‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 99 sur 167 · II. Les devoirs des parents envers les enfants supposent · texte numérisé non relu

II. Les devoirs des parents envers les enfants supposent

des obligations de la part de l'enfant à l'égard de son père

et de sa mère. Ceux-ci doivent commander, mais celui-là

doit savoir obéir :

Quand ton pk-e a parlé, sans murmure obéis ; Car, devant Dieu, le père est au-dessus du fils,

(i) Lrt Marie, p. 9. C. Lévy, {2) Pensées, p. iSy. Lemerre.

(5) Un jeune homme qui ne fait rien, xviii. Perria.

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C'est de lui que tu tiens la vie et la parole ;

De toute autorité qu'il te soit le symbole ;

Va, s'il te dit d'aller; et viens, s'il te dit : « vien? i>.

Lamartine (i).

Le père, la mère, ont à cause de l'enfant des soucis de toute nature : pourquoi en créer de nouveaux, si légers soient-ils, en ajoutant les unes aux autres les désobéissances, en multipliant ces petits riens qui finissent par gâter la joie d'une mère?

Un poète réprimande ainsi un enfant qui a contristé sa mère :

Puisque vous comprenez tant de grâce et de charme, Pourquoi les attrister quelquefois d'une larme ? Quand ce front, lisse et pur, s'est, grâce à vous, plissé, Ce que fera le temps, vous l'avez commencé ! En creusant sur ce front la ride, qui s'efface, A votre mère, enfant, vous ôtez de sa grâce ; Vous gâtez à la fois, quand vous êtes méchant. Ce qu'a fait Dieu de plus divin, de plus touchant, Chefs-d'œuvre fugitifs entre les éphémères, Le rire de l'enfant, le sourire des mères.

Jean Aicard (2).

L'obéissance ne suffît pas ; les parents ont droit aussi au respect de leurs enfants, et cela, à quelque âge que ceux-ci soient parvenus, car, tandis que le fils est devenu homme, le père est devenu vieillard :

D'une piété tendre honore ses vieux ans. Ta bénédiction est dans ses cheveux blancs ; Et quand il s'en ira dans la sombre demeure, Prends sa place au soleil, baisse la tête et pleure !

Lamartine (3).

Fais honorer le nom de famille en mémoire de ton père qui

(i) La Chute d'nn Ange, 8« vision. Hachette, Jouvet.

{2) La Chanson de l'enfant, A mon petit ami iNore. Ollendorff.

(5)1.0 chute d'un Ange, 8« vision. Haciiette, Jouvet.

3!ia APOLOGISTES LAÏQUES

l'a porté ; fais aimer le nom de baptême en souvenir de ta mère qui Ta choisi.

Comtesse Diane (i).

Faut-il parler aussi de la reconnaissance? quel triste spectacle qu'un fils ingrat ! « L'ingratitude de ses propres enfants ! s'écrie Shakspeare ; n'est-ce pas comme si ma bouche mordait ma main lorsqu'elle lui porte la nourriture (2) ? »

Enfin, l'amour appelle l'amour : il n'est donc pas étonnant que nous devions aimer nos parents. Le père et la mère ont pour l'enfant un amour égal, bien que revètui de nuances dilférentes : nous devons pour l'un et pour l'autre avoir une égale affection (3). Pour notre père, cet amour aura un caractère plus viril, et il en existe d'admirables exemples (4). C'est ainsi qu'arrivé à l'âge de soixante-dix-

(i) Maximes de la vie, p. ii4- Ollendorff. (2) Le roi Lear, III, iv.

(3) On demandait un jour à Paul, roi des joufflus (La question, je pense, était d'une commère,) ; « Lequel aimes-tu plus, ton père ou bien ta mère? » Paul répondit très bien : « J'aime tous les deux plus, •

Ratisbonue, cité par A. Sicard, Manuel d'éducation mor'ak, p. 69, Leday, Oudin, suce.

(4) En voici uu bien toucliant et trop peu couuu. Un individu nommé Castaing avait commis un crime. « Castaing avait un frère, officier de mérite, couuu dans l'armée pour sa bravoure et son caractère loyal. Frappé douloureusement au cœur, il n'était pas atteint dans sa considération. Mais son père, un vieillard que réclamait déjà la tombe, le crime de son fils, — son Benjamin, hélas ! — n'allait-il pas l'y précipiter?

