‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 69 sur 128 · I . Cluvp. XL · texte numérisé non relu

I . Cluvp. XL

met tout son effort à établir que la véritable tradition religieuse est primitive, beaucoup plus ancienne que les fausses religions et que les vains systèmes. Justin lavait affirmé sans le prouver; ïatien. avec décision, a vu que c'était là le nœud du débat, et son mérite est d'avoir prétendu fournir de la tbèse une démonstration en règle. Cette démonstration remplit la dernière partie de son discours, et a beaucoup contribué à la vogue que celui-ci a obtenu, puisqu'il a continué à être lu par les plus orthodoxes, même après que l'auteur avait sombré dans le schisme. Les générations postérieures en ont toujours fait honneur à Tatien, comme s'il avait fait œuvre rigoureusement scientifique, et comme s'il avait véritablement pris l'initiative. En reconnaissant, malgré tout, une certaine valeur à ces pages, si on les replace en leur temps, il faut remettre les choses au point. L'érudition de Tatien parait étendue, mais elle est loin d'être sûre. Est-elle même étendue? Ne provient-elle pas plutôt de quelque manuel? En tout cas, les juifs hellénistes avaient travaillé, bien avant les chrétiens, à dresser des tables chronologiques et à fixer des synchronismes qui leur permissent de placer Moïse à une date antérieure à toutes les littératures. L'idée même que les Grecs n'ont rien inventé, et doivent tout aux Barbares, leur était familière1. Ces travaux ont abouti au premier livre du traité Contre Apion de Josôphe, et. si Tatien ne s'est certainement pas servi de Josèphe, avec lequel il présente plusieurs différences notables, il est difficile de croire qu'il les ignorât entièrement. Son originalité consiste donc principalement à avoir, sur cette question, mis le christianisme au courant. C'est à quoi s est bornée pour une bonne part, l'œuvre des écrivains chrétiens du 11e et même du 111e siècle; avant de dépasser les autres, il leur fallait les rattraper.

Tout en jugeant la philosophie avec cette injustice et cette incompréhension voulue, qui rendent d'autant plus

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