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X. — Sa doctrine sur l'àme et la destinée humaine

Bien que nous ne possédions plus le ff^oXtxoy icgpl y->y'.; qu'Eusèbc mentionne parmi les écrits de Justin. s;i doctrine sur la nature de l'âme nous est assez bien connue par la longue discussion qui remplit les premiers chapitres du Dialogue, et elle nous permet de constater, sur un point décisif, qu'en passant du platonisme au christianisme, il avait fait délibérément le sacrifiée de ses premières opinions, quand elles lui avaient semblé inconciliables avec la foi à laquelle il s'était converti: en sorte qu'il n'es! guère permis, en d'autres cas plus obscurs, de Bupposer, sans de fortes raisons, qu'il n'avait pas aperçu cette opposition.

Dans la controverse qui s'engage entre Just in et le vieillard, ce dernier est le porte-parole de l'auteur converti. J'ai déjà montré que les nécessités de la mise en scène et de la forme dialoguée ont contraint Justin à prêter au vieillard un ton qui diffère du sien propre: mais il n'a pu mettre dans la bouche de celui à qui il attribue le mérite de sa conversion cjue des idées acceptées par lui-même depuis. Nous sommes assurés que Justin a gardé pour la philosophie plus de sympathie que n'en témoigne le vieillard; nous n'en sommes pas moins tenus de croire qu'il avait

i. Il y a cependant quelques indices qu'il élait parfois plus accessible à l'influence des théories profanes, qu'il ne l'admel ouvertement. Par exemple, quand il parle \ Première .//'.. XVIII, 4 des démoniaques qui - X<X(j.6avtf(iEVoi xal ptirroti(j.Gvoi i|rvxocT< àuoOavdvTwv, il considère les ami morts comme capables de devenir des démons. On peut dire, il est vrai, qu'il parle ainsi en se plaçant au point de vue des païens, mais il n'en est pas moins vrai qu'il n'a p.is cru nécessaire d'exprimer la moindre réserve, tandis que Tatien, — peut-être ave< l'intention de rectifia qu'avait dit ainsi son maître. — .i dit catégoriquement \\1 que : « les démons qui donnent des ordres >mx bommi p.is les

des trépassés », et il en donne ensuite la preuve.

rejeté les théories dont ce même vieillard lui fait sentir si durement l'incompatibilité avec la foi.

On ne saurait trouver de meilleur exemple pour montrer que Justin conserve, sans aucun scrupule, beaucoup de formules platoniciennes et stoïciennes ; qu'il accepte même encore, sur maintes questions de détail, les solutions de l'une ou l'autre de ces deux écoles, et qu'arrivé à ce qui lui parait l'essentiel, il leur fausse compagnie sans hésiter. Ainsi la théorie de la connaissance qu'il fait exposer par le vieillard peut en somme se ramener au stoïcisme ; mais toute la dialectique platonicienne, par laquelle on s'élève jusqu'à la contemplation de l'idée suprême, c'est-à-dire de Dieu, est absolument rejetée. De même le vieillard réfute minutieusement la croyance à la métempsychose que Justin se donne comme ayant partagée jusque-là. Tandis que les deux interlocuteurs sont d'accord pour reconnaître ce principe, surtout stoïcien, mais devenu à peu près universel, que l'idée de Dieu et la distinction du bien et du mal nous sont innées, le vieillard trouve, au contraire, dans le platonisme, un dogme contre lequel il proteste avec passion : c'est celui de l'immortalité naturelle de l'âme. Car si l'âme est immortelle par nature, « évidemment elle est aussi inengendrée. » Or Dieu seul est inengendré et sans principe l. L'âme, si elle partageait ce privilège, serait donc d'essence divine; elle serait « une partie de l'Esprit souverain » *:o\j (3a<xiX»coû voû f/ipoç2. Ce serait

1. Il y a, nous l'avons vu, quelque embarras à la fin du chap. v. Il serait assez naturel d'arrêter la réplique de Justin à TrâvTwv uîpi X;fea6a( ; de donner au vieillard la démonstration qui suit, Justin reprenant la parole dans la dernière phrase seulement du £ 6. Ce serait tellement la disposition logique qu'on est en droit de se demander si devant o<ra yip il ne serait pas tombé un ou deux mots, qui auraient exprimé l'assentitiment du vieillard et justifié le yâp. On ne peut cependant rien affirmer, et même il y a lieu de douter que ce soit la vérité, parce que la phrase sur la métempsychose (5j 5) est mieux placée dans la bouche de Justin, comme l'a noté Maran. Comme, d'autre part, notre auteur n'en est pas à une maladresse de composition près, on peut en définitive accepter le texte tel que Maran l'a constitué.

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