‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 66 sur 128 · XL. Cf. Recherches, p · texte numérisé non relu

XL. Cf. Recherches, p

2. Je ne crois pas en effet qu'il le soit formellement; et je n'irais pas jusqu'à dire avec Geffcken, p. io5 : <c Der unverkennbar hœretische Charakter der Rede )>.

montée de ton? Il sérail lundi de le nier absolument ' ; on a cependant quelque répugnance à L'admettre. Certaines expressions font penser d'ailleurs que L'auteur comptail avant tout sur un public de Lecteurs, et L'allure oratoire de son ouvrage, les interpellations, Les apostrophes qu'il contient ne suffisent pas à prouver le contraire. Le goût Littéraire qui régnait alors était celui qu'avait mi> à la mode la seconde sophistique; La rhétorique régentait tous les genres; les recettes qu'elle enseignait trouvaient une application aussi bien dans Le livre que dans le discours parlé. Justin et Talien on! beaucoup d'idées communes, nuirien ne diffère plus que leur manière. Justin ne visa jamais à L'effet; il mit toute sa confiance dans la force naturelle de la vérité; on peut être certain qu'il avait au fond de son cœur autant d'antipathie contre Les sophistes qu'il en a manifesté contre les Cyniques. Tatien est un sophiste et un cynique; sa langue est un bariolage où se mêlent Le raffinement et la vulgarité, l'archaïsme et le modernisme": sa phrase se disloque, sans respecl pour la syntaxe, soit parce qu'il poursuit des finales rythmiques, soit simplement parce qu'il n'a rien tant à cœur que d'éviter Le naturel et La simplicité; la composition est chez lui plus serrée el plus habile en somme que chez Justin, mais ce mérite ne se découvre qu'à un lecteur patient, et L'absence de transitions, la recherche des débuts abrupts qui accrochent L'attention par leur étrange té, les saillies qui interrompent sans cesse la discussion, les brusques sursauts de polémique qui coupent l'exposition de la doctrine, ne Laissent apercevoir au premier abord que Le désordre le plus surprenant. Partout éclate L'outrance, L'ambition frénétique d'être original à tout prix. \ oilà Le Sophiste. Le ( I) nique -e ré\ èle

i. Le fait que les controverses entre Crescens '-t Justin |

avoir été publiques, l'existence mé & Rome des écoles de Justin et

de Tatien empêchent en effet d'être aussi catégorique. — Kukula .« pensé que le Discours était la leçon d'ouverture du BtSacncaXeîov <lr Tatien en Orient (Cf. Recherches, j». 91 et sni\. .

2. Cf. Recherches, p. 1 [, et <-. L. Heiler, De Tatiani Apologetm dicendi génère, Marbourg, igog

par l'àpreté et la véhémence. Taticn ne raisonne pas comme Justin; il invective; il ne se défend pas, il prend l'offensive j hardiment; il ne s'attarde pas à l'examen des doctrines, il attaque les personnes ; il ramasse sans critique toutes les anecdotes scandaleuses qui lui semblent illustrer la contradiction entre la vie des philosophes et leurs théories, la frivolité, l'absurdité, l'immoralité des cultes ou des mœurs antiques. Gomme il brave le hon goût, à la manière des orateurs asiatiques, et ne cherche qu'à étonner l'imagination de ceux qui l'écoutent, il ne craint pas de les scandaliser, à la manière de Diogène ou de Cratès, pour les amener à faire un retour sur eux-mêmes, et les arracher à la torpeur, à l'indifférence où s'endort l'humanité moyenne. Sa propagande n'est pas celle de cette race qui fuit le grand jour, qui se tait au forum, et qui bavarde dans les petits coins, comme les païens aimaient à le dire en parlant des chrétiens1; elle a le verbe haut, le geste indiscret; elle provoque et elle parade.

Le Discours de Tatien n'est pas une Apologie au sens strict; l'objet n'en est pas de discuter la situation juridique des chrétiens, et de revendiquer pour eux la tolérance. Il appartient à la seconde catégorie d'ouvrages dont se compose la littérature dite apologétique; ceux où l'auteur se propose de réfuter le paganisme, en préparant, par une exposition plus ou moins complète de la foi, ses lecteurs à se convertir. Il se rattache ainsi à un genre littéraire fort ancien, chez les Grecs et chez les Romains, celui des P rot répliques ou Exhortations, dont Y Hortensius de Cicéron peut être regardé comme le type, et dont les Stoïciens et les Cyniques, comme les Péripatéticiens, avaient donné de nombreux modèles. C'est le ton des Cyniques, nous l'avons vu, que Tatien affecte de reproduire, et qui convenait d'ailleurs admirablement à sa propre nature. Justin voit Socrate à travers Platon ctXénophon. Tatien se relie surtout, par une longue chaîne d'intermédiaires, au Socrate

i. Minucius Félix, Octavius, VIII.

d'un dialogue apocryphe, le Clilophon, ;i ce Socrate qui, au lieu de converser avec quelques amis familièrement, s'adresse à la foule, dans un discours sui\i. comme une di\inilé de tragédie du haut de la machine%. Le Clitophon nous présente déjà une ébauche du cynique qui monte but une borne, au coin d'un carrefour, pour haranguer les passants, el se sert, non pas d'une dialectique souple el fine, mais d'une éloquence virulente et colorée. Telle esl la manière de Tatien.

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