V. HvGO
Aussi le même écrivain a-t-il pu dire : Ce qu'il v a de plus petit et de plus terrible, c'est un envieux (4).
II. Une autre obligation imposée par la charité, c'est le pardon des injures. Pardonner répugne à notre nature : il faut pardonner quand même. C'est d'abord la volonté de Dieu, et Jésus le premier nous en a donné l'exemple : Chrétiens, souvenons-nous que le Chrétien suprême Ts a légué qu'un seul mot poui' prix d'uu long blasphème A. cette arche ^-ivante où dorment ses leçons ; Et que l'homme, outrageant ce que notre àme adore. Dans notre cœm' brisé ne doit trouver encore
Que ce seul mot ; Aillions I
(0 Gorrtspondance inédite, recueillie par H. Villard, p. 15; . Palme.
1%. La béte, p. 169. Hachette.
(5, L Homme qui rit, U, i, vii. Ueizel.
(4 Ibid.
(&) iiiinmnia p^étiqu^, 1, \u Haciicae, Jeuve^
DEVOIRS DE L HOMME ENVERS SON PROCHAIN 4l5
C'est d'aiHeurs reuseigiieiiieiit du Sauveur, qu'il ne nous sera pardonné qu aoLant que nous aurons pardonné nousmêmes :
Dieu pour rhomme iadolgenC œ sera point sévère.
Victor Hugo (i).
Et puis , savons-nous bien si les premiers torts ne nous sont point imputables? Il est si facile de se faire illusion, quand on est juge en sa propre cause !
Si lEtre iafaillible peut punir, rhomme, être faillible, doit, eu ce qui le concei'ue, tout et toujours pardonner.
Lamartine (2).
Enfin, notre générosité sera souvent suivie d'une récompense immédiate, en touchant le cœur de notre ennemi et en lui inspirant le repentir. En voici un touchant exemple, dont le héros fut le vénérable Père Libermann :
« Un jour, dans une rue de Paris, un homme s'approche de lui, le poing fermé, en lui disant : « Prêtre, si tu savais comme je te déteste! — Et moi, mon ami, si vous saviez comme je vous aime ! »
« Le malheureux fut vaincu, tomba aux pieds du prêtre, qui lembrassa et le releva chrétien (3). »
Ce trait nous en rappelle d autres aussi admirables et inspirés par la même chai'ité. Ici, c'est la mère d'un zouave pontifical, tué pour la cause du pape, et à qui un prêtre disait : « Votre fils n a pas besoin de prières. — Eh bien, répondit-elle, vous les direz pour celui qui l'a tué. » Là, c'est le général Damesme, frappé d'un coup mortel pendant l'insuiTection de juin 1848, et qui dit à la sœur qui lui prodiguait ses soins : « Voici pour faire dire deux messes : une poui- le malhemeux qui ma assassiné et l'autre poui- moi. »
(i; Les hayons et les ombres, XLIV, v. Hctzel. (2' Cours familier de littéraLure, l\, xxxvui. (3) Mgr Dupanloup, Discours au congrès de Malims, 1864. Chapelliez,
4l6 APOLOGISTES LAÏQUES
Beaux exemples, inspirés par l'amour de Celui qui disait au moment de mourir, en voyant ses bourreaux acharnés contre lui :'« Mon Père, pardonnnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font; » — exemples que tous, quoi qu'il en coûte, il faut nous efforcer de suivre :
Hélas ! attendons-nous aux ruses des perfides, Aux poisons du mensonge, aux lâchetés avides, Et rendons, préparés à cet ordre fatal, Pour l'absinthe le miel, et le bien pour le mal.
Brizeux (i\,
ARTICLE II