‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 13 sur 167 · RÉMY · texte numérisé non relu

RÉMY

Que le bon Dieu bénisse la moisson de cette année dans la graugé comme il l'a bénie sur terre ! Le blé a foisonné, il ne sera point cher. Tant mieux pour ceux qui n'en recueillent <iu"au profit des autres ! Le pauvre monde peine beaucoup ; le bon Dieu lui envoie des années qui le soulagent. Le riche travaille pour ses enfants ; les pauvres sont les enfants de Dieu, et il fait travailler son soleil pour tout le monde. Merci à Dieu pour le pain à bon marché et pour la gerbaude 1

TOUS

Merci à Dieu pour la gerbaude (i) !

Louis VBumLOT.

Dans un article intitulé Le Narquois, le grand lutteur

(i) Claudie, I, xi. C. Lévy.

chrétien s'adresse à M. Rochefort et Jui reproche ses blasphèmes. Cette page est à citer tout entière : c'est une vraie flagellation

Je me persuade que, si tous étiez convaincu de l'existence de Dieu, vous ne lui diriez pas d'injures. Quelle raison auriez-vous d'insulter non-seulement la toute-puissance, mais la toute-justice et la toute-bonté ? Donc vous ne croyez pas injurier un être qui vous puisse punir ni qui vous puisse pardonner ; vous pensez n'injurier qu'une idée, et une idée dont nulle force humaine aujourd'hui ne prend la défense. Je ne vois pas qu'il y ait grande bravoure à cela.

^lais, d'un autre côté, vous n'ignorez certainement pas que cette idée est la plus haute conception de gi^andeur, de justice, de beauté, de miséricorde et d'amour qu'ait pu recevoir l'âme humaine (mettons l'esprit humain, si vous croyez n'avoir pas d'àme) ; vous n'ignorez pas que cette idée entretient dans le monde tout ce que l'on y vit jamais et tout ce qui peut y demeurer encore de charité, de dignité, d'honneur, de consolation. Parce que cette idée est sur la terre, il y a sur la terre des hommes qui ne plieront pas devant l'épée, ni devant les chaînes, ni devant le couperet, ni devant l'or, ni devant la faim, ni devant la gloire, ni devant le désabonnement, ni devant Zora ;. à cause de cette idée, il y aura des femmes immaculées qui ramasseront Zora vieillie, qui nettoieront son visage, qui nettoieront même son âme, qui toucheront son front de leurs lèvres nures et cfui lui diront : Ma sœur ! Vous insultez donc à cette iuée, et vous recevez quinze pistoles (i) I

Cette émimëration est déjà longue, et nous ne voudrions point la prolonger outre mesure. Citons pourtant deux noms encore, qui seront ici d'une saveur toute particulière : Sainte-Beuve et Richepin.

(i) les Odeurs de Paris, U, iv. Halmé.

Sainte-Beuve disait, dans une lettre à Victor Huj-'O :

Dieu donc et toutes ses conséquences ; Dieu, l'immortalité, la rémunération et la peine ; dès ici-bas le devoir, et Tinterprétation du visible par l'invisible : ce sont les consolations les plus réelles après le malheur, et l'àme qui une fois y a pris goût peut soullrir encore, mais non plus retomber.

Sainte-Beuve (i).

Quant à celui qui avait fait mettre sur sa porte cette inscription : Jean Richepin, athée, voici son athéisme jugé par lui-même, dans un livre d'ailleurs odieux. C'est le diable qui est apparu au poète et qui lui parle :

Etes-vous bien athée ?

Etes-Tois très certain que Di(ni n'existe point ? Si Dieu n'est rien, pourquoi lui montrez-vous le poing ? Si ce n'e^t qu'un brouillard dont votre ame est trompée, Pourquoi dans ces vapeurs donner des coups d'épée ? Don (Quichotte chargeait pour frapper un géant Sur un moulin ; mais vous, c'est contre le néant Que vous vous colletez avec l'ombre. C'est drôle. Si Dieu n'existe pas, vous jouez un sot rôle ; Vous n'êtes qu'un roseau pensant... comme mon stick. Donc, au fond, vous croyez à Dieu, voilà le hic. Vous ne l'avouez pas ; la honte est pitoyable. Vous y croyez, my dear. J'y crois bien, moi, le Diable I

Jean Richepi\(2)

Tout cet argument se résume dans le mot de Lacordaire : c Dieu est ici-bas le plus poDulaire de tous les êtres' (3). >

(i) Cité par Oodcfroy, Histoire de la litténUure française, XIX^ siècle poètes, t. n, p. ii->. Gaume. ' ' '

(2; Les Blasphcmcs : l'Apologie du diable. Dreyfous. (5) 45<-- Conftrmtx de Aolre-LutinJ. l'oussielgue.

§ III. — Dieu prouvé par le témoignage de la conscience.

Et maintenant, fermons les yeux au monde extérieur, les oreilles à la voix des peuples. Ne regardons que ce petit monde qui est en nous, n'écoutons plus que la voix de notre àme. Recueillons-nous. Quelques instants de réflexion nous suffiront, et nous relèverons la tète en nous écriant : Dieu existe !

Gomment l'étude de lui-même amènera- t-elle l'iiomme à cette^ conclusion ? Par trois arguments (i), que nous appellerons : l'idée de Dieu, l'instinct de Dieu et la voix de Dieu.

I. Notre intelligence a l'idée de V infini : sur cette simple idée saint Anselme a construit, en faveur de l'existence de Dieu, un argument que nous trouvons traduit, en prose par Victor Hugo, et en vers par SuUy-Prudhomme.

Si l'infini n'avait pas de moi, le moi serait sa borne ; il ne serait pas infini ; en d'auti'es termes, il ne serait pas. Or, il est. Donc, il y a un moi. Ce moi de l'infini, c'est Dieu.

Page 1