‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 75 sur 128 · Ib · texte numérisé non relu

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logie en harmonie avec elle, qui est fondée d'abord sur l'Écriture, et qui, si elle n'est pas sans rapport avec des idées très répandues alors dans les milieux païens, en est soigneusement distinguée \ Les démons ont asservi l'humanité en la courbant sous le joug des doctrines fatalistes dont l'astrologie est la forme la plus commune, et de l'idolâtrie ou de la zoolàtrie qui lui sont connexes. Ils sont euxmêmes matériels, et, depuis leur chute, se sont laissé de plus en plus entraîner vers les plus vils éléments de la matière. Leur fol orgueil les a poussés à combattre contre Dieu, à prétendre lui dérober sa divinité, et le Souverain Maître du monde souffre leurs excès jusqu'au jour du jugement. Ils ne peuvent pas se repentir comme les hommes et leur déchéance est définitive. En quel sens peut-on dire que les démons sont matériels? Ils n'ont sans doute pas de chair, mais leur substance est spirituelle, « faite comme de feu et d'air ». Ils sont donc à l'origine d'une matière aussi ténue que possible. Mais ils se sont, après leur révolte, rapprochés des éléments inférieurs de la matière2, avec lesquels ils s'allient pour accomplir leur œuvre de malice. « Chassés du ciel, ils vécurent désormais avec les bêtes qui rampent sur la terre, nagent dans les eaux, avec les quadrupèdes des montagnes... Avec l'aide de la matière inférieure3, ils combattent contre la matière qui est pareille à eux », c'est-à-dire contre l'homme, dont l'âme est aussi une matière ténue, quoique un peu plus grossière que ne l'était primitivement la leur. C'est ainsi qu'ils sont devenus « des reflets de la matière et de la perversité. »

i. Ainsi chap. xv, Tatien remarque expressément que les démons ne sont pas les âmes des morts.

2. Tatien explique, au chap. xn, les différences de degré qui existent dans les choses matérielles. — Selon sa manière décousue, les éléments de toute cette démonologie sont dispersés un peu partout, et ne viennent pas dans un ordre naturel; si on les rassemble, et si on reconstitue ensuite cet ordre, on s'aperçoit que la doctrine de Tatien est assez logique.

'S. D'elle seulement, car ils ne peuvent mettre (par des pratiques magiques) le ciel à leur service; cf. la fin du chap. xvi

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Les fidèles qui ont reçu l'Esprit cl en qui, désormais, il habite, les chrétiens parfaits, peuvenl \<»ir les démons; au contraire, les simples psychiques ne Les voient pas, <>u plutôt ne peuvenl 1rs voir que quand ceux-ci prennenl une forme visible, quand ils veulenl eux-mêmes apparaître. Grâce au concours de l'Esprit, L'homme se libère de leur pouvoir. Tandis que Les doctrines païennes mènent à la damnation, la loi chrétienne nous « délivre <!<■ La servitude en monde et nous sauve de nombreux maîtres, d'innombrables tyrans ». Ces tyrans sont les démons, qui, en apparence, ont un avantage sur les hommes : Leur immortalité, ou, t « » 1 1 1 au moins la durée indéfinie de leur existence . Mais i i I avantage apparent se tourne à leur détriment. Tandis que nous ne passons qu'un temps bien cour! Bur la terre, les démons ont tout le loisir de laisser s'épanouir à l'infini toutes les formes de leur malice, e1 ils se préparent ainsi une punition d'autant plus terrible8.

Ils ont pour auxiliaire, avons-nous dit. la matière, Euxmêmes ne peuvent plus se repentir; ils sonl incorrigibles, parce qu'ils sont « les reflets de la malien' e1 de la perversité ». Tatien a donc une tendance indéniable à considérer la matière comme mauvaise en soi, et cette tendance se révèle encore dans le chapitre qu'il consacre à la médecine. On est tenté de trouver déjà là des indices d hérésie, et. quand on se soin ienl que la principale cireur de Tatien, après sa rupture avec l'rjglise, lui la condamnation <lu mariage, on se demande si déjà Le même esprit ne -<• trahit pas dans le Discours, pour tout dire, si le Discours n l -I pas déjà hérétique, assurément, il j a ici des germes d hé-

1. Tatien semble en effet répugner à leur attribuer l'immortalité proprement dite, qui n'est le lot d'aucune créature; il 'lit .«ti ebap. «n ; « Us ne meurent pas Facilement, car ils n'ont pas de chair . Sa véritable pensée est donc, selon toute vraisemblance, que leui esi seulement incomparablement beaucoup plus longue que cell< êtres charnels; pratiquement, cette longue duré< . que Tatien pr» jusqu'au jugement, équivaut a l'immortalité.

1. La (in « i 11 ebap. \iv où Tatien définit le supplice 'les démons

malheureusement très altérée: mais la pensée ne peut être il"llt'

résie. comme en d'autres endroits que j'ai signalés. Mais il ne faut pas oublier l'insistance avec laquelle Tatien a attribué la création de la matière à Dieu, qui ne peut produire rien de mauvais ; il se contredirait lui-même s'il déclarait expressément que la matière est mauvaise en soi. Aussi ne le fait-il pas, quoiqu'il dise que l'effort par lequel, nous nous délivrons de la tyrannie des démons et rappelons le Saint-Esprit dans le temple que forment alors notre âme et notre corps, consiste à lutter contre la matière et à s'en dégager. On doit se rappeler encore la netteté avec laquelle il distingue entre les différents éléments de la matière, et admet une sorte de dégradation progressive des uns aux autres. Quand il veut généraliser, il dit que « l'organisation du monde est bonne ; c'est la vie qu'on y mène qui est mauvaise ! )) . Nous voici revenus à la pure doctrine du libre arbitre. 11 est donc permis de dire qu'il y a dans cet ensemble de vues de l'obscurité et une certaine incohérence; ce serait trop de prétendre que Tatien rompt formellement avec l'orthodoxie.

Le ton de colère véhémente, ou, quand cette colère parait se calmer, de sombre irritation, qui règne dans presque tout le Discours aux Grecs, la méthode décousue, cette manière hautaine de proclamer ses croyances sans précautions, sans nuances et sans preuves, l'affectation avec laquelle l'auteur se met lui-même au ban de toute la civilisation antique, l'obscurité contournée de son style, tout ce qui nous choque en un mot chez Tatien, et souvent si vivement, ne doit pas faire oublier les mérites réels de sa tentative. Son apologie est la plus originale entre celles qui nous ont été conservées du 11e siècle, et, si, laissant de côté la polémique, on n'y considère que ce qu'elle contient de

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