toul ce qui précède que Justin a pria grand soin d'étayer toute celle démonologie sur le témoignage de IKeiilnre el sue lonle la tradition chrétienne relative à la vie el à l'œuvre de Jésus. Il la considérai! évidemment comme la propriété toul à l'ail exclusive du christianisme, el il eût été bien surpris ^-i on eûl voulu lui prouver qu'elle étail en accord, au moins dans le détail, avec les idées qui avaient cours communément chez ("lises contemporains. Ces analogies lui auraient paru accessoires. 11 ne pensait pas même que -a croyance, par ce qu'elle avait d'essentiel, fût de tradition juive; car, au chapitre lxxix du Dialogue, il fait traiter de blasphème par son interlocuteur Tryphon ce qu'il vient de dire de la défection des anges. Il était certainement toul aussi persuadé qu'elle s'opposait absolument aux idées païennes, aussi bien à celles des philosophes qu'à celles du vulgaire. Il ne considérait pas le fonds commun qui se retrouve incontestablement, d'un côté comme Me l'autre : à savoir l'existence d'une classe d'êtres intermédiaires entre l'humanité et la divinité; génies donl l 'essence esl toute spirituelle, pneumatique, c'est-à-dire non pas immatérielle, mais faite d'air extrêmement subtil. Son regard, nécessairement un peu partial, s'attachait au contraire à la

i. Irénée, V, a6. — On ne voil pas clairemenl si lus tin, dai texte, s'était préoccupé expressément de concilie! ce qu'il «lit. au début du fragment, en avançant qu'avant la venue <lu Seigneur, Satan n'a pas <>sc blasphémer Dieu, avec l'invention de la mythologie par le cheJ démons el ses affidés. I>u reste le fragment pr< sente, semble-t-il, U garanties d'authenticité, el la contradiction n'est qu'apparente, Justin pense que la doctrine de Marcion le fragment 'l"it provenir d'une réfutation du Marcionisme est la pire des erreurs, 1<- crime <| ni n'avait jamais été ose auparavant, parce qu'elle blasphème 1<- créateur, tandis que même les païens eut >u parfois reconnaître Dieu 'tans son œuvre.

division de ces êtres en deux catégories : bons anges, que les chrétiens seuls peuvent avoir la prétention de connaître, et mauvais anges, dénions identiques aux dieux du paganisme. N'ignorant pas que les platoniciens, s'ils regardaient les démons comme inférieurs à la divinité et imparfaits, ne voyaient pas en eux, par contre, des génies du mal. et les considéraient plutôt comme bienfaisants, il a l'habitude presque constante de ne pas employer seul le nom des démons, et d'y ajouter l'épithète oaûXot, mauvais1. Avec plus de raison, il voyait encore une originalité de la doctrine chrétienne dans ce fait, que, pour les chrétiens, si les bons et les mauvais anges sont supérieurs aux hommes en puissance, ils sont soumis à la même loi morale; entre les uns et les autres, il n'y a, à cet égard, aucune différence; les uns et les autres sont identiquement doués du libre arbitre, sont pareillement maîtres de leur sort; ouvriers de leur propre destinée, ils doivent obéir de même aux commandements de Dieu, s ils veulent que se perpétue leur état de félicité, et ils sont exposés également aux châtiments les plus terribles, s'ils les enfreignent.

Nous sommes surtout portés aujourd'hui à constater, chez tous les hommes du 11e siècle, le même état d'esprit, qui se traduit par la même croyance fondamentale en certains génies dont l'origine, la nature et les fonctions sont d'ailleurs diversement expliquées. Nous devons reconnaître à Justin le droit d'avoir surtout aperçu les différences; nous devons reconnaître aussi qu'elles étaient assez sensibles, entre platoniciens et chrétiens, pour qu'il ait cru, quand il parlait des démons aussi bien que quand

i. Au § 4 du chap. v de la Grande Apologie, il semble que Justin ait parlé, tout au moins par hypothèse, de bons démons, si l'on adopte la leçon du manuscrit : u.r, opOoôç. Mais j'estime qu'il est nécessaire d accepter la correction de Thirlby. fJ3oJ;. quoique la plupart des éditeurs modernes la rejettent. Elle est réclamée par ce qui précède, et si Justin avait écrit ;j.r, ôp8oû;, il eût vraisemblablement continué par £XXà xocxouç xai kvocfîouç, sans ajouter 5aî(j.ovaç. Je crois que Justin a toujours eu l'intention de donner à oaiuwv un sens péjoratif.

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