M. Castaing pèra habitait, en province, une petite bourgade au seuil de laquelle expiraient toutes les rancunes parisiennes. D'ailleurs, vénéré dans le pays, il n'y avait pas à craindre qi-'aue fâcheuse indiscrétion vînt éclairer son ignorance. Un seul lien, par '-xidlbeur, le rattachait à la vie extérieure, — son abonnement ixxi Constitutionnel... Et l'horrible drame de Saint-Cloud allait, quinze jours durant, fournir à la feuille libérale de la copie à succès !

Ah ! si quelqu'un souhaita jamais la mort d'mi journal, ce fut à coup siir ce brave enfant qui tremblait pour les vieux jours de son père. Mais le Constitutionnel avait la vie dure, et le temps pressait.

U vole à Paris, descend aux bureaux de la^ rue de Valois, et, compre-

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neuf ans, Ducis dédiait sa tragédie d'Hamlet « à la mémoire do son père. » Il l'avait voulu taire plus jeune, lorsque son père vivtii't encore; celui-ci l'en i avait dissuadé, lui conseillant d'inscrire eu tète de sa tragédie un nom qui put lui èti'e d'un plus utile appui :

...Mais aujourd'hui, écrit le poète, aujourd'hui que le temps a renversé tous ces soutiens^ et m'a fait arriver, presque seul, aux bornes de ma carrière, chargé de tant de pertes de la natiu'e etdelamitié; aujourd'hui que, remontant de ma vieillesse à mon enfance, j'assiste plus que jamais par mes souvenirs au spectacle paisible de tes vertus domestiques, permets, ô mon tendre, ô mon vénérable père ! que le cœur plein de tes exemples et de tes bienfaits, plein des preuves jadis vivantes de ta tendresse, croyant encore entendre tes conseils et l'accent de ton âme si profondément religieuse, mélancolique et paternelle ; permets, dis-je, lorsque le public reconnaît toujours par ses suffrages la piété filiale dans mon Hamlet, que, reprenant ma première intention, avec des larmes, en cheveux blancs, et avant de mourir, je t'en offre au moins le tardif hommage sur ta cendre.

Ducis (i).

A l'égard des mères , la piété filiale revêt un caractère plus tendre, plus féminin, oserons-nous dire. Nous les avons tant fait souffrir ! il faut bien les en dédommager :

Tant qu'ils sont petits, les enfants marchent sur la robe de leur nève ; quand ils sont grands, ils lui marchent sur le coem*.

P. Gerfaut (a).

liant qu'un rédacteur en chef ne peut sacrifier le plaisir de tous ses clients au repos d'un seul, il ne réclame pas le silence sur la great at- //■«';<<>;« du moment. Mais il obtient que, jusqu'au dernier mot de cette lugubre affaire, on tire à l'intention du vieillard un numéro spécial, où des faits-divers inoffensifs seront substitués à Y Affaire Castaiivj.

Ce fut sa pauvre bourse de soldat, qui fit les frais de cette substitution ruineuse. Mais le père mourut sans que sa dernière heure fût emi)oisoimée, "nème i)ar unsoupron. » E. Blavet, Figaro.

(i) Hamlet, épitre dédicatoire.

(2) Pensées d'un sceptique, p. 4i. OUendorff.

Les âmes vraiment délicates comprennent ces souffrances maternelles, et c'est par des marques d'amour répétées qu'elles veulent payer leur dette. On pourrait, on devrait réunir tout ce qui a été écrit par les fils au souvenir de leur mère, et en faire à la fois la Chanson des mères et le Livre d'or de la piété filiale.

Voici quelques fragments de ce livre.

Jean Aicard :

Front pâle sur le blanc coussin, Vous dites que la mère est morte ; Où donc est l'enfant ? Qu'on l'apporte, Et qu'on le pose sur son sein.

Sur le lit de blanche dentelle, A'^oici l'enfant entre ses bras...

Si la mère ne le sent pas.

Tout est fini. Priez pour elle (i).

Paul BouRGET :

Il faut plaindre tous ceux qui n'ont pas eu de mère,

Car leur espoir est triste et leur joie est aniore.

Même quand une main d'ami s'ouvre pour eux.

