I78 LES APOLOGISTES GRECS
rigoureuse ei s;i\;mie. <si raisonnable et naturelle. C'est Justin émondé, discipliné, ordonné.
II. — La polémique d'Athénagore. — Son attitude à regard de la philosophie.
La polémique d'Athénagore contre le polythéisme ne diffère pas pour le fond de celle de ses prédécesseurs; elle s'en distingue avantageusement parce qu'elle est beaucoup mieux conduite, plus complète. plus modérée et moins puérile1. Quoiqu'elle ne soit p;is plus détaillée et qu'elle soit loin d'épuiser le sujet, elle esl plus complète, puisqu'elle ne se borne pas à passer en revue les < >j »i 1 1 i < m ^ des poètes et des philosophes, mais qu'elle y joint l'examen de l'orphisme ou fait intervenir, à l'occasion. Hermès Trismégiste. Elle est plus modérée, non pas seulement parce qu'Athénagore s'est fait une règle de rester, dans la forme, courtois et de bon ton. mais parce qu'il s'en est fait une aussi de ne point travestir les croyances de ses adversaires, pour se donner trop commodément sur eux l'avantage. Elle est moins puérile, car elle évite les crusses erreurs, les jugements sommaires, les plaisanteries trop faciles. On peut admettre qu'Athénagore n'est pas allé jusqu'à puiser toujours directement aux sources, qu'il s'est volontiers servi de manuels, comme <>ii aimait .'i le faire de son temps; mais il a mieux choisi ses guides*, on il les a consultés moins rapidement. Sans être impec-
1. Je me borne à une appréciation très générale; pour le détail, voir le commentaire de Geffcken, qui, d'ordinaire, a bien jugé Athénaf Je ne vois pas cependant pourquoi il L'accuse p. ,:'7 . • »iler Bon
ignorance d'une manière peu honorable . àthénagore n'est pas proprement un érudit, et il ne cherche pas à le paraître. Par le m SôÇoc; Itpa-ô(jiT,v. il indique bien Lui-même qu'il n'a pas L'ambition d'approfondir et «le détailler Les doctrines pins que ne le lais. lient les rédacteurs de manuels superficiels, comme les Placita du Pseudo-Plularque.
?.. Ce qu'il sait «le la mythologie et <les culte- parait provenir surtout, en dernière analyse. d'Apollodore, qui est cité au chap. cxrtu. Hérodote a été aussi t rès exploité.
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cable, sans être vraiment personnelle, sa science est de meilleur aloi que celle de Justin ou de Tatien, et ne paraît guère inférieure à celle de la moyenne des écrivains païens. au 11e siècle. Fait-il preuve de qualités analogues, quand il expose ses propres doctrines, et quand il les met en parallèle avec celles des philosophes?
On ne voit pas qu'Athénagore ait été tourmenté autant que Justin par la pensée du sort réservé aux Gentils qui n'ont pas été éclairés par le Verbe et de leur responsabilité. C'est une question qu'il a laissée complètement dans l'ombre. Par contre, il a noté, lui aussi, les concordances partielles qu'il croit reconnaître entre la philosophie et la foi. De plus, celles qu'il a notées sont d'ordinaire réelles. ou tout au moins explicables en quelque mesure : il n'en a pas accepté d'aussi superficielles ou d'aussi arbitraires que Justin. Par exemple, lorsque au chapitre v, il veut montrer que les poètes se sont élevés parfois jusqu'à la notion d'un Dieu unique, ses citations ne sont certes pas absolument probantes, et il en est une, celle de Sophocle, qui est certainement apocryphe ; cependant, elles sont choisies avec tact, et ont au moins quelque chose de spécieux. De même, au chapitre suivant, les textes pythagoriciens qu'il invoque, ceux de Philolaos, de Lysis et d'Opsimos. ne sont pas authentiques; mais ils étaient sûrement considérés comme tels par presque tout le monde, au 11e siècle. J'ajoute que. par un sentiment fort honorable. Athénagore s'excuse de n'exposer toutes ces théories que rapidement et incomplètement; l'expression qu'il emploie, êrci xkç, oô;aç sTpa-KCia/jv, est aussi l'aveu ingénu qu'il ne cite pas de première main. Les deux textes de Platon qu'il met en avant sont de ceux qui se retrouvent un peu partout; s'il n'en rapporte pas d'autres et n'insiste pas davantage, c'est vraisemblablement qu'il ne prévoit pas qu'on conteste beaucoup à la doctrine platonicienne le caractère d'un théisme. Il est plus précis et plus juste pour Aristote que ses prédécesseurs, et s'il donne de la théologie stoïcienne l'interprétation la plus favorable à sa thèse, en mettant surtout