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de sa querelle, comme Tatien, L'Eglise ait vu se produire alors une autre classe de défenseurs, désireux de négocier, dès qu'il serait possible, une transaction honorable avec l'Etat. Atbénagore n'a pas fait des offres ;mssi directes que Méliton, mais il a adressé au pouvoir, avec la réserve qui est au fond de son caractère, des avances déjà significatives. Le tour d'esprit d'Athénagore, sa méthode d'argumentation, ses tendances philosophiques et littéraires son! en harmonie avec ce caractère mesuré. Sa Supplique ;i fitgrandes analogies avec ï Apologie de Justin, qu il connaissait certainement ' ; il se plaint comme lui que les chrétiens soient condamnés sur le nom seul, sans qu'on les ail ronvaincus de crimes de droit commun: il mêle à la réfutation du paganisme l'exposé de la doctrine ecclésiastique, les citations de l'Ecriture etla peinture des mœurs chrétiennes. Mais il sait beaucoup mieux que Justin se mettre à la portée de ceux à qui il s'adresse; il évite ses grossières erreurs historiques; tout en le suivant, il le rectifie parfois sans mot dire. La composition de son discours" est beau-
i. Cf. l'index de Schwartz, p. 91, et Geffcken. p. i5q. note 1. Schwartz admet avec raison qu'Athénagore s'est servi de Justin: Geffcken croil que les analogies s'expliquent simplement parce que les deux auteurs reproduisent les opinions courantes dans leur milieu : et il hésite à croire qu'il y ait un rapport de filiation entre eux, parce que les développements analogues sont plus clairs chez Athénagore. La raison a peu de valeur: car on a tout à fait l'impression qu'Athénagore a fort bien démêlé certains défauts, certaines maladresses de Justin, et qu'il s"e-t appliqué à les corriger. Sans doute. Y esprit du temps peut expliquer bien des ressemblances entre des écrivains qu'un court intervalle seulement sépare: mais une chose est précisément caractéristique de Yesprit du 11e siècle, c'est qu'on est alors très respect ceux de la tradition ; on innove peu ; la Littérature est toute livresque; cela est sible chez les païens, et je ne \<>is pas pourquoi les chrétiens Feraient exception. Athénagore. qui, dans le traite de la Résurrection, critique la méthode de beaucoup d'autres qui ont étudié avanl lui le même sujet XIV . n'a pu manquer de lire les Apologies antérieures a la sienne.
2. C'est bien un discours, et il est curieux qu'Athén exprimé (chap. xvi. roû Xrfyou Ègotxouorou ;:- v.oto:... exactement cornu ce discours avait été réellement prononcé; l'.uil a bien compr sage, sur lequel Otto a fait an contresens; Athénagore feint de noter l'impression produite par ses paroles, au moment où il prouoncer.
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coup plus régulière, bien qu'elle soit encore imparfaite. Une certaine analogie avec Tatien se constate aussi, tout au moins dans quelques chapitres consacrés à l'histoire de la sculpture, qui sont introduits tout autrement que le catalogue des statues chez Tatien, mais qui veulent satisfaire chez les lecteurs la même curiosisité érudite, le même engouement pour les arts plastiques. Le style est aussi éloigné de la négligence et de l'improvisation coutumières à Justin que des raffinements et des bizarreries de Tatien. Justin est un autodidacte; Tatien, un sophiste de l'école asiatique; Athénagore est plutôt fidèle à la tradition classique. Ce serait trop que de dire : il y a en lui de l'atticisme, au sens où nous prenons ce mot aujourd'hui; sa langue correcte ', mais terne, n'a pas la lumineuse netteté, la grâce spirituelle, l'élégance simple que nous aimons à appeler ainsi; mais s'il n est pas un attique, il est en quelque mesure un atticiste au sens où les meilleurs écrivains du 11e siècle prétendaient l'être ; il comprend le prix de la sobriété, de la clarté, de l'ordre; il dédaigne les effets trop bruyants, les couleurs trop vives, les manières vulgaires. L'éloquence de Tatien est celle de Smyrne ou d'Ephèse; si la tradition qui fait d' Athénagore un Athénien est vraie, il y a sans doute une relation entre son origine, le milieu où il s'est formé, et sa culture plus affinée que celle des écrivains chrétiens antérieurs.
Le plan de la Supplique, tel que l'auteur l'indique luimême au début du chapitre ni, est extrêmement simple. On adresse aux chrétiens trois griefs principaux : on les prétend coupables d'athéisme, (a9soT/)Ta), de cannibalisme (0u£<77Et.a Bewcva), d'inceste (Oi/htïoosw'j*; [uijeis). Athénagore se propose de répondre successivement à ces trois chefs d'accusation; mais, comme il n'attache qu'une importance secondaire aux deux derniers2, qu'il réfute très
i. Malgré quelques vulgarismes, que n'évite à peu près aucun écrivain de son temps (Cf. l'index de Schwartz. Voir aussi la thèse consciencieuse de M. L. Arnould, De Apologia Athenagorse, Paris, 1898).
