‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 14 sur 167 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

Anselme, ta foi tremble et ta raison l'assiste • Toute perfection dans ton Dieu se conçoit : L'existence en est une, il faut donc qu'il existe Le concevoir parfait, c'est exiger qu'il soit.

Sully-Pruduomme (3).

(i) Sans compter que notre existence personnelle, aussi bien que celle du monde, nous prouve une cause première. « Il y a quarante ans que je n'étais point, et qu'il n'était pas en moi de pouvoir jamais être, comme il ne dépend pas de moi, qui suis une fois, de n'être plus : j'ai donc commencé et je continue d'être par quelque chose qui est hors de moi, qui durera après moi, qui est meilleur et plus puissant que moi; si ce quelque chose n'est |)as Dieu, qu'on me dise ce que c'est. » La Bruyère, Coractèrcs, \v[. Voir aussi dans Milton, k Paradis perdu, chant Viu, le récit de s^crùatiou fait par Adam à l'archange Raphaël.

(a) Les Misérables, Ii, i, x. Hetzel.

(3j Le Bonheur, II, vi. Lemerre.

De cette même idée de Dieu que nous portons en nous, Joseph (le Maislve tire un nouvel aigunient fondé sur ce principe, qu'aonne saurait avoir l'idée de ce qui n'existe pas. »

Ou dit que l'eKistence dii mal est un argument contre celle de Dieu, parce que si Dieu existait, ce mal, qui est une injustice, n'existerait pas. — Ali ! ces messieurs savent donc que Dieu qui n'existe pas est juste par essence ! Ils connaissent les attributs d'un être chimérique ; et ils sont en état de nous dire k point nommé commeuL Dieu serait fait si par hasard il y en avait un : en vérité il n'y a pas de folie mieux conditionnée. S'il était permis de rire en im sujet aussi triste, qui ne rirait d'entendre des honuncs qui ont fort bien ime tête sur lés épaules comme nous, argvuuenlci' contre Dieu de cette même idée qu'il leur a donnée de lui-uième, sans faire attention que cette seule idée prouve Dieu, puisqu'on ne saurait avoir lïdée de ce qui n'existe pas? En effet, rhomme peut-il se représenter à luimême, et la peinture peut-elle représenter à ses yeux autre chose que ce qui existe? L'inépuisable imagination de Raphaël a pu couvrir sa fameuse galerie d'assemblages fantastiques; mais chaque pièce existe dans hi natui-e. Il en est de même du monde moral : l'homme ne peut concevoir que ce qui est ; ainsi l'athée, pour nier Dieu, le suppose.

J. DE Maistre (i).

M. Legouvé a repris cet argument ; voici ce qu'il dit du mot souvent cité de Yoltaire :

Si Dieu n'existait pas, il ftiudrait l'inventer. Il est sublime ce vers, mais il est absurde... On ne pourrait pas inventer Dieu s'il n'existait pas ! L'imagination humaine ne crée rien, elle combine et se souvient. La meilleure preuve que Dieu existe, c'est que l'homme le croit.

r. Legouvé (2).

(i) Soirf.es de Saint-Pétersbourg , viii.

(2) Discours à l'hospitalilé de.nuit, ;u décembre 1881,

II. Toutes les intelligences ne sont pas capables de disserter sur l'idée de Dieu qui est en elles. Voici un ordre de faits plus facilement accessible. L'homme a l'instinct de Dieu; son existence s'impose à lui avec une clarté telle, qu'à tout instant on le devine, on le rencontre, et qu' « on sent Dieu avec l'àme, comme on sent l'air avec le corps (i)». En vain l'entendra-t-on révoquer en doute ou même nier formellement, comme conclusion d'un sophisme habilement présenté : l'argument passera, la croyance restera :

Dieu, c'est la notion incompressible. Elle est dans iTiomme Les syllogismes, les querelles, les négations, les systèmes... passent dessus sans la diminuer.

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