‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 100 sur 167 · PRIÈRE DE LA SERVANTE · texte numérisé non relu

PRIÈRE DE LA SERVANTE

Mon Dieu, faites-moi la grâce de trouver la servitude douce et de l'accepter sans murmure, comme la condition que vous nous avez imposée à tous en nous envoyant dans ce monde. Si nous ne nous servons pas les uns les autres, nous ne servons pas Dieu, car la vie humaine n'est qu'un service réciproque. Les plus heureux sont ceux qui servent leur prochain sans gages, pour l'amour de vous. Mais nous autres, pauvres servantes, il faut bien gagner le pain que vous ne nous avez pas donné en naissant. Nous 'sommes peut-être plus agréables encore à vos yeux pour cela, si nous savons comprendre notre état; car,

(i) Voyage autour de ma chambre, xix.

PEVOIUS DE t/hOMME ENVERS SON PROCHAIN 389

outre la peine, nous avons rhumiliation du salaire que nous sommes forcées de recevoir pour servir souvent ceux que nous aimons.

Nous sommes de toutes les maisons, et toutes les maisons peuvent nous fermer leurs portes ; nous sommes de toutes les familles, et toutes les familles peuvent nous rejeter; nous élevons les enfants comme s'ils étaient à nous, et, quand nous les avons élevés, ils ne nous reconnaissent plus pour leurs mères; nous épargnons le bien des maîtres, et le bien que nous leur avons épargné s'en va à d'autres qii'à nous ! Nous nous attachons au foyer, à l'arbre, au puits, au chien de la cour, et le foyer, l'arbre, le puits, le chien nous sont enlevés quand il plait à nos maîtres; le maître meurt, et nous n'avons pas le droit d'être en deuil ! Parentes sans parenté, familières sans famille, filles sans mères, mères sans enfants, cœurs qui se donnent sans être reçus : voilà le sort des servantes devant vous ! Accordez-moi de connaître les devoirs, les peines et les consolations de mon état, et après avoir été ici-bas une bonne servante des hommes, d'être là-haut une heureuse servante du maître parfait!

Lamartine (i).

IV. Aux devoirs envers la famille se rattachent enfin les devoirs envers la patrie, la grande famille, « la grande amitié qui contient toutes les autres (2).» Aimons-la comme une mère , servons-la sans marchander, prions pour elle. Prions aussi pour ceux qui la gouvernent : quels que soient le nom que revêt leur autorité et la forme sous laquelle elle s'exerce, leur responsabilité est grande, et on peut leur appliquer ce que le poète disait des rois :

La couronne paraît lourde au front d'un mourant ; Quand la tête s'incline et que la main retombe. C'est un fardeau pesant à porter dans la tombe,

(i) Geneviève, cxxiii, C Lévy, (2] MicheleU

Qu'une couronne,... un sceptre... Aussi, lorsque la voix De Dieu sur les tombeaux retentira sept fois ; Quand les morts répondront aux paroles fatales, Pai*mi les trépassés les rois seront plus pâles, Et plus d'un pai'aitra sans sceptre et sans bandeau. Les oubliant exprès au fond de son tombeau...

Alexandre Dumas père (i).

Un dernier mot. Il arrivera peut-être, au milieu des luttes politiques , que la patrie ne nous sera pas reconnaissante de ce que nous aurons fait pour elle. Aimons-la et servons-la quand même !

Que la patrie se lasse d'être ingrate avant que nous nous lassions de l'aimer; ayons le cœur plus grand que ses injustices.

Ghateaubhiakd (2).

ARTICLE II

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