2. Il eût été plus conforme à une bonne gradation de s'en débarrasser
rapidement, il consacre presque tout son discours ù examiner le premier. Les thèmes principaux qui se succèdent dans cette discussion sont en général ceux que nous connaissons déjà; un seul, celui de la résurrection et du jugement dernier, y fait défaut, ou, plutôt, n'est qu'effleuré vers la fin, parce que l'auteur se réserve, ainsi qu'il nous L'annonce, de le développer dans un traité particulier: ce traité nous est parvenu, en même temps que la Supplique. Comme chez Justin, la polémique alterne avec l'exposé «lu dogme et la peinture des mœurs chrétiennes. Les grandes divisions sont claires, et d'ordinaire passahlement observées; dans le cadre de chacune, par contre, il y a place pour une assez grande liberté, et même pour quelque désordre. L'esprit de l'auteur est naturellement ami de la régularité; on n'a donc à craindre ni ces brusques sautes d'idées qui déconcertent sans cesse chez Tatien. ni Les digressions fastidieuses où Justin s'égare à tous les tournants; mais, dans le détail, la marque d'un art de composition véritable n'apparaît pas non plus; il serait d'ailleurs presque surprenant qu'on l'y trouvât; car c'est là un art à peu près perdu à cette époque, et que ne favorisaient guère les méthodes d'enseignement, les procédés de la rhétorique alors en vogue. Athénagore expose donc, lout d'abord, le monothéisme, et il l'appuie par le témoignage des poètes et des philosophes, ce qui le conduit à un premier examen des principaux systèmes; il le justifie ensuite par la raison et par l'Ecriture. En attestant la croyance «1rs fidèles au Fils, au Saint Esprit et aux anges, il démontre déjà qu'ils ne sont pas des athées. Il signale -.in- plus tarder que cette croyance, dans Ion- ces articles, se fonde sur la parole même de Dieu, et il le prouve. Comment? il n'invoque pas la réalisation des prophéties. San> doute il a senti (pie les païens pouvaient en être peu touchés, qu'il y avait là matière à trop de difficultés; il a cru que la sublimité de la morale chrétienne produirait sur eux une
dès le début, pour passer ensuite au thème principal, athénagore Bemble prêt à le faire au chap. m; il a cependant procédé tout autrement.
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impression beaucoup plus forte. La supériorité de cette morale sur toute morale humaine et son efficacité pour les plus humbles, voilà ce qui, selon lui, révèle le caractère divin de la religion nouvelle; la liaison de cette morale avec le dogme est d'ailleurs marquée fortement. Mais le grief d'athéisme ne peut encore être regardé comme ruiné; car Athénagore sait parfaitement quel sens particulier il a dans la bouche des païens, et qu'être athées signifie pour eux : ne pas honorer les Dieux nationaux \ c'est-à-dire ne pas offrir de sacrifices et ne pas vénérer les idoles. Ainsi s'introduit la polémique contre la fable, contre l'anthropomorphisme et contre l'idolâtrie, qui remplit les chapitres xin à xxiii. Les prodiges qu'accomplissent certaines idoles, et qu' Athénagore ne conteste pas en principe, lui fournissent une occasion d'expliquer le rôle et la nature des démons, et cette démonologie est pour lui un prétexte facile de retourner à la polémique, (ch. xxiv et xxx.) Dans les six derniers chapitres, il réplique à l'accusation de cannibalisme et d'immoralité, et met en contraste avec ces calomnies la fraternité, la pureté, les vertus de toute espèce dont les églises offrent le spectacle. Ainsi se vérifie par la pratique l'excellence de cette morale dont Athénagore avait fait admirer d'abord les préceptes. On voit sans peine, par cette brève analyse, que cette disposition générale, sans être
1. Athénagore, dès le début de son discours, a développé déjà le thème traditionnel de la diversité infinie des cultes païens, et il en a tiré argument pour prouver que les chrétiens doivent être tolérés, puisque toutes les autres religions sont permises, puisque toutes les cités ont le droit d'observer leurs rites particuliers (xà uaTpia). Gefîcken (p. 162) lui reproche vivement de commettre ainsi une grave confusion, et il est incontestable que les païens reprochaient précisément aux chrétiens d'être des « déracinés », infidèles aux cultes nationaux, aux rrâ-piac. Mais Athénagore considère évidemment que les chrétiens, — nous sommes déjà à la fin du 11e siècle, — sont aussi désormais une gens, un yévoç, qu'ils ont leurs uâxp'.cz, et même que ces 7tdcTpta, si l'on réfléchit que le christianisme est l'héritier du judaïsme, sont de la plus haute antiquité. Les deux points de vue peuvent être inconciliables; mais il ne s'ensuit pas qu' Athénagore ait passé sur la difficulté sans la voir, et qu'il ait dit une sottise.
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