‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 7 sur 128 · LE QUATRIÈME ÉVANGILE · texte numérisé non relu

LE QUATRIÈME ÉVANGILE

Jésus est demeuré entièrement étranger à la philosophie. Lorsqu'il parut, la Palestine était depuis longtemps ouverte, en quelque mesure, aux idées grecques; mais elles ne préoccupaient sûrement pas le petit monde où il a vécu avant de commencer sa mission, et sa pensée s'est formée en dehors d'elles. Si. parmi les croyances qu'il a partagées, il s'en est trouvé quelqu'une où entrât un élément d'origine hellénique, — ce qui n'est point certain. — il n'en a probablement rien su. Ignorant la philosophie, il n'a eu à prendre, vis-à-vis d'elle, aucune attitude. Cela même était important; car ainsi rien n'était absolument compromis. Le christianisme gardait sa liberté pour l'avenir; il n'était pas condamné d'avance à éviter farouchement tout contact avec la civilisation antique1. Il en est un peu autrement de saint Paul. qui. né à Tarse, en Cilicie. dans la patrie de Chrysippe et d'Aratus, a été mêlé, dès sa jeunesse, à une population hellénisée. Citoyen romain, il a apprécié le bienfait de la paix romaine. Apôtre des Gentils, il a prêché en Macédoine, à Athènes, à Corinthe. en Italie '.

i. Voir à ce sujet de bonnes observations dans Wendland : Die /ieil,>nistisck-rœniische Kullur, p. 121 et suiv.

2. Il savait assez de grec pour parler aisément la langue populaire de son temps, dont il se sert en la marquant de son originalité puissante.

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Certes, il est toujours resté profondément juif. Le problème fondamental lui pour lui de déterminer i;i relation du christianisme au judaïsme. Le mol bien connu d' Emes! Havct, que. du vivant <lc Paul, il n'esl peut-être pas entré dans L'Église un seul païen véritable*, esl une exagération manifeste, mais n'es! que L'exagération, peut-être voulue d'une idée juste. Sans conteste, la grande majorité des convertis <le la première génération, b'Us n'étaient pas de purs juifs, à dû être formée ou de prosélytes, ou tout au moins de Gentils qui étaient déjà familiarisés à quelque degré avec la Bible el le mosaïsme. Mais c'étaient des Gentils, el les Juifs de la dispersion eux-mêmes vivaient au milieu des Gentils. Saint Paul était donc obligé de rechercher quelle serait la méthode la plus BÛre pour amener les païens à la foi: il ne pouvail pas non plus les perdre de vue. quand il construisait >"ii système théologique; il fallait qu'il leur assignât une place dan- le plan divin: qu'il fit comprendre leur histoire; qu'il expliquât la cause de leur aveuglement, et même qu'il rendît compte de la part de vérité mêlée à Leurs erreurs. Lu première Epître aux Corinthiens et VËpîire aux Romains montrent qu'il n'a guère professé sur l<>us ces derniers points d'autres opinions que celles qui furent communes à la plupart des représentants de l'apologétique juive ou chrétienne. L'originalité esl chez lui plutôl dan- L'expression que dans le- idées. D'une part. L'affirmation résolue que la révélation communique seule totalement el sûrement la vérité religieuse; et un mépris insultant pour la sagesse humaine, pleine de contradictions et d'incertitude. Dieu a condamné La sagesse du monde à La folie*; l'Apôtre ne se réclame d'aucune supériorité d'éloquei ni de sagesse : sa prédication ne cherche pas à B'exprimer dans la Langue d une sagesse persuasive4; La sagesse d

i. Le Christianisme ei ses origines, IV, i< i. f" Ép. aux ('<"., I. itf.

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monde est folie devant Dieu l : telle est la thèse qui revient continuellement dans les trois premiers chapitres de la première Epltre aux Corinthiens, et elle s'appuie sur des textes de l'Ecriture (haïe, 29, i4- Job, 5, i3; Psaume <)4 • 11). Mais pourtant Dieu a-t-il abandonné l'humanité tout entière, à l'exception du peuple juif, à l'erreur et à l'impuissance ? Dieu est un juge, et il apparaîtra, au jour suprême, pour condamner et récompenser. A quel titre les païens seront-ils responsables devant lui? Us le seront parce que l'intelligence humaine est capable naturellement non pas d'atteindre toute la vérité, mais d'en dégager deux éléments. « Ce qu'on peut connaître de Dieu », — tÔ yvoicrcov xoû 8eoû - — a été révélé à tous les hommes ; en d'autres termes, du spectacle de son œuvre visible, la création, on induit nécessairement l'existence d'un auteur invisible. De même les hommes ont le sentiment instinctif du bien et du mal; quand les Gentils font « naturellement ce que commande la Loi. n'ayant pas la Loi, ils sont à eux-mêmes la Loi; ils montrent l'œuvre de la Loi gravée dans leurs cœurs ; leur conscience leur rend témoignage 3 » . Les hommes sont donc sans excuse, puisque, connaissant Dieu, ils ne l'ont pas honoré comme Dieu; puisqu'ils se sont perdus dans de vains raisonnements ; qu'ils ont ainsi laissé leur raison s'obscurcir ; et qu'au lieu du Dieu éternel ils ont adoré l'image de l'homme périssable; ils se sont même abaissés jusqu'à rendre un culte aux animaux4. La conséquence de ces erreurs s'est étendue à leur conduite ; leur conscience s'est faussée comme leur intelligence ; et ils se sont dégradés jusqu'aux vices les plus ignobles. C'est la thèse que développe YEpitre aux Romains: elle

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