LES APOLOGISTES GRECS. Q
I^O U-:s APOLOGISTES GRECS
nisme. Tryphon l'a loué de dire que » Jérusalem rebâtie en son emplacemenl primitif, que Le peuple des fidèles s'y rassemblera, H s \ réjouira avec le Christ en même temps que les patriarches, les prophètes, el les saints do race juive ou le< prosélytes gagnés ayant la renue du Clirist ». et il est étonné de le voir partager cette croyance. Justin lui réplique que « lui-même, el d'autres chrétiens en grand nombre, sont réellement de cette opi-
ninn tandis qu'un grand nombre d'autres, cependant
de doctrine pure et sainte, ne l'admettent pas »>. Il continue en disant : « Si donc tous avez rencontré de prétendus chrétiens qui n'acceptent pas cette opinion, ei qui osent encore blasphémer le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et de Jacob, qui nient également la résurrection des corps, et affirment qu'au moment même de la mort, leurs âmes sont ravies au ciel, ne les considérez pas comme chrétiens... » Est-ce par maladresse, ou. au contraire, avec une certaine habileté, qu'en introduisant ici la mention de véritables hérétiques (Gnos tiques, Marcionites? et il laisse, en quelque sorte, la frontière ouverte, le pass presque insensible entre eux et les chrétien- imparfaits don( cependant il ne conteste pas l'orthodoxie? Ce qui est sûr, c'est que ces anti-millénaristes, malgré Le brevel d'orthodoxie qu'il ne leur a pas refusé, sont bien des chrétiens imparfaits. Car il conclut : « Pour moi, et pour les chrétiens qui sont d'une croyance absolument parfaite (ôcQoYvdjuoveç xoTot rcavra), nous savons que la résurrection de la chair aura lieu, pendant nulle ans, dans Jérusalem rebâtie, parée, agrandie, ainsi que le professent Ezéchiel, Isaïe. et les autres prophète- ». Vinsi, pour Justin, la foi
en la nVurreelion du corps et celle an millénaire se tiennent
et se commandent I une l'autre; elles sonl étroitement solidaires; il trouve trop explicitement annoncé dans 1 Vncien Testament un règne de Dieu sur celle terre pour pouvoir
le mettre en doute. Cela montre à quel point il se faisait
une règle de puiser désormais ses opinion- uniquement dan- l'Ecriture; combien il était détaché de la philosophie,
si tolérant et si large d'esprit qu'il demeurât. Ici est la véritable pierre de touche. J'y vois l'argument le plus décisif en faveur des suppositions que j'ai risquées au sujet des influences qui ont pu s'exercer sur Justin pendant sa jeunesse. Bien qu'il nous dise lui-même qu'il était païen et né de parents païens, on ne peut considérer cet enfant de Samarie comme un vrai grec. S'il l'eût été, il lui eût paru sans doute moins facile d'accepter la croyance à un rovaume de Dieu sur cette terre.