‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 67 sur 128 · II. — Son jugement sur le paganisme et la philosophie · texte numérisé non relu

II. — Son jugement sur le paganisme et la philosophie

Tatien. comme plus tard Tertullien, condamnent en bloc toute la civilisation gréco-romaine. Les Hellènes s enorgueillissent d'avoir porté si haut le génie humain par toutes soiïes d'inventions, de sciences el d'arts. Quelle erreur! Ils n'ont rien imaginé: leurs historiens eux-mêmes le reconnaissent. Toutes les découvertes utiles à I humanité sont venues des Barbares2. Que reste-t-il an\ Grecs? Leur philosophie:1 Elle n'est qu'un tissu de contradictions et de sottises, el n'a jamais convaincu ni corrigé personne*. Leur langue? on l'admire à tort, car elle se décompose en une infinité de dialectes et manque d'unité. Leur gram-

i. Justin s'est servi déjà de celle expression qui se retrouve chez la

plupart des apologistes, c in- élu/ beaucoup 'le moralisl

(cf. Recherches, \>. j ■■ . Mais ce a'esl chez lui qu'un mot en passant. Ce mot au contraire peint exactement l'attitude «le Tatien.

i. Cette opinion d'ailleurs était souvenl acceptée par les Grecs euxmêmes au second siècle. Elle était si commune que Lucien, qui la reproduit dans ses Fugitifs 6 . en a donne malicieusement une interprétation spirituelle qui lui enlève tout ce qu'elle axait de désobligeanl pour

les Grecs ; « Le plus difficile, fait-il dire à la philosophie, était d'instruire les Barbares..., c'esl pour- cela que j'ai commencé par eux >>. — Cf. Ilelm. Lukian und Menipp, p. :>i". et l. Schœfer : Quid Grxci de origine philosophie n barbaris ducenda existimaverint, Leipzig, 1877.

'■\. ci Nous dous sommes détachés de cett< s< - r< p

les plus augustes ne nous en ont pas impose. — I. t 'est je crois le

sens de cette phrase jusqu'ici mal comprise, el dont j'ai moi-même reproduit autrefois L'interprétation traditionnelle cl. Appendice I\ .

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maire? elle n'est que subtilité ridicule. Leur médecine? elle a pour auxiliaire la magie1. Leur art? il s'est voué à immortaliser des femmes perdues. Leur religion? Elle est absurde, sale et cruelle. D'un bout à l'autre du Discours. avec une verve infatigable, Tatien fustige sans merci ses adversaires; il les crible de sarcasmes avec une passion égale de celle de Tertullien. un talent plus lourd et moins sûr. Rien d'original, d'ailleurs, en tout cela, sinon la forme. Comme les autres Apologistes, Tatien puise à pleines mains dans le trésor de la littérature antérieure.

N'exagérons rien cependant. Il était impossible que, même dans la polémique, un esprit aussi personnel se résignât à coudre bout à bout des banalités. On doit remarquer en effet que quelquefois au moins, plus que Justin, et à plus forte raison qu'Aristide. Tatien a le sentiment que les croyances de son temps ne sont plus celles de l'époque de Solon ou de Numa. Il a été frappé, par exemple ". de la vogue dont jouissait l'astrologie, et la réfutation qu'il en fait tient une grande place dans son Discours. De même, il sait quelle influence exerce dans les milieux populaires la magie, et il en a tellement horreur, qu'il rejette à peu près sans réserve la médecine, ne la concevant guère sans un mélange de pratiques superstitieuses. Ainsi la polémique habituelle contre la fable et les rites païens non seulement prend un aspect nouveau par mille traits parfois ingénieux, parfois étranges, mais elle se complète par quelques éléments qui n'étaient pas encore usés.

Il suffit d'avoir ainsi caractérisé, très généralement, cette polémique. Demandons-nous, — ce qui est proprement notre enquête, — ce que Tatien pense de la philosophie. Elle n'a rien produit déminent. En un tour de main, en débitant quelques arias. Tatien s'est débarrassé de Diogène, d'Aristippe. de Platon. d'Aristote. d'Heraclite, de Zenon; à peine leurs doctrines sont-elles effleurées3. Ils

i. Car les maladies sont produites par les Démons, a. Peut-être en sa qualité d'Oriental.

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