LES APOLOGISTES GREG
effacer toute distinction entre La créature et Le créateur. Non, L'âme est créée, par conséquent mortelle de sa nature :
iiuiis, eomme hi morale exi^e u ut' sanction ;i |n<> la mort.
Dieu, par un acte de sa volonté, la perpétue pour qu'elle reçoive son châtiment <>u 8a récompense1. La démonstration que Justin avait faite préalablement est reprise par Le
vieillard, qui se place à un autre point de vue. mais emploie, lui aussi, une méthode qui, en apparence au moins, reste platonicienne : « L'àmc est la vie, ou bien elle possède la vie. Si elle est la vie, elle doit faire vivre quelque autre chose qu'elle-même, tout ainsi que le mouvement meut autre chose que lui-même. Or personne ne niera que lame vive. Donc, si elle vit, elle \il non parce qu'elle est la vie, mais parce qu'elle participe à l,i \ic: < ,■ qui est participant, en effet, est autre chose que ce dont il participe. L'àmc participe à la vie. puni' que Dieu veut qu'elle vive. La vie ne lui appartient pas en propre comme à Dieu: de môme que l'homme n'existe pas éternellement, et que le corps ne reste pas toujours uni à l'âme, m tique, lorsqu'il faut que cette harmonie soit dissoute, L'âme abandonne le corps et l'homme cesse d'exister, ainsi, quand il faut que l'âme ne soit plus. L'espril de \i retire d'elle et l'âme cesse d'exister: elle s'en retourne, elle aussi, là d'où elle a été tirée8. » C'est évidemment La page célèbre du Phèdre que Justin vise ici directement et qu'il se propose de réfuter. Il faut noter de plus, pour marquer combien il se détache de la philosophie -m point essentiel, que l'immortalité de l'àmc est .'i -<>u Bens un des principaux emprunts que celle-ci ait l'ait- à L'Ancien Testament. Quant au somxov rcveujxa, cet esprit de vie, qui
t . Justin parle dans ce pas^.r-r comme si les âmes des bons le\ tient être immortelles, et comme >i le supplice des méchants, — p quenl leur survie, — pouvait cesser. krasi - qui <>nt
paru dignes '!<■ Dieu, ne meurent pas; «t les antres sont châtiées, tant (jnt-1 Dieu veut qu'elles subsistent m Boienl châtù - Mais partout ailleurs Justin parle d'un châtiment éternel. Le texte le pi ique
est il. mis la Première Apologie VIII, .î : il l'est absolument.
■j. Voir Dial. VI.
assure, tant que Dieu le permet, la permanence de lame, Justin ne le définit pas autrement, et, pratiquement, il n'en fait nulle part ailleurs usage, dans ses écrits conservés ; en règle générale, il ne parle que de l'âme et du corps l.
Il ne définit pas avec plus de précision ce qu'est l'essence de l'âme. Il semble la concevoir comme faite d'une matière ténue, puisque, dans une tirade contre 1 anthropomorphisme, il la fait figurer dans rémunération suivante : (( ... l'opinion de vos rabbins qui pensent que le Dieu inengendré a des mains, des pieds, des doigts, et une âme, comme un animal composé, et enseignent pour ce motif que le Père lui-même s'est montré à Abraham et à Jacob 2 ». Expérimentalement, il en prouve la survivance par la nécromancie et la magie; par l'histoire de Samuel et de la pythonisse ; par les démoniaques et les oracles 3. Il partage visiblement sur ce point à peu près toutes les superstitions de son temps, et s'évertue à en donner une explication orthodoxe. C'est seulement au Jugement dernier que les âmes des méchants seront précipitées dans la géhenne ; pendant l'intervalle entre la mort et le jugement dernier, elles sont, ainsi que les âmes des bons, dans un état et en un lieu intermédiaires4.
Enfin ce qui prouve le mieux combien Justin, dans sa doctrine sur la destinée de l'homme, s'est éloigné de la philosophie, c'est qu'il est millénariste, et qu'il l'est avec passion. Le chapitre lxxx du Dialogue, où il a fait cette profession de foi, est un des plus importants à se rappeler, quand on veut bien déterminer la nuance de son christia-
1. Pfeltisch (p. 1 16-1 17), partant de la thèse qu'il a soutenue sur l'absolue transcendance du Dieu Père selon Justin, en conclut que l'âme participe à la vie par le ''-ojq;, et que, si le vieillard ne s'explique pas plus clairement, c'est qu'il n'a encore rien dit du Christ. Assurément, le Verbe est créateur et révélateur; mais Justin ne parle du >r>,o; humain qu'en tant que faculté rationnelle. Peut-on l'identifier avec le Çamy.'ôv -/îOij.a ? En principe, c'est possible, mais Justin ne s'est pas lui-même expliqué sur ce point.
:>.. Dial. CXIV, 3.