Ils treinblent : on dirait qu'ils ont peur d'être heureux ;

Et leur âme, avant Fàge à refi"ort asservie,

N'est pas apprivoisée aux douceurs de la vie.

Tel un oiseau, surpris vivant par l'oiseleur. Palpite, le cœur gros de crainte et de douleur. Dans la main d'un enfant qui doucement le presse, Et le pauvret se meurt d'efiroi sous la caresse (2).

Brizeux :

Cette nuit je rêvais. Sous une forteresse Mon corps était couché (le rêve sait pourqpioi). Et bombes et boulets, lancés avec adresse. Tombaient incessamment, tombaient autour de moi \

(i) La Chanson de V enfant, la Mère. OUendorflf. <») La Yie inquiète, Douleur précoce. Lemerre.

')Evoms DE l'homme envers sox prociiaix 385

Taht que je m'éci-iai : « Si le ciel ne m'assiste,

Mon heure va sonner ; à mon âge c'est triste ! »

Résig^né, j'attendais un des tenùbles coups :

« Qu'il vienne enfin, qu'il vienne et creuse aussi ma tombe.»

Mais rien ne m'atteignait, car ma mère, à genoux,

Ecartait en priant le boulet et la bombe (i).

Victor Gherbuliez :

Il est difficile d'aimer trop sa mère ; c'est la seule idolâtrie qui trouve grâce devant Dieu (2).

François Coppée:

Depuis que son garçon est parti pour la guerre,

La veuve met les deux couverts comme naguère,

Sei*t la soupe, remplit un grand verre de vin,

Puis, sur le seuil, attend qu'un envoyé divin,

Un pauvre, passe là pour qu'elle le convie.

Il en vient tous les jours. Donc son fils est en vi^

Et la vieille maman prend sa peine en douceur.

Mais l'épicier d'en face est un libre penseur

Et songe : « Peut-on croire à de telles grimaces?

Les superstitions abrutissent les masses (3) .»

Alexandre Dumas fils:

HEXRI

... C'est pour niaman. Excusez-moi de dire encore maman à mon âge, mais, comme je vis avec elle, j'ai gardé cette habitude d'enfance.

ANNETTE

Jene vous excuse pas, Monsieur; je vous félicite; et moi qui n'ai plus ma mère, je vous envie (4).

FRÂNCINB

... La maternité, c'est le patriotisme des femmes, et le sang

(1) La Fleur d'or, le Rêve. Lemerre.

(2) La Vocation du comte G/iislain, xiv. Hachette.

(3) Promenades et intérieurs. Lemerre.

(4) Francillon, I, u. G. Lévy.

que vous êtes si fiers de verser pour votre pays, ce n'est que le lait que nous vous donnons (i).

De GoNcouRT :

L'homme de la Morgue répondait à quelqu'un lui parlant de l'émotion qu'il devait ressentir aux sinistres reconnaissances des cadavres : « Oh! on se TaiL à tout,... il n'y a qu'une chose, c'est, quand c'est une mère... Voyez-vous, le mort serait-il décomposé, pourri, serait-il du papier mâché, comme il y en a... Quand c'est une mère, elle se jette dessus et l'embi'asse... Il n'y a qu'elles pour cela (2) ! »

Victor Hugo :

...r-ipeuque je sois, j'ai eu une mère. Savez-vous ce que c'est que d'avoir une mère? En avez-vous eu une, vous? Savezvous ce que c'est que d'être enfant, pauvre enfant, faible, nu, misérable, affamé, seul au monde, et de sentir que vous avez auprès de vous, autour de vous, au-dessus de vous, marchant quand vous marchez, s'arrêtant quand vous vous arrêtez, souriant quand vous pleurez, une femme... — Non, on ne sait pas encore que c'est une femme, — un ange qui est là, qui vous regarde, qui vous apprend à parler, qui vous apprend à rire, qui vous apprend à aimer ! qui réchaufle vos doigts dans ses mains, votre corps dans ses genoux, votre àme dans son cœur! qui vous donne son lait quand vous êtes petit, son pain quand vous êtes grand, sa vie toujours! à qui vous dites, ma mère! et qui vous dit, mon enfant! dune manière si douce que ces deux mots-là réjouissent Dieu (3)1

Petit-Senn :

La mort d'une mère est le premier chagrin qu'on pleure sans elle (4).

