Sermon sur la Sainteté i/c la loi chrétienne. ir partie
ATHÉNAGORE 2o5
tendances qui luttaient chez Justin aboutissent chez lui à un équilibre solide. Il a su déjà combiner sa foi avec ce qu'il considérait comme la science. Ses dogmes, à quelques variantes d'interprétation près, sont bien les mêmes que ceux de Tatien et de Justin; il les puise, comme eux, dans la tradition ecclésiastique, et comme eux il les fonde sur le témoignage des écritures expliquées par la méthode courante d'exégèse. Mais il les coordonne avec plus de logique et plus de clarté. Il sait qu'on ne doit pas conduire une discussion de la même manière, quand elle a pour objet de persuader des incrédules et quand elle devient un exposé doctrinal à l'adresse des fidèles1. Il ménage ses adversaires; sans rien atténuer des faits qu'il avance, sans rien concéder sur le fond des choses, il évite les paroles blessantes; il garde des formes courtoises; il réitère les assurances de loyalisme; il fait l'éloge de l'administration romaine; il complimente les princes régnants sur leur savoir, leur sagesse, leur humanité. On le sent désireux d'une entente entre l'Etat et l'Eglise, et on devine chez lui je ne sais quel vague espoir qu'elle n'est pas impossible. Il prend envers la philosophie la même attitude qu'envers l'autorité. Dans certains de ses jugements, il n'est pas beaucoup plus indulgent pour elle que Tatien; il pose en principe, lui aussi, qu'elle n'aboutit qu'à des contradictions, et qu'elle reste sans efficacité pratique. Il élève bien au-dessus d'elle sa foi qui est d'origine divine, qui donne la certitude, et alimente la vie morale la plus noble et la plus pure. Mais il lui épargne les invectives et les sarcasmes ; il en interprète moins arbitrairement les doctrines, et ne se permet pas des rapprochements aussi extravagants que ceux de Justin entre celles-ci et les données de la Bible; il ne cherche pas à justifier, par des plagiats dont on ne peut indiquer la voie, des assimilations forcées. 11 ne lui emprunte guère que ses méthodes et son langage, mais il les lui emprunte de
i. Voir tout le début du Traite de la Résurrection.
parti pris et presque constamment. Ainsi s'explique l'état de son âme, sa sérénité qui ne connaît ni les inquiétudes de Justin ni les colères de Tatien. Il en résulte aussi que nous avons peu à apprendre de lui, si nous l'interrogeons sur la grave question qui était la cause avouée de ces inquiétudes, la cause secrète de ces colères. Quelle relation y a-t-il entre la révélation directe et totale de la vérité par le Verbe incarné, et cette révélation partielle que Justin attribuait au Verbe séminal, et qu'un esprit impartial est bien obligé de constater parmi les Gentils? Il semble qu'Athénagore soit déjà trop chrétien pour que ce problème le trouble profondément. Si nous ne pouvons sonder le fond de son cœur, nous devons du moins reconnaître que ni son Apologie ni son Traité de la Résurrection ne l'en montrent préoccupé. Là est sa force, et sa faiblesse. Qu'après cela, par le niveau de sa culture, le plus élevé cependant qu'ait atteint aucun apologiste du 11e siècle, il ne soit, selon le mot de Geffcken1. qu un de a ces rhéteurs » comme l'époque antonine en a produits (( à la douzaine », cela est possible, mais n'est pas l'essentiel; ce qui nous intéresse en lui, comme en ses prédécesseurs, ce n'est pas le lettré, c'est le chrétien.