V. — Destinée de l'homme. — Morale
Quand il s'agissait de déterminer jusqu'où avait pu s'étendre, chez Justin ou Tatien. l'influence de la philosophie, nous avons regardé comme une pierre de touche les doctrines relatives à l'immortalité de l'âme et à la destinée humaine. Peut-on parler, sans des restrictions précises, du platonisme de Justin, quand on le voit rompre avec le platonisme justement sur ce point essentiel; soutenir que les âmes ne sont immortelles que par l'effet de la volonté divine, et qu'elles s'éteignent momentanément, entre notre mort individuelle et la résurrection finale; se rallier enfin à la croyance en une période de mille ans qui doit précéder pour les justes la béatitude céleste, et les \ préparer par un règne miraculeux de félicité terrestre? Lorsque Tatien proclame à son tour, sur un ton si provocant, que l'âme n'est pas immortelle, il affiche l'intention de protester contre une page célèbre du Phèdre, et il oppose ainsi dogme à dogme. Il n'en est plus de même avec Athénagore, sur lequel l'influence de l' Académie est infiniment plus sensible, quoiqu'elle s'allie toujours à la foi chrétienne et que l'auteur de la Supplique n'emprunte à la philosophie rien qu'il ne croie en harmonie avec son Credo .
En effet, contrairement à Justin et à Tatien. il répète fréquemment que l'âme est immortelle, sans croire (Tailleurs nécessaire de s'en expliquer autrement, el comme si la chose allait de soi. Il ne laisse apercevoir aucune trace de millénarisme ; cependant on ne peul pas dire que, même sur l'article de la destinée humaine, il soit passé
1. Toutefois les rapprochements qu'on peut faire avec Tatien ne >'>ni pas assez frappants pour que j'ose affirmer aussi nettement qu'au sujet de Justin. qu'Athénagore l'avait lu.