Stahl ;

Tenez, Messieurs, il y a une femme pour laquelle nous sommes tous des ingrats, quand, parlant de la première femme que nous avons adorée, nous oublions de dire que c'est notre mère.

(i) Ibid., I, VI.

(2) Journal, 18 septembre 1867 . Charpentier.

(3) Angelo, I, i. Hetzel.

(4) Comparez ce mot de Mgr de Ségur : «On ne commence à vieillir que lorsqu'on a perdu sa mère. »

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Maisque les mères se consolent : quand l'âge des rêves, de illusions, des erreurs et des mensonges a passé, quand, récapitulant sa vie, l'homme cherche au fond de son âme l'image que rien n'a pu ellacer, laquelle trouve-t-il, ô mère ! qui si souvent as pu te croire oubliée, si ce n'est la tienne (i)?

Terminons par le mot d'Alfred de Musset : Q ji aime sa mère n'est jamais. Méchant (2),

III. Au quatrième Commandement se rattachent les devoirs réciproques des maîtres et des serviteurs.

Chez les maîtres, les serviteurs doivent trouver la justice, et cette autorité tempérée de bonté qui leur rendra plus douce leur condition inférieure. On cite souvent, à ce sujet, une belle page de Xavier de ]Maistre :

« Morbleu! dis-je un jour à Joannetti, c'est pour la troisième fois que je vous ordonne de m'acheter une brosse! Quelle tête! quel animal ! » Il ne répondit pas un mot : il n'avait rien répondu la veille à une pareille incartade. « Il est si exact! » disais-je; je n'y concevais rien. — « Allez chercher un linge pour^essuyer mes souliers, » lui dis-je en colère. Pendant qu'il allait, je me repentais de l'avoir ainsi brusqué. Mon courroux passa tout à fait lorsque je vis le soin avec lequel il tâchait doter la poussière de mes souliers sans toucher à mes bas. J'appuyai ma main sur lui en signe de réconciliation. — « Quoi ! dis-je alors en moi-même, il y a donc des hommes qui décrottent les souliers des autres pour de l'argent? » Ce mot à'arg-ent fut un trait de lumière cpii vint m'éclairer. Je me ressouvins tout à coup qu'il y avait longtemps que je n'en avais donné à mon domestique. — « Joannetti, lui dis-je en retirant mon pied, avezvous de l'argent? » Un demi-sourire de justification parut sur ses lèvres à cette demande. — « Non, monsieur; il y a huit jours que je n'ai pas un sou; j'ai dépensé tout ce qui m'apparte-

(i) Bonnes fortunes parisiennes . Hetzel.

a) Les Deux maltresses, i, ( (Euvres ). Charpentier.

naitpour vos petites emplettes. — Et la brosse? C'est sans doute pour cela? » Il sourit encore. Il aurait pu dire à son mrfitre : « Non, je ne suis point une tête vide, un animal, comme vous avez eu la cruauté de le dire à votre fidèle servitem\ Payez-moi vingt-trois livres dix sous quatre deniers que vous me devez et ie vous achèterai votre brosse. » Il se laissa maltraiter injustement plutôt que d'exposer son maître à rougir de sa colère.

Que le ciel le bénisse ! Philosophes ! chrétiens ! avez-vous lu?

« Tiens, Joannetti, tiens, lui dis-je, cours acheter la brosse. — Mais monsieur, voulez-vous rester ainsi avec un soulier blanc et l'autre noir?

(( Va, te dis-je, acheter la brosse; laisse, laisse cette poussière

sur mon soulier. » — Il sortit ; je pris le linge et je nettoyai

délicieusement mon soulier gauche, sui' lequel je laissai tomber

une larmQ de repentir.

Xavier de Maistre (i).

Quant aux serviteurs, ils doivent à leurs maîtres le respect et l'obéissance. INIais, tout en restant dans l'humilité de leur (|;ondition, que leur àme ne s'abaisse pas ! qu'ils se rappellent que Jésus est venu sur terre pour servir et non pour être servi, et qu'il promet le même ciel aux pauvres et aux riches! Qu'ils se pénètrent, en un mot, des sentiments que Lamartine a exprimés dans cette admirable

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