ATHÉNAGORE I
entièrement du côté de la philosophie, et qu'il ait renoncé à la tradition juive. Il a essayé de mettre en équilibre la doctrine grecque de l'immortalité, de l'âme, et la croyance en la résurrection du corps, et il y a réussi assez habilement. Il ne parle plus d'une extinction momentanée de l'âme, entre la période de la mort et celle du jugement dernier; évidemment une telle supposition révoltait son esprit philosophique. Mais il indique clairement, quoique sans insister, qu'il a parfaitement vu quel danger Justin et Tatien voulaient éviter, en rejetant la thèse du Phèdre; il ne veut pas que l'âme puisse être égalée à Dieu. C'est ce qu'il fait entendre notamment, avec toute la clarté désirable, dans le chapitre xvi du traité de la Résurrection, où il parle des anges qui « dès l'origine ont été créés immortels, et le demeurent indéfiniment, par la volonté du Créateur. » et des hommes « qui, quant à l'âme, depuis leur naissance, possèdent une perpétuité qui n'est pas soumise au changement, et, quant au corps, recevront, par une transformation, l'incorruptibilité. » Commencement, naissance, ces mots sont là. bien évidemment, pour marquer que nos âmes ne sont pas éternelles, sans principe, que les anges ne le sont pas non plus, et que si ces derniers ne sont immortels que par l'effet de la volonté divine, à plus forte raison il en est de même des premières. C'est ainsi que, sans rompre aussi brutalement avec Platon, nous sommes ramenés assez près de la conception chère à Justin et à Tatien; car ceux-ci, au fond, ne tenaient sans doute essentiellement qu'à ce principe : l'âme ne possède pas en elle-même, par essence. l'acpôapcrta. De même Athénagore ne fait aucune allusion aux mille ans de félicité terrestre. Les chrétiens, dit-il. sont convaincus « qu'ils doivent vivre une seconde vie. meilleure que celle d'ici-bas, une vie céleste, non terrestre1, )) ou bien « une vie pire, par le supplice du feu. » Voilà ce qui établit la supériorité de l'homme sur les animaux ; car Dieu